Ni pain, ni sac, ni argent, mais un compagnon…

Kieffer-15e-TOB

C’est la première fois que les apôtres quittent Jésus, leur maître, qui les a appelés et avec lequel ils vivent intimement depuis des mois.

De même, le chrétien est un disciple, qui a entendu l’appel du Christ, y a répondu et est entré dans le cercle des intimes de Jésus. Être disciple, c’est apprendre à connaître le Christ et sa parole, le prendre comme maître spirituel et guide de vie. Être disciple, c’est entrer petit à petit dans une communion intime avec Jésus, ce qui demande un long temps de formation, de compagnonnage avec lui et avec des frères disciples. C’est vivre en communauté de frères réunis autour et par Jésus. Jusqu’au moment où les disciples sont prêts à être envoyés, à devenir missionnaires. Alors, il leur faut sortir, prendre la route.

Une question se pose à eux : que faut-il emporter pour la route ?

Voici la réponse de Jésus : Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie. Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange.

Dans ces conditions, les valises étaient vite faites : un bâton, des sandales, le confort sommaire de celui qui marche, léger, disponible, dépouillé de tout ce qui alourdit et encombre.

Il est dit aussi que Jésus les envoie deux par deux.

C’est qu’on ne peut porter seul la nouveauté de l’Évangile. Les deux compagnons seront l’un pour l’autre soutien, réconfort, stimulant.

Et lorsque l’un des deux dira le message dont ils sont chargés, on regardera l’autre car on ne rend témoignage qu’ensemble.

Ni pain, ni sac, ni argent, mais un compagnon.

Ces hommes sans bagages, appuyés l’un sur l’autre, Jésus compte sur d’autres hommes pour les accueillir et les nourrir. Ces marcheurs n’ont d’autre sécurité, d’autre avenir que l’hospitalité qu’on voudra bien leur offrir.

Voilà qui en dit long sur le sens de la mission de l’Église : non pas amener les hommes à venir chez elle, mais sortir, aller vers eux et habiter la maison de l’autre.

Voilà comment, pour la première fois, ils sont partis. Et voilà des siècles qu’ils marchent. Aujourd’hui, c’est à notre tour de mettre nos pas dans les leurs, de sortir, de prendre la route. Car nous sommes des disciples-missionnaires, l’un ne va pas sans l’autre. L’Église est la communauté des disciples-missionnaires qui vit de la joie de l’Évangile, joie qu’elle ne peut que désirer partager, répandre.

Alors, marcher, partir, se mettre en route, avec comme seul bagage la Bonne nouvelle, c’est ce mouvement qui fait l’Église.

Être chrétien, c’est partir vers les hommes, c’est marcher à la suite de Jésus sur les routes du monde, c’est être ce que nous sommes, des disciples-missionnaires.

Pour cela, il faut, comme les apôtres, être léger, dépouillé de tout superflu, libre, avec l’essentiel pour seul bagage et des frères comme compagnons. L’Église est ce peuple de marcheurs, toujours en chemin et qui jamais ne peut s’estimer arrivée.

Sans cesse, cependant, la tentation naît de s’arrêter, de s’installer, de confondre la maison de l’étape avec la demeure définitive, puis de se charger de précautions, d’assurances, de bagages.

L’Église a souvent succombé à cette tentation. Elle a oublié la légèreté et le dépouillement pour s’installer, construire, se mettre en sécurité derrière les murs de ses institutions.

Et voilà qu’aujourd’hui nos églises se dépeuplent, nos institutions tournent à vide, notre habit institutionnel est trop large, nos ressources insuffisantes.

Ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie, disait Jésus. Il est venu le temps du dépouillement, de la simplicité, de la légèreté. Nous sommes bien obligés de constater que l’habit est trop large. De cette obligation, faisons une occasion de retour à l’essentiel : vivre en compagnons de Jésus et les uns des autres.

Pauvreté, fraternité, confiance : voilà le tiercé pour dire notre être chrétien aujourd’hui, dans ce monde qui ne cesse de nous reprocher notre puissance et notre prétention d’hier.

Pauvreté des ressources et moyens, fraternité joyeuse et profonde, confiance dans l’accueil et l’hospitalité de nos contemporains, ainsi se dessine la figure de l’Église d’aujourd’hui comme une communauté de disciples-missionnaires.

Jésus leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, seulement un bâton de marche.

Alors, sortons de nos murs, prenons la route et nous trouverons l’hospitalité dans la maison des hommes de ce temps.

Abbé Marcel Villers

P.S. 1 Merci à Jean-François Kieffer pour son beau dessin !

P.S. 2 Cette homélie étant dans la droite ligne de la réflexion de notre UP sur sa propre mission, le lien vers cet article se retrouvera aussi sur la page Notre UP en mission.

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