SOURCES : 164 LE MESSIE PAUVRE

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Méditons en ce temps d’Avent sur le mystère de l’Incarnation.

Le Messie pauvre

« L’Évangile montre que la pauvreté touchait tous les aspects de la vie du Christ. Dès son entrée dans le monde, Jésus fait l’expérience des difficultés liées au rejet. L’évangéliste Luc, racontant l’arrivée à Bethléem de Joseph et de Marie, alors sur le point d’accoucher, observe avec regret : Il n’y avait pas de place pour eux.

Jésus naît dans d’humbles conditions ;
dès sa naissance, il est couché dans une mangeoire,
et très tôt, pour le sauver de la mort,
ses parents fuient en Égypte.

Au début de sa vie publique,
il est chassé de Nazareth, après avoir annoncé
l’accomplissement en lui de l’année de grâce
dont se réjouissent les pauvres.

Il n’y a pas de lieu accueillant,
même pour sa mort.
Ils le conduisent hors de Jérusalem pour le crucifier.

C’est à cette condition que l’on peut résumer
de manière claire la pauvreté de Jésus.
Il s’agit de la même exclusion
qui caractérise la définition des pauvres :
ils sont les exclus de la société.

Jésus est la révélation de ce privilegium pauperum.
Il se présente au monde
non seulement comme le Messie pauvre,
mais aussi comme le Messie des pauvres et pour les pauvres. »

Léon XIV, Dilexi te, 4 octobre 2025, n° 19.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 3. ES-TU CELUI QUI DOIT VENIR ?

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 11, 2-11 du 3ème dimanche de l’Avent.

Es-tu celui qui doit venir ?
Allez annoncer ce que vous entendez et voyez. (Mt 11, 4)

Et qu’entendons-nous ? Que voyons-nous ? Tout simplement rien. Nous n’entendons rien de nouveau, nous ne voyons rien de changé. Nous sommes sourds et aveugles. Mais justement, c’est cela que Jésus est venu changer : nous ouvrir les yeux et les oreilles pour que nous puissions voir et entendre. Avec Jésus, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent. C’est d’abord nous, les aveugles, les sourds, les boiteux.

Ouvrez vos yeux et vos oreilles, mettez-vous en route. C’est Jésus, la Bonne Nouvelle pour les pauvres, les prisonniers, les aveugles, les opprimés, ceux qui ont faim, qui pleurent, sont haïs et rejetés. Tous ces « pauvres » sont heureux parce que Dieu, en Jésus, se fait proche d’eux.

Jean et Jésus
L’attitude de Jésus, faite de compassion et de bonté, correspondait mal aux exhortations sévères de Jean-Baptiste qui voyait la cognée du Messie déjà à la racine des arbres (Mt 3, 10) ; d’où la question inquiète de Jean : « Es-tu celui qui vient ? », le Messie. Derrière cette interrogation se laisse voir la concurrence entre les communautés issues de Jean le baptiste et celles issues de Jésus : qui est le Messie ? On sait que Jean fut le maître de Jésus et qu’entre eux, les affinités étaient importantes. Cela est vite devenu gênant pour les premiers chrétiens. On admettait mal que Jésus se soit soumis au baptême de Jean en vue du pardon des péchés. Ce conflit conduira les chrétiens à subordonner le Baptiseur à Jésus, ce que met en forme Matthieu (11, 7-14) qui situe Jean comme un grand prophète, mais le plus petit dans le Royaume des cieux.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 163 DESCENDRE

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Méditons en ce temps d’Avent sur le mystère de l’Incarnation.

Toujours descendre

« Dieu est amour miséricordieux
et son projet d’amour, qui s’étend et se réalise dans l’histoire,
consiste avant tout à descendre parmi nous
afin de nous libérer de l’esclavage,
des peurs,
du péché
et du pouvoir de la mort.

Le regard miséricordieux et le cœur rempli d’amour,
il s’est tourné vers ses créatures,
prenant soin de leur condition humaine, et donc de leur pauvreté.

C’est précisément pour partager
les limites et les fragilités de notre nature humaine
qu’il s’est fait pauvre,
qu’il est né dans la chair comme nous,
que nous l’avons connu dans la petitesse d’un enfant
couché dans une mangeoire
et dans l’humiliation extrême de la croix,
là où il a partagé notre pauvreté radicale qui est la mort.

Ainsi Dieu, pris de compassion
pour la pauvreté et la faiblesse de l’humanité tout entière
et qui, voulant relever et inaugurer un Règne
de justice, de fraternité et de solidarité,
a particulièrement à cœur
ceux qui sont discriminés et opprimés,
demandant à nous aussi, son Église,
un choix décisif et radical
en faveur des plus faibles. »

Léon XIV, Dilexi te, 4 octobre 2025, n° 16.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 2. PROCHE EST LE ROYAUME

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 3, 1-12 du 2ème dimanche de l’Avent.

Le Royaume des cieux est tout proche
Produisez donc un fruit digne de la conversion. (Mt 3, 8)

Jean est vêtu de peaux de bêtes, le vêtement sauvage des premiers hommes dans leur corps à corps avec la nature. « Il portait un vêtement de poils de chameau ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. » (3, 4) Que veut nous dire l’évangéliste par cette description ? « Une nouvelle humanité est en train de naître. Ce vêtement de bêtes, c’est l’habit des commencements, le costume des origines. » (J. Debruynne)

Jean invite ainsi à un nouveau commencement, une nouvelle naissance que son baptême symbolise. Mais croyons-nous qu’un autre monde est non seulement possible, mais qu’il est en train de naître ? « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » (3, 3) Se convertir, c’est se repentir, changer de comportement, penser autrement. C’est, au sens le plus littéral, faire demi-tour, se retourner, changer de direction. Mais pourquoi ne changeons-nous pas de route ?

Le Royaume des cieux
Matthieu écrit « des cieux » plutôt que « de Dieu » quand il parle du Règne ou Royaume annoncé. Il parle ainsi comme un juif qui évite de prononcer le nom de Dieu. « Le royaume des cieux est une notion courante dans la littérature apocalyptique juive du 1er siècle avant Jésus-Christ qui l’emprunte elle-même à l’Ancien Testament. Cette expression désigne non pas le lieu ou l’étendue du règne de Dieu (comme peut le faire le mot français de « royaume »), mais plutôt le fait que Dieu est roi, que Dieu règne. Cette royauté, ce règne n’est pas manifeste dans ce monde, mais le jour vient où elle sera pleinement manifestée. L’attente du Royaume constituait l’essentiel de l’espérance d’Israël. Ce qui est nouveau avec Jésus, la bonne nouvelle, c’est que le temps est venu, le règne de Dieu est tout proche. » (J.-J. von ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969)

Abbé Marcel Villers