HOMÉLIES DU CARÊME THEUX 2026 : 2. DEUX-FOIS NES

2° DIMANCHE DU CARÊME Mt 17,1-9

 

Dans notre existence, il y a des moments privilégiés, des heures, le plus souvent des instants, brefs comme l’éclair, où nous sommes éblouis, transportés par la beauté du monde ou inondés d’une paix profonde par telle rencontre, ou transportés par un amour intense. Nous accédons à une intensité de vie qui n’est pas notre lot quotidien. Ces expériences fortes sont des sommets de lumière dans nos vies, des moments de grâce où nous nous éveillons plus grands.

Ces temps forts éveillent en nous quelqu’un que nous ne connaissions pas, un autre homme, un deuxième homme qui, dans l’ordinaire, sommeille en nous. Cette expérience est une nouvelle naissance, celle d’un nouvel être, le deuxième homme.

Renaître, devenir un être nouveau, recommencer à neuf : qui d’entre nous, un jour ou l’autre, n’en a pas rêvé ? Mais « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? » demandait Nicodème à Jésus. « Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? » Comment, à l’intérieur de l’être ancien que nous sommes, pourrait surgir la vie nouvelle ? « Il vous faut naître d’en haut », répond Jésus.

L’homme nouveau ne naît « ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme », mais de l’Esprit. Dans bien des religions, on appelle deux-fois-nés ceux qui, nés une fois du sang et de la volonté de la chair, naissent une seconde fois au monde de l’Esprit, à la vie de Dieu.

Cette naissance nouvelle est une expérience spirituelle, une expérience intérieure. Certains en parlent comme d’une vision, d’autres comme d’un appel, en tous cas, comme d’une réalité qui tombe sur eux, et de l’extérieur. Alors leur est révélée leur véritable identité. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour. »

On demande souvent : « qu’est-ce que cela change, le baptême ? » Tout simplement, il révèle et éveille en nous le 2e homme. Oui, il y a en chaque être humain un mystère, un être de lumière que le baptême révèle. Il y a en nous plus que nous-mêmes. Le baptême, c’est Dieu qui m’appelle et me révèle : Tu es mon Fils bien-aimé.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE CARÊME 2026 THEUX : 1. LE FILS

PREMIER DIMANCHE DU CARÊME A
Gn 2-3 ; Mt 4,1-11

« Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.»
Rappel de notre véritable condition qui donne sens au carême.

40 jours pour revenir à l’essentiel, à ce que nous sommes en vérité, lorsque nous enlevons les masques qui nous dissimulent aux autres comme à nous-mêmes, lorsque nous arrêtons de nous fuir dans l’agitation et le divertissement.

Le carême, temps du retour à la vérité sur nous-mêmes, temps de discernement : qui suis-je ? qu’est-ce que cette vie que je mène ? où cela me conduit-il ? Et Dieu dans ma vie ?

Les tentations de Jésus au désert mettent en scène une réalité intérieure et permanente pour le chrétien, pour tout homme. Que ce soit le serpent ou le diable, nous sommes face à des ennemis dont le champ de bataille est notre âme. Nous sommes en lutte contre ces Puissances occultes, ces Forces des ténèbres qui peuplent notre cœur. Nous partageons cet aveu de saint Paul : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais. L’être humain est contradiction, ce qui le rend fragile et donne prise au tentateur.

Au commencement : Adam, né du souffle de Dieu et de la poussière du sol. Tout est dit. L’être humain est contradiction. Être mixte, mêlé de ciel et de terre, tiraillé entre les deux. Tenté de refuser ce qu’il est : une créature, un être dépendant et limité, qui reçoit sa vie d’un autre, de Dieu. Le péché fondamental, dont dérivent tous les autres, est le refus d’être ce que nous sommes : une créature, Fils de Dieu mais pas Dieu.

Le carême invite au discernement, celui de nos limites.
Souviens-toi que tu es poussière et que tu redeviendras poussière.

Notre tentation majeure est la toute-puissance. Comme Adam, nous voulons jouir sans limite et nous arroger le pouvoir de décider seul du bien et du mal. Cette tentation traverse toute l’histoire humaine et l’actualité nous en donne des exemples évidents : le fanatisme et sa prétention à détenir la vérité absolue ; la griserie du pouvoir jusqu’à se prendre pour le maître du monde ; l’accaparement des richesses qui détruit la planète et creuse les inégalités. Ces tentations concernent aussi chacun de nous, qui cherchons à nous gaver d’avoir, de savoir et de pouvoir.

En résistant aux tentations majeures, Jésus nous apprend à être homme, c’est-à-dire à accepter notre condition de créature et notre dépendance. Nous ne sommes pas des dieux comme le susurrait le serpent à Adam et Ève, comme le diable l’insinuait à Jésus. Le chemin que dessine Jésus est celui de l’humaine condition, autrement dit de l’humilité. Car l’homme ne vit pas seulement de pain, « mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Abbé Marcel Villers

Illustration : détail de Botticelli « Tentations du Christ », 1481

HOMÉLIE : SEL ET LUMIÈRE. THEUX 5° DIMANCHE ORDINAIRE

5° Dimanche Ordinaire A. Mt 5, 13-16
Theux 08-02-2026

« Vous êtes le sel de la terre.
Vous êtes la lumière du monde.
 »

Voilà comment Jésus définit ses disciples.
Est-ce bien de nous dont il parle ?

Sel de la terre, lumière du monde, ce n’est pas aujourd’hui que nous oserions l’affirmer, encore moins le croire. Il suffit de considérer notre situation actuelle dans l’espace social de notre pays pour rester plus que modestes, conscients comme chrétiens d’être de fait minoritaires et même marginaux.

Sel de la terre, c’est-à-dire source d’espérance, de sens.
Lumière du monde, celle d’une Église qui brille pour tous et indique la voie du bonheur et de la vérité.

Aujourd’hui, sommes-nous vraiment perçus par nos concitoyens comme sel de la terre et lumière du monde ?

Jésus nous avait mis en garde. « Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? ll n’est plus bon à rien ; on le jette dehors. »
N’est-ce pas notre situation de chrétiens dans la société belge ?

« La grande menace, pour nous, c’est la psychologie de la tombe qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, écrivait le pape François (Evangelii gaudium). Déçus par la réalité, par l’Église et par eux-mêmes, ils vivent la tentation constante de s’attacher à une tristesse douceâtre, sans espérance, qui envahit leur cœur comme le plus précieux des élixirs du démon. Appelés à éclairer et communiquer la vie, ils se laissent finalement séduire par une sorte de lassitude intérieure. »
N’est- pas notre état d’esprit depuis un certain temps ?

Et pourtant, le sel et la lumière de la vie, c’est encore ce qu’un certain nombre de nos compatriotes attendent de nous, de l’Église. Cette semaine, dans le journal Dimanche, un Dominicain, aumônier des étudiants d’Anvers, déclare : « Je constate qu’il y a de plus en plus de jeunes qui viennent vers nous. C’est un phénomène nouveau dont je me réjouis. Mais ces jeunes sont sans héritage et se sentent spirituellement perdus. C’est souvent en regardant des vidéos sur internet ou dans la confrontation avec d’autre étudiants qui sont musulmans par exemple, qu’ils viennent vers nous et nous demandent d’où venons-nous ? Expliquez-nous cette tradition chrétienne qu’on ne connaît plus. Expliquez-nous qui est le Christ. »

L’annonce missionnaire est à nouveau d’actualité. Le chrétien missionnaire, écrit François (E.G.), « est d’abord quelqu’un qui partage une joie, qui indique un nouvel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction. L’annonce du Christ ne peut être séparée d’actes significatifs. »

« Que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père des cieux. »
Il ne s’agit pas de faire des discours ou de mener des actions de propagande, mais d’accomplir ces actes de lumière dont parlait Esaïe :« Partage ton pain, recueille le sans abri, couvre celui qui est nu… alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres. »

Finalement, le rayonnement des disciples n’est pas un but à rechercher en soi, ni pour soi-même.
C’est un fait : « la lampe est mise sur le lampadaire et elle brille ».
Depuis 2000 ans.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE DU DEUXIÈME DIMANCHE Jn 1, 29-34. THEUX 2026

HOMÉLIE DU DEUXIÈME DIMANCHE Jn 1, 29-34. THEUX 2026

Aujourd’hui, Jean-Baptiste nous présente Jésus qui vient à nous au cours de cette messe : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Nous connaissons bien cette formule. Nous la chantons ou récitons au moins trois fois lors de la fraction du pain. Le prêtre la prononce avant la communion en nous présentant l’hostie.

Cette formule est mise en relation avec deux gestes significatifs de la messe : fraction du pain et communion. Deux gestes qui expriment le sens de ce que nous faisons dans l’eucharistie : partager le même pain et, en le mangeant, ne faire plus qu’un.  Ce geste du repas est devenu le culte nouveau, celui des chrétiens, car il symbolise la vie de Jésus et révèle son identité : l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. 

Dans ce repas, la « fraction » est le moment clé : rompre le pain, le briser comme un corps, une vie peuvent être brisés par la mort. C’est ainsi que, la veille de sa mort, Jésus prit le pain, le rompit et le donna : « Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. » Ce corps livré, ce sang versé nous sont offerts à nous pauvres pécheurs ; « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »

J’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.
C’est à nous que s’adresse ainsi Jean Baptiste, le premier témoin du Christ. Et pourtant, je ne le connaissais pas, dit-il.

Jean Baptiste, le voyant venir à lui, le désigne pourtant comme « l’Agneau de Dieu qui  enlève le péché du monde ». Ce qui nous oriente déjà vers le Crucifié : Jésus sera immolé le jour de la préparation de la Pâque, à l’heure où on sacrifiait les agneaux. Il est l’agneau pascal, le Serviteur souffrant, mené à la boucherie, tel un agneau, à cause des péchés de son peuple. Il est l’Agneau de Dieu désarmé, qui prend sur lui le mal déferlant sur le monde et nous en délivre. Mystère d’amour dans lequel nous sommes plongés, inaccessible au savoir humain.

« Je ne le connaissais pas », déclare par deux fois Jean Baptiste. Il est pourtant, selon la tradition, le cousin de Jésus. Mais Jean parle à un autre niveau. Le savoir des hommes est ignorant du mystère de Dieu et de l’Amour. Comme les contemporains de Jésus, nous savons aujourd’hui beaucoup de choses sur lui, grâce aux travaux des historiens et des archéologues. Mais en vérité, pas plus que les gens de Nazareth, nous ne savons qui est Jésus, d’où il vient.

La connaissance, dont il s’agit ici n’est pas de l’ordre de nos savoirs, mais d’un certain regard que nous appelons la foi. Qui me voit, dira Jésus, voit le Père, ce mystère d’amour qui échappe à tout savoir.

Nous sommes invités à passer de ce que nous savons sur Jésus à une connaissance qui vient de l’écoute : écoute de l’Esprit qui parle au cœur, écoute du témoignage des croyants qui nous ont précédés et dont le premier est Jean-Baptiste.

J’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Et pourtant, je ne le connaissais pas, dit-il.

Abbé Marcel Villers

Illustration : peinture du plafond de la nef de l’église de Theux 1630