CLÉS POUR LIRE LUC : 31. MOISSON ABONDANTE

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 10, 1-12. 17-20 du 14e dimanche ordinaire.

La moisson est abondante
Là où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. (Lc 10, 8)

Les envoyés n’ont d’autre sécurité, d’autre avenir que l’hospitalité qu’on voudra bien leur offrir. Voilà qui en dit long sur la mission, celle de l’Église, celle des chrétiens : il ne s’agit pas d’amener les autres à venir chez nous, mais nous à aller vers eux. Il est question de sortir de chez soi pour partir habiter la maison de l’autre. L’avenir de l’Église, comme celui des soixante-douze envoyés, c’est l’accueil, l’hospitalité qu’on voudra bien leur offrir.

N’entrons dans la maison des autres qu’avec un seul vœu : la paix, le dialogue. Comme nous le recommande Jésus : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui. » (10, 5-6) Voilà une consigne superbe et une définition de la mission.

Les soixante-douze
« Les soixante-douze disciples ont, comme les Douze, pouvoir sur les esprits mauvais (9, 17) et proclament la venue du Règne (10, 9.11). L’évangéliste affirme ainsi que la mission des Douze n’est pas seule à s’enraciner dans les consignes de Jésus d’avant Pâques.
Luc a clairement le souci de manifester que la mission est le bien de toute l’Église, et pas uniquement celui de quelques personnes. Le chiffre de soixante-douze va dans le même sens : il exprime l’ampleur du groupe missionnaire qui, dans l’Église, se réclame de Jésus, qu’il s’agisse de Philippe, de Paul dans Actes, ou de Luc lui-même ! Soixante-douze est une référence implicite à Gn 10, 2-31 qui présente, dans la Septante, la table des soixante-douze peuples de la terre. Les chrétiens issus des nations païennes évangélisées ont les mêmes titres à faire valoir, pour ce qui est de la mission, que les Douze qui ont suivi Jésus durant sa vie terrestre. » (Hugues COUSIN, L’évangile de Luc, 1993)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 140. LA CONVERSION

SOURCES

Notre nouveau pape Léon nous encourage à vivre en disciple de Jésus et à témoigner de notre joie de croire. Fils de saint Augustin, il nous offre l’occasion de redécouvrir la forte spiritualité de ce Père de l’Église. Pour lui, c’est dans l’intime que se découvre le Christ.

La conversion

La proximité de Dieu que découvre Augustin va le conduire à la foi en Christ. La présence de Dieu dans l’homme est profonde et en même temps mystérieuse, mais elle peut être reconnue et découverte dans l’intimité de l’être. Il ne s’agit pas de sortir, affirme Augustin.

« Sache donc où est l’accord parfait
mais ne va pas au dehors,
cherche en toi-même ;
la vérité réside dans l’homme intérieur ;
et si ta nature te paraît trop inconstante,
élève-toi plus haut.
mais souviens-toi, que t’élever au-dessus de toi
c’est t’élever au-dessus de la raison.
Monte donc jusqu’au foyer
où s’allume la flambeau de cette raison. (De la vraie religion, 39, 72)

« Tu nous a faits pour toi,
Et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en toi.
Tu étais intérieur à l’intimité,
supérieur aux sommités de mon âme.
Si bien que où étais-je quand je te cherchais ?
Tu étais devant moi ;
mais absent de moi-même
et ne me trouvant pas
que j’étais loin de te trouver ! (Confessions, V, 2, 2)

AUGUSTIN D’HIPPONE (354-430), converti au christianisme par saint Ambroise de Milan, retourne en Afrique du Nord et y devient prêtre, puis évêque. Il a composé une œuvre immense de théologien comme de prédicateur. Il eut une influence prépondérante dans la pensée chrétienne occidentale.

SAINTS PIERRE ET PAUL, APÔTRES 29 JUIN

Solennité des Saints Pierre et Paul
(29 juin)

La fête des Saints Pierre et Paul est la plus ancienne fête inscrite dans le Sanctoral romain, elle est née bien avant Noël. Dès le IIe siècle, les chrétiens se rendent à Rome pour voir et vénérer les tombes de Pierre au Vatican et de Paul sur la voie d’Ostie. Au IVe siècle, le pèlerinage de Rome devient en Occident le parallèle de celui qui, en Orient, conduisait à Jérusalem au tombeau du Seigneur. Dès l’origine, Rome célèbre Pierre et Paul ensemble, voyant dans la prédication des deux saints apôtres un unique fondement de l’Église romaine. Ils sont fêtés à une même date, celle de leur martyre, le 29 juin selon une tradition reprise par le martyrologe romain, dont l’origine remonte au Ve siècle, qui indique au 29 juin : « A Rome, l’anniversaire des saints apôtres Pierre et Paul, qui souffrirent la même année et le même jour sous l’empereur Néron.  Le premier fut crucifié dans la Ville, la tête en bas… Le second eut la tête tranchée et fut enseveli sur la Voie d’Ostie. » Selon les historiens, Pierre, venu à Rome pour y consolider l’Église naissante, est martyrisé en l’an 64 probablement. Paul, lui, arrêté à Jérusalem, fait appel à César et est amené à Rome en 60 pour y être jugé. Il y vivra quelques années avant d’être condamné à mort et décapité, sans doute en 67, sur la route d’Ostie.

La date du 29 juin prévalut de bonne heure sur l’usage de quelques contrées, où la coutume s’est d’abord établie de fixer la fête des Apôtres aux derniers jours de décembre, dans la suite des premiers témoins du Christ. Le fait est que les Orientaux et les Églises franques, au début, ignorèrent absolument la date du 29 juin et solennisèrent Pierre et Paul — ils sont toujours ensemble — soit le 27 décembre, soit le 28, soit après l’Épiphanie le 18 et le 25 janvier, soit le 22 février. Rome s’attacha au contraire à la date du 29 juin, qui finit par prévaloir non seulement en Occident, mais aussi en Orient, en raison de l’influence pontificale.

Au IVe siècle déjà, on célèbre trois messes, l’une à Saint-Pierre du Vatican, l’autre à Saint-Paul-hors-les-murs, la troisième aux catacombes où les corps des deux apôtres furent cachés un certain temps pendant la persécution de Valérien (257-259), pour éviter la profanation de leurs tombeaux. La distance est grande de la basilique Vaticane à celle de la voie d’Ostie ; faute de pouvoir se trouver aux deux messes solennelles, beaucoup de pèlerins doivent choisir. Au VIe s., Grégoire le Grand ((590-604) renvoie au lendemain la Station à Ostie ; la messe de saint Paul est reportée au 30 juin, jusqu’à la dernière réforme du calendrier liturgique. Promulgué en 1969 par Paul VI, à la suite du Concile Vatican II, ce calendrier revient à une seule célébration des deux saints patrons de Rome le 29 juin. Il conserve la messe de la veille au soir que l’on célébrait jadis dans les paroisses romaines au cours de la nuit du 28 au 29, lors d’une vigile.  En effet, à Rome, dès les premiers siècles, « l’eucharistie était habituellement célébrée deux fois : une première fois près du corps du martyr à la fin de la veillée nocturne, en présence des quelques fidèles qui pouvaient tenir dans un lieu exigu, puis, une seconde fois, au cours de la matinée dans la basilique dédiée au martyr, au milieu de tout le peuple. » (A. G. Martimort, L’Eglise en prière, Paris 1961, p.781).

Pour les Romains, au mois de juin, il y a comme une seconde fête de Pâques, celle des deux Princes des apôtres, Pierre et Paul, ou, pour mieux dire, c’était, dans leur personne, la fête de la primauté pontificale, la fête du Pape, le Natalis urbis, le jour natal de la Rome chrétienne. Les évêques de la province métropolitaine du Pape avaient l’habitude de se rendre dans la Ville éternelle, en signe de respectueuse sujétion, pour célébrer avec le Pontife une si grande solennité.

De même, dès le VIe s., c’est le 29 juin, que le Pape bénit et remet le pallium, insigne du pouvoir pontifical, à ses vicaires et à des évêques. A partir du VIIe s., la remise du pallium s’accompagne d’un serment de fidélité au pape. Entre le Xe et le XIe s., dans le contexte de la querelle des investitures, le port du pallium est réservé aux archevêques à qui le Pape en concède le privilège comme symbole d’union avec lui et de soumission. En 1978, Jean-Paul Ier choisit de remplacer l’imposition de la tiare par celle du pallium comme symbole du début du pontificat. Les Papes suivants ont fait de même. Le pallium était annuellement béni et imposé par le pape au cours de la messe solennelle de la fête des saints Pierre et Paul, en la basilique Saint-Pierre au Vatican, le 29 juin. Chaque année, le 29 juin, le pallium est imposé par le Pape aux archevêques qui, avant de le recevoir, prononcent un serment solennel de fidélité au Souverain Pontife devant le tombeau de saint Pierre.

Cette fête n’est pas seulement celle de la Rome chrétienne, mais celle de toute l’Église. « Tu nous donnes de fêter en ce jour les deux Apôtres Pierre et Paul : celui qui fut le premier à confesser la foi, et celui qui l’a mise en lumière ; Pierre qui constitua l’Église en s’adressant d’abord aux fils d’Israël et Paul qui fit connaître aux nations l’évangile du salut ; l’un et l’autre ont travaillé, chacun selon sa grâce, à rassembler l’unique famille du Christ ; maintenant qu’ils sont réunis dans une même gloire, ils reçoivent même vénération. » (Préface de la messe du jour).

Abbé Marcel Villers

Illustrations : détail du lavement des pieds par Pringels 1951, église de Theux ; remise du pallium par le pape François

ART ET FOI : 12. SAINTE MARIE-MADELEINE

ART ET FOI. PLAFOND DE L’ÉGLISE DE THEUX.

Nous vous proposons la découverte des panneaux, datant de 1630, ornant le plafond de la nef de l’église de Theux. 66 médaillons figurent un(e) saint(e), dont plusieurs de Marie, des scènes de la Passion du Christ, de sa gloire, etc. Deux fois par mois, le mardi, un de ces médaillons sera présenté.

MARIE-MADELEINE

Marie la Magdaléenne, d’où Magdeleine, est un personnage des évangiles.

Patronne des parfumeurs, des gantiers (les gants des dames étaient parfumés), des coiffeurs, des filles repenties.

Fêtée le 22 juillet.

Description du panneau
Dénudée, avec les cheveux longs et dénoués de la pécheresse repentante, méditant devant une tête de mort et un crucifix. Elle essuya avec ses cheveux les pieds de Jésus après les avoir oints du parfum contenu dans le flacon posé devant elle. Elle annonçait ainsi la mort et l’ensevelissement de Jésus.

« Jésus apparut d’abord à Marie de Magdala dont il avait chassé sept démons » (Mc 16,9). Cette pécheresse pardonnée s’était attachée à Jésus et faisait partie du groupe de femmes qui accompagnaient et soutenaient financièrement Jésus et ses disciples (Lc 8,2). Elle se trouva près de la croix avec trois autres femmes dont Marie, la mère de Jésus (Jn 19,25). Quand le corps de Jésus fut mis au tombeau, elle resta « assise en face du sépulcre » (Mt 27,61). Elle se présente, le matin de Pâques, « avec des huiles parfumées pour embaumer Jésus » (Mc 16,1). C’est à elle que Jésus apparaît dans le jardin (Jn 20, 11-18 ; 16,9) et à qui il confie la première annonce pascale (Jn 20,17-18 ; Mc 16, 10 ; Lc 24, 9-10 ; Mt 28, 9-10), ce qui fait de Marie-Madeleine l’apôtre des Apôtres.

A ce personnage, la tradition a assimilé la pécheresse anonyme qui baigne de ses larmes les pieds de Jésus et les parfume (Lc 7, 36-50 ; Mt 26, 6-13 ; Mc 14, 3-9). De même, on l’identifia à Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, « qui avait oint de parfum le Seigneur et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux » (Jn11,1-2). La réunion de ces trois personnages en un seul est dû à un trait commun : le parfum.

La dévotion à Marie-Madeleine ne prit racine en Occident qu’au Xe s., ce dont témoigne la basilique de Vézelay (1050) qui prétendait posséder le corps de la sainte. La légende dorée (XIIIe s.) en fit celle qui évangélisa la Provence. Les Provençaux fondèrent trois pèlerinages : à Saint-Maximin où se trouvait le sarcophage de la sainte ; à la Sainte-Baume où elle aurait fait pénitence dans un grotte ; en Camargue, où depuis le XIIe s., sont honorées les Trois « Saintes-Maries de la Mer ».

Dans l’iconographie, deux types apparaissent : la myrrophore dont le vase de parfum de grand prix est le principal attribut ; la pénitente que le pardon de Jésus a fait passer de la prostitution à une vie nouvelle et qui exhorte à la repentance : « memento mori ». La courtisane myrrophore et son vase de parfum est majoritairement représentée jusqu’au Concile de Trente. Après la Contre-Réforme, c’est la pénitente qui l’emporte.

Abbé Marcel Villers