CLÉS POUR LIRE LUC : 2. IL CRIE DANS LE DÉSERT

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 3,1-6 du 2ème dimanche de l’Avent.

Voix de celui qui crie dans le désert
Préparez le chemin du Seigneur… et tout être vivant verra le salut de Dieu (Lc 3,4.6)

Luc ouvre le temps de la vie publique de Jésus par l’apparition du dernier prophète d’Israël, Jean à qui la parole de Dieu est adressée. Une citation d’Isaïe (40,3-5) sert à insérer Jean dans la lignée des prophètes et à décrire sa mission, l’ultime avant la venue pour tout être humain du salut de Dieu (3,6) qui est Jésus.

Le prophète Isaïe a la vision d’une procession splendide à travers le désert. Le Seigneur Dieu marche à la tête de son peuple qui sort d’exil pour rentrer au pays. Une voix s’élève dans le désert par où passe la route et appelle à préparer une voie royale. « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis. » (3,5) Cette perspective de travail sur la nature est  transposée dans l’ordre moral et spirituel. Il s’agit d’entrer dans un chemin de conversion du cœur pour permettre au salut de venir jusqu’à toute chair.

Le cadre chronologique et politique
Luc insère son récit dans la trame de l’histoire avec des repères précis. Il énumère sept noms, chiffre parfait. C’est dans ce cadre précis que surgit l’intervention divine : « la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. » (3,2)
La Palestine est occupée par Rome dont l’empereur est alors Tibère (14-37 de notre ère). La partie méridionale, Judée et Samarie, est province romaine depuis l’an 6 avant notre ère ; le gouverneur Ponce-Pilate (26-36) est un homme cruel. Sur la Galilée et le Liban règnent, entre -4 et 39, des membres de la famille d’Hérode, à la solde des Romains. Les autorités religieuses, les grands prêtres, Caïphe (18-36) et son beau-père Hannah se maintiennent en place grâce à leur astucieuse diplomatie. De toutes ces données, on peut conclure que l’apparition du Baptiste et de Jésus date des années 28-29 de notre ère. (Aloïs STÖGER, L’évangile selon saint Luc, 1968, p.112-113)

 Abbé Marcel Villers

SOURCES : 112. COEUR COMPATISSANT

                     Cœur compatissant

« Qu’est-ce, brièvement, que la pureté ?
C’est un cœur compatissant pour toute la nature créée.
Et qu’est-ce qu’un cœur compatissant ?
C’est un cœur qui brûle pour toute la création,
pour les hommes,
pour les oiseaux,
pour les bêtes,
pour les démons,
pour toute créature.

Lorsqu’il pense à eux,
lorsqu’il les voit, ses yeux versent des larmes.
Si forte, si violente est sa compassion
que son cœur se brise
lorsqu’il voit le mal et la souffrance
de la plus humble créature.

C’est pour quoi il prie avec larmes à toute heure
pour les ennemis de la vérité
et tous ceux qui lui nuisent,
afin qu’ils soient gardés et pardonnés.

Il prie même pour les serpents
dans l’immense compassion
qui se lève en son cœur,
sans mesure,
à l’image de Dieu. »

Isaac le Syrien, Traités ascétiques, 81.

ISAAC LE SYRIEN ou ISAAC DE NINIVE (VIIe siècle) est né sur les rives du golfe Persique. Déjà moine et reconnu comme maître spirituel, il est sacré évêque de Ninive dans l’Église syriaque, entre 660-680. Mais au bout de cinq mois, il fuit dans la montagne, puis se fixe au monastère de Rabdan Shabbour où, devenu aveugle, il dicte ses œuvres à des disciples. Il est un des plus grands spirituels de l’Orient chrétien.

CLÉS POUR LIRE LUC : 1. VOTRE RÉDEMPTION EST PROCHE

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 21, 25-28.34-36 du 1er dimanche de l’Avent.

Votre rédemption approche
Restez éveillés et priez (Lc 21,36)

« Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie. » (21,34) Deux pièges, en effet, guettent le croyant : l’engourdissement et le divertissement. La vie de foi est faite du désir et de l’attente de la venue et de la rencontre du Christ. A force d’attendre, notre désir peut s’émousser et une sorte d’engourdissement spirituel s’ensuit : on continue machinalement à poser des gestes religieux, mais sans âme. L’autre dérive est le divertissement. Le désir s’inscrit dans un manque, celui de Dieu. Ce manque peut être ressenti comme un vide qu’il faut alors combler par les plaisirs, les soucis, l’agitation. La vie spirituelle est une lutte contre ces deux tentations. « Restez éveillés et priez en tout temps. » (21, 36) Vivre éveillés et cultiver l’attente de Celui qui vient, n’est-ce pas en quoi consiste la prière ?

La rédemption
Ce terme traduit le grec apolutrôsis qui comporte « l’idée d’un affranchissement, d’une libération, d’une délivrance, impliquant un prix ou une compensation à payer. On emploie ce terme pour la libération des esclaves et des prisonniers, mais aussi pour la délivrance de diverses difficultés, contraintes et dangers. Signifiant épargner, préserver, conserver sain et sauf, le terme devient l’équivalent de sauver au sens profane et religieux. Dans l’Ancien Testament en grec (la Septante), Dieu est le sujet du verbe grec lutroomai qui traduit divers mots hébreux signifiant : racheter, délivrer, sauver, arracher à un danger. Dieu libère son peuple afin de se l’acquérir comme bien précieux. Dans le Nouveau Testament, nous devons entendre cette opération divine comme une libération, une délivrance, une ré-union à Dieu qui nous arrache à tout esclavage autre que celui de l’amour qui nous a renouvelés et que la croix de Jésus exprime. » (Jean-Marie PREVOST (dir.), Nouveau vocabulaire biblique, 2004, p.283-287).

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 111. GLOIRE DE DIEU CACHÉE

          Gloire de Dieu cachée

« Ceux qui ne savent rien de Dieu,
et ils sont nombreux à notre époque,
le pressentent cependant à travers les créatures,
quand ils les regardent, hors des enchaînements utilitaires,
dans leur beauté, dans leur gratuité insolite.
Quand ils s’émerveillent.
Car le vrai miracle, c’est que les choses soient !

Le cosmos témoigne jusque dans la perpétuelle inversion de la mort en vie
et de l’entropie en néguentropie,
d’une intelligence agissante
dont notre intelligence déchiffre les œuvres
dans ce qu’on a appelé si justement la fête scientifique.

Depuis la création du monde,
les réalités invisibles sont visibles
pour l’intelligence
dans les œuvres de Dieu (Rom 1,20).

La rationalité même du monde serait inexplicable
sans un Sujet éternel.
Elle présuppose la profondeur rationnelle et plus que rationnelle, apophatique,
d’une Personne éternelle
à des personnes raisonnables et plus que raisonnables
pour réaliser avec elles
un accord et une communion d’amour. »

Olivier Clément,  Sources, 1982.

OLIVIER CLÉMENT (1921-2009). Originaire du sud de la France, jeune professeur de lettres, il se convertit à la foi chrétienne et, à trente ans, reçoit le baptême dans l’Église Orthodoxe. Il se familiarise avec la pensée spirituelle et théologique russe en France dont le cœur est l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris où il enseignera par la suite.