Fête de l’Ascension : une réflexion signée Kerit !

Je ne vous le cache pas. La fête de l’Ascension me laisse toujours le cœur partagé entre deux sentiments un peu contradictoires. Je suis saisi de tristesse d’abord. Jésus n’est plus visible dans son corps glorifié. Après un temps où il s’est manifesté à ses apôtres, il disparaît à leurs regards. Comment ne pas être saisi d’une sensation de deuil  devant l’absence visible du Bien Aimé ?

Mais une joie discrète me monte aussi du cœur. Dans la nuit de l’Absence, voilà que nous sommes invités à une Présence plus profonde.

Car Jésus, par l’Ascension, ne disparaît pas. Il change de mode de présence. Il reste présent dans le don du Saint-Esprit, dans la parole des apôtres, dans la communauté rassemblée pour la prière et les sacrements, dans le service des frères.

Son départ vers les cieux ne signifie moins la fin d’une histoire que le début de l’éternité, de notre éternité. Si Jésus n’était pas monté au ciel, il serait encore parmi nous, au milieu de nous, extérieur à nous, comme nous demeurons extérieurs les uns aux autres. Son départ dessine un nouveau mode de présence, non plus une présence proche et visible mais plutôt une présence tout intérieure et universelle, hors frontière et hors du temps. Une vraie présence, vécue sur le mode de l’absence, un peu comme lorsque nous vivons un deuil, ce temps nécessaire pour que l’être décédé vive à jamais en nous.

Libéré des limites du corps, il n’est plus à côté de nous, mais par sa mort et à sa glorification, il est maintenant au cœur  de nous-mêmes. Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Vous êtes en moi et je suis en vous. L’Ascension est le nouvel aspect de Présence dans le Mystère de Pâques. Le Christ ne nous prive des apparences de sa Présence que pour nous donner ce qu’Il est, sa dimension infinie et indicible qu’il reçoit de son Père, grâce au dynamisme de l’Esprit.

Il fallait qu’Il disparaisse pour transparaître. Quand on dépasse le deuil, quand on assume l’absence pour découvrir une autre présence, on entre dans le mystère du Grand Passage, et l’on peut alors vivre intensément l’Ascension. On peut fermer les yeux, quitter les écorces superficielles de la vie sensible, plonger dans la nuit de la foi pour descendre au fond de soi-même, au ciel de Dieu, là où Il peut établir sa demeure, et nous attend.

On se découvre conduit aux dimensions de Dieu, on peut aller au-devant des autres, les rencontrer et les aimer comme il nous dit de le faire. Allez dans le monde entier. Et la joie peut crépiter comme un feu au cœur d’une nuit froide de printemps, parce que, dans les vases fragiles que nous sommes, la présence du ressuscité silencieusement rayonne et éclaire le monde encore prisonnier des ténèbres de la peur.

http://www.kerit.be/ : merci à son auteur !

Aimer en actes et en vérité ! Homélie pour le cinquième dimanche de Pâques (année B)

PèreVigneron

Homélie de l’abbé Jean-Marc Ista pour le 5ème dimanche de Pâques,
Juslenville, le 2 mai 2015

Jésus dit dans l’évangile que tout sarment qui est en moi… et qui porte du fruit, le Père qui est le vigneron, le purifie en le taillant pour qu’il en porte davantage. Et il ajoute : mais vous déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi comme moi en vous.

À bien entendre, c’est donc notre relation avec Jésus lui-même qui nous purifie c’est-à-dire qui nous conduit à accueillir plus de vie, à être vivant de la vie même qui anime Jésus, cette vie qui est un don du Père…

Jacques Lusseyran naît en 1924 ; à l’âge de 8 ans, il se retrouve aveugle suite à une bagarre dans la cour de son école. Ce jour-là, il s’écrie : Mes yeux, où sont mes yeux ? Bien plus tard, il écrira dans Et la lumière fut : Je ne voyais plus avec les yeux de mon corps, je voyais avec les yeux de mon âme. L’épreuve qu’il a subie ne l’avait pas écrasé mais l’a conduit à développer ce qu’il appelle le « regard intérieur ». C’est notamment avec ce regard que ce passionné de la vie deviendra un grand résistant, dès l’âge de 17 ans, et supportera la déportation à Buchenwald.

Où voir Dieu dans cet hymne à la vie ? Le Dieu de Jésus Christ n’est certes pas dans l’accident et le handicap, mais dans la résilience. N’est-ce pas lui qui fait déclarer à Paul : C’est lorsque je suis faible que je suis fort ? Voyons-nous bien en face le contraste dans l’extrait des Actes qui nous venons d’entendre ? Paul, qui a découvert Jésus, subit des tribulations et des oppositions. Toutefois il trouve secours auprès de frères qui le protègent tandis que l’Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, elle se construisait… réconfortée par l’Esprit Saint, elle se multipliait. Quelle force tranquille se dégage de cette évocation de la croissance de l’Église ; on croirait voir la parabole du semeur qui se réalise sous nos yeux : d’autres grains sont tombés dans la bonne terre t montant, se développant, ils donnaient du fruit et ils ont rapporté trente pour un, soixante pour un, cent pour un (Mc 4,1-9).

Là où il y a de la vie que l’on peut comparer à la fertilité de la vigne ou de la semence, il y a plus que de l’espoir, il y a de la fécondité.

J’ai reçu un appel à l’âge de cinq ans, témoigne le chanteur Marc Lavoine. Bien loin d’un saisissement foudroyant, ce fut très délicat, d’une grande simplicité : un beau jour, je me suis senti en vie, là. À cette présence au monde s’entremêlait la conscience de ma finitude : mon existence pouvait s’arrêter d’un instant à l’autre… je réalisai que le fait même de vivre relevait du miracle, d’une loterie inouïe, organisée par un forain dont j’imaginais un visage, une voix, un regard… j’ai commencé à cheminer. Chemin comme une course vitale.

Vivre et accueillir la vie, n’est-ce pas de cela qu’il est question dans l’Évangile ? Nous croyons que Dieu crée par sa Parole qui est vie, qu’il envoie son souffle sur la terre ; alors quel bonheur d’avoir part à ce mystère ! Si vous demeurez en moi, dit Jésus, demandez tout ce que vous voulez et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruits…

Frères et sœurs, notre problème n’est-il pas que nous avons souvent des demandes qui ne sont pas à la hauteur de la volonté e Dieu ? Quelle recherche de plus de vie et d’amour y a-t-il dans nos demandes et dans nos intercessions ?

J’ai été interpellé récemment par la figure spirituelle de sainte Rita ; j’ai découvert que cette femme du XVème siècle s’en est toujours remise à Dieu ; elle qui a été mariée à 16 ans, contre son gré, à un homme violent ; elle qui, devenue veuve suite à un crime, a dû faire face à la soif de vengeance de ses deux fils ; elle, qui, maman, a vu ses 2 enfants mourir jeunes de maladie… Toutes ses épreuves n’ont pas réussi à la débrancher du Christ ; que du contraire ! Elle n’entrera en religion qu’après avoir réconcilié la famille de son défunt mari et celle de l’assassin ! Décidément, les saints ne font pas de la religion un lieu refuge, mais un lieu de vie et d’amour partagé !

Je sens que je suis à un tournant de ma vie, poursuit Marc Lavoine. J’ai 52 ans, j’ai perdu mes parents… je ne suis pas un impatient de la fin, je fais le point. Il me faut traverser ce désert et cesser de me raccrocher à des protections enfantines. J’expérimente aussi le paradoxe de la solitude malgré la présence des autres. Dieu, lui, habite cette béance. Il marche à côté de moi, du moins devant.

N’est–il pas étonnant que dans chaque existence, et donc la nôtre, malgré les questions, les flous, les rebondissements et les difficultés, il y a toujours cet appel de la vie, cette énergie faite de force et d’inconnu qui nous entraîne à aller de l’avant ? Un peu comme la sève qui s’insinue du cep vers le sarment et qui, discrètement mais sûrement, le dynamise et le conduit à porter du fruit.

J’ai reçu un appel à 5 ans… L’appel ne vieillit pas… Je ne sais pas quel est ce lien avec celui que l’on appelle Dieu. Est-ce à moi de le dire ? Est-ce que les mots suffisent ? Ne serait-ce pas simplement le silence dans le vide ? Ne serait-ce pas une succession répétitive d’actes et de dons de soi sans rien attendre en retour ? Le chemin fait de questions et d’expériences de Marc Lavoine paraît sonner juste mais pourquoi ? Ne serait-ce pas parce qu’il incarne d’une certaine façon la parole de l’apôtre (Jn 3,18-24) : Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais en actes et en vérité.

Ainsi, la boucle est bouclée car Jean poursuit : Voici son commandement (celui du père) : mettre notre foi (nous brancher) dans le nom (sur la personne) de son fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres

Frères et sœurs, la vérité n’est sans doute pas dans des idées, mais dans une vie en actes d’amour. Et le premier de ces actes est d’aimer cette vie et sa source. Assurément et fidèlement.

Votre curé,
Abbé Jean-Marc Ista

Raisins

Ne parlez pas trop de Dieu, mais témoignez !

Envoi

Nous connaissons tous l’humour de l’adage : Un secret c’est quelque chose que l’on dit à une personne à la fois.

Les évangélistes synoptiques évoque nt souvent le silence évoqué par Jésus : Silence, ne dis rien à personne ! Ici, Jésus surprend : il refuse la compagnie de l’homme purifié et le renvoie vers sa famille. Un peu comme s’il lui donnait une mesure pour son témoignage.

La pédagogie de Dieu ne serait-elle pas dans un dévoilement progressif ? Tiens, la vérité dont parlent les Écritures se dit alethéia et évoque le dévoilement de ce qui est caché. Comment donc s’étonner que Dieu se fasse discret ? Nous pouvons même constater que l’agir divin se fait lent. C’est Charles Péguy qui résume ainsi le ministère de Jésus 30 ans de silence, 3 ans de parole et 3 heures de souffrance. Aujourd’hui, le thème de l’absence ou du silence de Dieu sont récurrents autour de nous…

Dieu, en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous en un fils qu’il a établi héritier parce qu’il a créé les monde (épître aux Hébreux).

Dieu, par sa parole, crée et recrée à sa façon : dans le déroulement du temps, dans l’histoire des hommes, la nôtre, il continue à dire et se dire ; il fait aussi ce qu’il dit ! En Jésus, il nous propose un nouveau chemin de vie. Ainsi, la Bonne nouvelle de Jésus est, sans doute, une invitation à s’ajuster pour témoigner. Comme l’homme de l’Évangile, c’est d’abord confier notre pire souffrance à Dieu, entendre sa parole qui fait autorité et met les choses à leur place. Et surtout, après, discerner où et comment dire les merveilles de Dieu. Chacun est le maître de sa propre expérience et donc de sa parole propre. Trop de discours ont fait le lit de l’athéisme.

Au seuil de la mort, le cardinal Veuillot disait : Dites aux prêtres de ne pas trop parler de la souffrance, ils ne savent pas souvent ce qu’elle est. C’est juste : la souffrance n’est jamais générale. Dans l’humilité et la lucidité, les prêtres et les croyants ont à reconnaître qu’ils souffrent comme tout le monde -ce qui n’en fait pas des experts de la souffrance des autres.

Idem, dirais-je, pour le chemin de foi, la vie renouvelée et le salut éprouvé ! Maurice Zundel disait : Ne parlez pas trop de Dieu, vous risqueriez de l’abîmer !

S’il y a un temps pour dire, il y a un temps pour se retrouver en famille, famille de sang et aussi de pairs dont nous partageons un bout d’histoire. Il y a un temps pour se taire, mûrir et se laisser enfanter par la Parole de Dieu avant d’oser un enfantement.

J’ai remarqué que, lors de leur appel, aucun disciple ne commence par se prosterner devant Jésus et que, souvent, celui-ci n’accepte pas le compagnonnage de gens qui se sont jetés à ses pieds et ont reçu une grâce de Salut. Même si la puissance de Dieu peut faire irruption dans nos vies, il y un nécessaire temps de maturation pour mieux découvrir celui qui se révèle à nous.

À vin nouveau, outre nouvelle, dit Jésus, qui aura aussi cette parole : Ce ne sont pas ceux qui me disent ‘Seigneur, Seigneur’ qui font la volonté de mon père mais ceux qui écoutent ma parole et la mettent en pratique !

Ensemble, nous sommes appelés à bénéficier des trésors de miséricorde de Dieu et à rendre témoignage à sa fidélité amoureuse -mais pas n’importe comment !

Votre curé, Jean-Marc Ista

Homélie prononcée le mardi 24 mars, lors de la veillée de la réconciliation à Hodbomont.

Le Temple, c’est le corps de Jésus ! – Homélie pour le 3ème dimanche de Carême B

Christ à la Colonne - photo Paul P

Homélie pour le 3ème dimanche de Carême B
Jn 2,13-25 – Theux, le 8 mars 2015

Le Carême nous conduit, aujourd’hui, à la contemplation des outrages subis par le Christ, après avoir, dimanche dernier, contemplé la gloire qui émanait de son corps transfiguré.

Aujourd’hui, ce corps est outragé et torturé. Ainsi nous le montre ce tableau qui représente un Christ à la colonne à laquelle Jésus est attaché pour y subir la flagellation, prélude au chemin de croix. Ce corps, déjà blanc comme un linceul, est le corps du sacrifice dont la croix est l’autel. Ce corps est le nouveau Temple, le lieu véritable où Dieu se manifeste. Le seul digne de lui. Ce qui explique le geste de Jésus que nous rapporte l’évangile de ce jour.

Aujourd’hui, l’amour de Jésus pour Dieu se fait colère : il fit un fouet avec des cordes et les chassa tous du Temple. Jésus est scandalisé, soulevé d’indignation car on fait de la maison de son Père une maison de trafic. Dévoré par son zèle, il jeta par terre la monnaie des changeurs et renversa leurs comptoirs.

Jésus ne peut supporter ce qu’on fasse de Dieu dans ce Temple, un potentat, assoiffé de sang qui se complaît dans le sacrifice d’animaux, symbole de celui des humains. C’est pourquoi Jésus chasse hors du Temple brebis et bœufs qui attendent la mise à mort.

Le Dieu de Jésus, comme celui de Moïse, ne fait pas des hommes ses sujets, ses esclaves. Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir de la maison d’esclavage. C’est un peuple libre, des hommes debout que Dieu désire en face de lui.

Les 10 commandements dessinent ainsi le chemin qui peut conduire l’homme à la liberté authentique. Le véritable culte consiste à recevoir et à pratiquer ces paroles, la Loi de Dieu. Culte qui se déroule non dans un Temple de pierre, mais dans le cœur et la vie de l’homme. Ce culte, comme la Loi, se résume à la pratique de l’amour de Dieu et du prochain.

Cet amour est bien celui qui brûle Jésus. Lire la suite « Le Temple, c’est le corps de Jésus ! – Homélie pour le 3ème dimanche de Carême B »