SOURCES : 93. LOUER

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

93. LOUE DIEU

« Je louerai le Seigneur toute ma vie,
je chanterai mon Dieu aussi longtemps que je serai.
O Dieu, qui donnera à mon cœur plein d’amour
d’accomplir mon désir de te louer ?

O Maître, si mon cœur pouvait exhaler
autant d’accent mélodieux qu’il y a de sons de harpe ;
si toutes ces mélodies pouvaient monter devant toi ;
si de mon cœur pouvait s’élever une louange nouvelle et inouïe
qui plût à mon Maître et fit la joie de toute l’armée céleste !

Aimable Maître, je ne suis pas digne de te louer,
mais mon âme désire que le ciel te loue en sa ravissante beauté,
avec l’éclat du soleil et la lumière de millions d’étoiles,
et la prairie aux jours d’été
dans la parure joyeuse et variée de ses fleurs,
et toutes les douces pensées et tous les ardents désirs
qu’un cœur pur et aimant a jamais élevés vers toi
dans les claires délices d’un été que ton esprit illuminait ! »

Henri Suso, Livre de l’éternelle sagesse, 1328.

HENRI SUSO (1295-1366), originaire de Constance, entre chez les Dominicains où il sera prieur de plusieurs maisons de son Ordre. Grand prédicateur et directeur spirituel remarquable, il nous a laissé le « Livre de la Sagesse éternelle », ouvrage classique de la littérature mystique allemande. Suso a contribué à répandre la mystique rhénane de Maître Eckhart avec Jean Tauler. Il mourut à Ulm. Il est proclamé bienheureux en 1831.

CLÉS POUR LIRE MARC : 34. SANS BERGER

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,30-34 du 16e dimanche du temps ordinaire.

Des brebis sans berger
Il fut saisi de compassion envers eux et se mit à les enseigner. (Mc 6,34)

L’enseignement de Jésus, sa parole est la manifestation de sa « compassion » envers la foule. Curieux remède à la quête de ces gens « sans berger » ! Sauf si on entend par « parole », l’évangile que nous lisons chaque dimanche, cette « bonne nouvelle » qui comble l’homme en quête de sens et de vie.
Comparée à des brebis sans berger, cette foule dispersée et disparate, Jésus la rassemble et la nourrit par la puissance de sa parole qui naît de sa « compassion ». On traduit ainsi un terme qui, en hébreu, désigne le sein maternel, l’utérus, siège de la tendresse d’une mère pour ses enfants. La compassion de Jésus est ainsi cette émotion qui monte des profondeurs physiologiques, il est remué aux entrailles devant la souffrance des hommes. C’est l’amour maternel de Dieu pour ses enfants.

Brebis, berger et pâturage
La première mission du berger est d’être un rassembleur. Lorsqu’au petit matin, le berger ouvre la porte de l’enclos où les brebis ont passé la nuit, il pousse son cri de ralliement. Aussitôt les brebis se pressent à la porte. Elles ont reconnu sa voix et se rassemblent autour de lui qui va les mener vers les eaux tranquilles et les verts pâturages. La symbolique biblique est claire : le berger est la figure du roi qui rassemble, dirige et conduit son peuple. Les prophètes ont annoncé un successeur du roi par excellence qu’était David et qui sera pasteur de son peuple à la manière de Dieu lui-même. Ce bon berger tant attendu est le Messie qui prendra soin de toutes ses brebis, particulièrement celles qui sont perdues ou malades. (Ez 34)
S’articulent, dans la figure du berger, celles du roi et du serviteur. Faire paître le troupeau à la manière de Dieu, c’est montrer une immense prévenance pour les brebis les plus faibles, se mettre à leur service, et ainsi être roi. Telle est bien la conception que se fait Jésus du Messie. (Philippe BACQ, Un goût d’Évangile, 2006)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 92. TE CONNAITRE

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

92. JE DÉSIRE TE CONNAÎTRE

« Seigneur, que nul ne peut voir sinon les cœurs purs,
j’ai cherché, par la lecture et la méditation,
comment on peut posséder la pureté véritable du cœur,
afin que, par elle, je devienne capable de te connaître un tant soit peu.

J’ai cherché ton Visage, Seigneur, j’ai désiré voir ta face.
Longtemps, j’ai médité en mon cœur,
et dans ma méditation s’est allumé un feu,
le désir de te connaître toujours davantage.

Quand tu me romps le pain de la sainte Écriture,
déjà je te connais grâce à cette fraction du pain.
Mais plus je te connais, plus je désire te connaître,
non seulement dans l’écorce de la lettre,
mais dans le contact de l’expérience.

Et ce don, Seigneur, je ne te le réclame point
en m’appuyant sur mes mérites,
mais je l’attends de ta miséricorde.

Donne-moi, Seigneur, des arrhes sur l’héritage promis,
au moins une goutte de céleste rosée
pour étancher ma soif,
car je brûle d’amour. »

Guigues II le Chartreux, L’échelle des moines, 1170.

GUIGUES II LE CHARTREUX, prieur de la Grande Chartreuse, est mort, semble-t-il en 1188. Dans une « Lettre sur la vie contemplative », il explique à un disciple ce qu’il appelle l’Echelle des Moines, et qui correspond à la pratique monastique que l’on propose maintenant plus fréquemment dans l’Eglise sous le nom de « lectio divina ». Il distingue quatre degrés dont le dernier est la contemplation. Cet écrit a connu une très large diffusion et fournit un bel exemple de ce que l’on a appelé le « mysticisme occidental ».

CLÉS POUR LIRE MARC : 33. BÂTON ET SANDALES

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,7-13 du 15e dimanche du temps ordinaire.

Un bâton, des sandales
Il commença à les envoyer en mission deux par deux. (Mc 6,7)

« Deux par deux ». Ce choix correspond à la pratique de l’Église primitive qui envoie Pierre et Jean en Samarie (Ac 8,14), Barnabé et Paul à Chypre (Ac 13,2). C’est qu’il fait bon marcher à deux, car cela favorise l’entraide et la sécurité. Et puis, on ne peut porter seul la nouveauté de l’Évangile. Lorsque l’un des deux dira le message, on regardera l’autre car on ne rend témoignage qu’ensemble.
« Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton… Mettez des sandales. » (6,8-9) C’est le minimum pour voyager, mais surtout le bâton et les sandales sont à relier « avec la symbolique de la pâque juive, qu’on doit manger « reins ceints, sandales au pied et bâton à la main » (Ex 12,11), c’est-à-dire en toute hâte, prêt pour le départ. Dans la tradition rabbinique, on retrouve cette manière de s’équiper pour se préparer à la venue du Messie. » (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2010, p.229)

Le radicalisme itinérant
Parmi les divers mouvements nés de l’action de Jésus, le christianisme itinérant se caractérise par l’accent mis sur le caractère radical de l’appel à suivre Jésus : « Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres. Puis viens et suis-moi. » (Mc 10,21) C’est le cas des Douze qui ont tout quitté, maison, famille, profession pour répondre à l’appel de Jésus. (Mc 10,28-30)
Pour une partie des premiers chrétiens, vivre à la suite de Jésus, c’est poursuivre son œuvre de prédication itinérante sur le modèle du Jésus galiléen qui annonçait la venue du Règne de Dieu sur les chemins et dans les villages. De même, ces chrétiens radicaux sont allés dans les rues et sur les places, proclamant le Royaume, publiant le récit des actes que Jésus avait accomplis, guérissant les malades et chassant eux-mêmes les démons. (François VOUGA, A l’aube du christianisme, 1986) Ce type de christianisme est la source de la figure du missionnaire.

Abbé Marcel Villers