SOURCES : 112. COEUR COMPATISSANT

                     Cœur compatissant

« Qu’est-ce, brièvement, que la pureté ?
C’est un cœur compatissant pour toute la nature créée.
Et qu’est-ce qu’un cœur compatissant ?
C’est un cœur qui brûle pour toute la création,
pour les hommes,
pour les oiseaux,
pour les bêtes,
pour les démons,
pour toute créature.

Lorsqu’il pense à eux,
lorsqu’il les voit, ses yeux versent des larmes.
Si forte, si violente est sa compassion
que son cœur se brise
lorsqu’il voit le mal et la souffrance
de la plus humble créature.

C’est pour quoi il prie avec larmes à toute heure
pour les ennemis de la vérité
et tous ceux qui lui nuisent,
afin qu’ils soient gardés et pardonnés.

Il prie même pour les serpents
dans l’immense compassion
qui se lève en son cœur,
sans mesure,
à l’image de Dieu. »

Isaac le Syrien, Traités ascétiques, 81.

ISAAC LE SYRIEN ou ISAAC DE NINIVE (VIIe siècle) est né sur les rives du golfe Persique. Déjà moine et reconnu comme maître spirituel, il est sacré évêque de Ninive dans l’Église syriaque, entre 660-680. Mais au bout de cinq mois, il fuit dans la montagne, puis se fixe au monastère de Rabdan Shabbour où, devenu aveugle, il dicte ses œuvres à des disciples. Il est un des plus grands spirituels de l’Orient chrétien.

CLÉS POUR LIRE LUC : 1. VOTRE RÉDEMPTION EST PROCHE

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 21, 25-28.34-36 du 1er dimanche de l’Avent.

Votre rédemption approche
Restez éveillés et priez (Lc 21,36)

« Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie. » (21,34) Deux pièges, en effet, guettent le croyant : l’engourdissement et le divertissement. La vie de foi est faite du désir et de l’attente de la venue et de la rencontre du Christ. A force d’attendre, notre désir peut s’émousser et une sorte d’engourdissement spirituel s’ensuit : on continue machinalement à poser des gestes religieux, mais sans âme. L’autre dérive est le divertissement. Le désir s’inscrit dans un manque, celui de Dieu. Ce manque peut être ressenti comme un vide qu’il faut alors combler par les plaisirs, les soucis, l’agitation. La vie spirituelle est une lutte contre ces deux tentations. « Restez éveillés et priez en tout temps. » (21, 36) Vivre éveillés et cultiver l’attente de Celui qui vient, n’est-ce pas en quoi consiste la prière ?

La rédemption
Ce terme traduit le grec apolutrôsis qui comporte « l’idée d’un affranchissement, d’une libération, d’une délivrance, impliquant un prix ou une compensation à payer. On emploie ce terme pour la libération des esclaves et des prisonniers, mais aussi pour la délivrance de diverses difficultés, contraintes et dangers. Signifiant épargner, préserver, conserver sain et sauf, le terme devient l’équivalent de sauver au sens profane et religieux. Dans l’Ancien Testament en grec (la Septante), Dieu est le sujet du verbe grec lutroomai qui traduit divers mots hébreux signifiant : racheter, délivrer, sauver, arracher à un danger. Dieu libère son peuple afin de se l’acquérir comme bien précieux. Dans le Nouveau Testament, nous devons entendre cette opération divine comme une libération, une délivrance, une ré-union à Dieu qui nous arrache à tout esclavage autre que celui de l’amour qui nous a renouvelés et que la croix de Jésus exprime. » (Jean-Marie PREVOST (dir.), Nouveau vocabulaire biblique, 2004, p.283-287).

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 111. GLOIRE DE DIEU CACHÉE

          Gloire de Dieu cachée

« Ceux qui ne savent rien de Dieu,
et ils sont nombreux à notre époque,
le pressentent cependant à travers les créatures,
quand ils les regardent, hors des enchaînements utilitaires,
dans leur beauté, dans leur gratuité insolite.
Quand ils s’émerveillent.
Car le vrai miracle, c’est que les choses soient !

Le cosmos témoigne jusque dans la perpétuelle inversion de la mort en vie
et de l’entropie en néguentropie,
d’une intelligence agissante
dont notre intelligence déchiffre les œuvres
dans ce qu’on a appelé si justement la fête scientifique.

Depuis la création du monde,
les réalités invisibles sont visibles
pour l’intelligence
dans les œuvres de Dieu (Rom 1,20).

La rationalité même du monde serait inexplicable
sans un Sujet éternel.
Elle présuppose la profondeur rationnelle et plus que rationnelle, apophatique,
d’une Personne éternelle
à des personnes raisonnables et plus que raisonnables
pour réaliser avec elles
un accord et une communion d’amour. »

Olivier Clément,  Sources, 1982.

OLIVIER CLÉMENT (1921-2009). Originaire du sud de la France, jeune professeur de lettres, il se convertit à la foi chrétienne et, à trente ans, reçoit le baptême dans l’Église Orthodoxe. Il se familiarise avec la pensée spirituelle et théologique russe en France dont le cœur est l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris où il enseignera par la suite.

FÊTE DU CHRIST ROI

Solennité du Christ Roi de l’univers

Voilà la fête la plus récente mise au calendrier liturgique de l’Église. Elle est instituée le 11 décembre 1925 par le Pape Pie XI et l’encyclique Quas primas. Deux motifs y sont avancés : lutter contre la montée des totalitarismes athées et le laïcisme ; honorer le 16e centenaire du Concile de Nicée qui a introduit dans le Credo, à propos du Christ : « et son règne n’aura pas de fin ». On se trouve, à l’époque de Pie XI, face à la montée du fascisme, du communisme et du nazisme qui visent à exercer un pouvoir totalitaire de l’État sur le citoyen. La liberté religieuse, comme le rôle social de l’Église, sont directement menacés. Ni subordonnée au pouvoir politique, ni une affaire purement spirituelle, la foi chrétienne proclame l’autorité et la souveraineté du Christ sur toute la création et les réalités sociales.
Les mouvements d’Action catholique vont faire du Christ-Roi leur fête et leur programme : étendre le règne du Christ sur les cœurs et sur la société. La prière finale de la messe l’exprime clairement : « Fiers de combattre sous l’étendard du Christ-Roi, nous te demandons, Seigneur, que notre communion au pain de l’immortalité nous permette de régner à jamais avec lui sur le trône céleste. »
La fête du Christ-Roi est initialement fixée au dernier dimanche d’octobre, juste avant la Toussaint. En effet, déclare l’encyclique, « le Christ ne cesse d’appeler à l’éternelle béatitude de son royaume céleste ceux en qui il a reconnu de très fidèles et obéissants sujets de son royaume terrestre. » Les lectures du formulaire de la messe affirment, dans l’épître (Col 1,12-20), la royauté universelle du Christ sur le monde créé et, dans l’évangile (Jn 18, 33-37), que son royaume n’est pas de ce monde. Équilibre délicat !
La célébration de la fête du Christ-Roi change de date et de signification à la suite de la réforme conciliaire de Vatican II. Elle porte désormais le titre de fête du Christ « Roi de l’univers ». La dénomination « Roi de l’univers » met l’accent sur la récapitulation de toute la création dans le Christ et oriente vers la fin des temps. Le Christ est maître de l’histoire où il instaure progressivement, proclame la préface de la messe, un « règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix. » On comprend alors que la fête du Christ Roi soit désormais célébrée le dernier dimanche de l’année liturgique. Cette fête lui donne son orientation comme à toute l’histoire. Nous marchons vers le Christ, Roi de l’univers et Juge de l’humanité, dont la venue en gloire achèvera la création et l’histoire en établissant « un règne sans limite et sans fin » (Préface).

Abbé Marcel Villers

Illustration : plafond du choeur de l’église de Theux (1689)