SOURCES : 104. PROPHÈTES DE MALHEUR

                    Prophètes de malheur

 « ll arrive souvent que dans l’exercice quotidien
de notre ministère apostolique
nos oreilles soient offensées
en apprenant ce que disent certains
qui, bien qu’enflammés de zèle religieux,
manquent de justesse de jugement
et de pondération dans leur façon de voir les choses.

Dans la situation actuelle de la société,
ils ne voient que ruines et calamités :
ils ont coutume de dire que notre époque
a profondément empiré par rapport aux siècles passés.

Ils se conduisent comme si l’histoire,
qui est maitresse de vie,
n’avait rien à leur apprendre.

Et comme si du temps d’autrefois
tout était parfait
en ce qui concerne la doctrine chrétienne,
les mœurs et la juste liberté de l’Église.

Il nous semble nécessaire de dire
notre complet désaccord
avec ces prophètes de malheur,
qui annoncent toujours des catastrophes,
comme si le monde était près de la fin.

Dans le cours actuel des événements,
alors que la société humaine semble à un tournant,
il vaut mieux reconnaître
les desseins mystérieux de la Providence divine
qui, à travers la succession des temps
et les travaux des hommes,
la plupart du temps contre toute attente,
atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse
pour le bien de l’Église,
même les événements contraires. »

Jean XXIII, Discours d’ouverture du concile Vatican II, 11/10/1962

CLÉS POUR LIRE MARC : 45. MARI ET FEMME

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 2-16 du 27e dimanche du temps ordinaire.

Mari et femme
 Au commencement, Dieu les fit homme et femme. (Mc 10,6) 

A la question des pharisiens qui porte sur la permission de renvoyer son épouse, Jésus répond dans un autre registre, celui du fondement appelé ici « commencement ». Le couple humain trouve son sens et sa norme dans le dessein de Dieu.
Si Dieu les fit différents, « homme et femme » (10,6), c’est en vue de leur union qui fait qu’« ils ne sont plus deux, mais une seule chair » (10,8). La conséquence coule de source : « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (10,9). Il ne s’agit pas ici d’un commandement, mais d’un vœu, d’un idéal conforme à la volonté divine fondatrice, celle qu’exprime la Création et qui prime sur les lois et règlements.
Nous découvrons ainsi le mode de raisonnement de Jésus : remonter au fondement, au sens voulu par Dieu. Ce vouloir divin est le critère qui doit guider l’agir du croyant.

Est-il permis de renvoyer son conjoint ?
C’est « de retour à la maison » (10,10), c’est-à-dire au sein du groupe des disciples, que Jésus énonce les règles concrètes destinées à la communauté des chrétiens. Deux cas sont envisagés. Le premier est celui de l’homme qui renvoie sa femme et en épouse une autre (10,11). Il est connu dans la coutume juive. Le second cas est celui de la femme qui divorce et se remarie. Cette situation était peu envisageable en milieu juif, elle reflète plutôt la coutume gréco-romaine que la communauté de Marc connaît. Dans les deux cas, Jésus considère le remariage comme un adultère. Marc présente la radicalisation avancée par Jésus comme égalitaire dans la mesure où elle instaure un strict parallélisme entre l’homme et la femme. (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.375)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 103. DÉSINTÉRÊT

                    Désintérêt

 « Plus j’avance dans la vie,
plus je sens que le vrai repos consiste à se renoncer soi-même,
c’est-à-dire à admettre résolument que cela n’a aucune importance
d’être heureux ou malheureux.

Réussite ou satisfaction personnelle
ne méritent pas qu’on s’y arrête si on les a,
ni qu’on se trouble si elles échappent ou tardent.
Seule vaut l’action fidèle, pour le monde, en Dieu.

Pour arriver à voir cela et à en vivre,
il y a une sorte de pas à franchir,
ou de retournement à faire subir
à ce qui paraît l’habitude générale des hommes.

Mais ce geste, une fois exécuté,
quelle liberté pour travailler, et pour aimer !
Ma vie est maintenant toute envahie par ce désintérêt
que je sens grandir pour moi-même,
en même temps que continue à croître
le goût profond qui m’appelle
pour tout ce qui est réel au fond du réel. »

Pierre Teilhard de Chardin, Lettres de voyage, 30/10/1919

Pierre TEILHARD DE CHARDIN, (1881-1955), prêtre jésuite français, paléontologue, théologien et philosophe. Autant scientifique que mystique, il voit la résurrection comme un événement cosmique qui fait du Christ le centre universel et le point Oméga de l’histoire.

CLÉS POUR LIRE MARC : 44. CHUTER

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 9, 38-48 du 26e dimanche du temps ordinaire.

La chute
Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits …
qu’on le jette à la mer (Mc 9,42)

L’expression « entraîner la chute » traduit bien le grec « scandale » qui signifie l’obstacle, le piège tendu sur le chemin pour y faire tomber le passant, hommes ou bêtes. Soit le piège vise à faire tomber l’autre, ici « un seul de ces petits qui croient en moi » (9,42), soit tomber soi-même car la main, le pied, l’œil peuvent être « occasion de chute » pour soi.

Tout dans notre existence « peut être occasion de bien ou de mal agir : la main peut donner ou prendre, l’œil peut contempler ou contrôler, le pied peut avancer ou s’arrêter » (A. Fossion et J-P Laurent, Lire pour vivre, 2016, p.113).

On peut penser aux persécutions que connaissaient les chrétiens de Rome au temps de Marc et qui sont les destinataires de son évangile. Entraîner la chute, faire tomber équivaut à dénoncer un frère ; tomber soi-même signifie alors trahir le Christ et l’Église.

La géhenne
« La géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (9,48). La géhenne est opposée à la vie éternelle et au royaume de Dieu, comme la mort est opposée à la vie.« Primitivement, le mot géhenne désigne la vallée de Ben-Hinnom qui entourait Jérusalem à l’ouest et au sud et dans laquelle se pratiquaient des sacrifices d’enfants par le feu en l’honneur de Moloch (2 R 23,10). Le prophète Jérémie annonce que les Judéens y seront massacrés par Nabuchodonosor et ce lieu deviendra la vallée du carnage (Jr 7,30-32). Isaïe reprend cette image dans un contexte eschatologique, on pourra y voir « les dépouilles des hommes qui se sont révoltés contre moi : leurs vers ne mourront pas et leur feu ne s’éteindra pas » (Is 66,24). A partir de là, la Géhenne devint, dans la littérature apocalyptique, le symbole d’un châtiment éternel qui a donné naissance à l’image du feu éternel de l’enfer. » (Philippe BACQ, Un goût d’Évangile, 2006, p.143)

Abbé Marcel Villers