HOMÉLIE : L’AUTORITÉ DANS L’ÉGLISE

HOMÉLIE du 5 NOVEMBRE THEUX 2023

« Vous êtes tous frères… vous n’avez qu’un seul maître, le Christ… qu’un seul Père, celui du ciel… »
Voilà la bonne nouvelle que l’Évangile proclame en ce jour. La forme de l’Église, sa figure en notre monde, c’est celle de la fraternité.
Pour nous, nul ne peut se prétendre maître et seigneur, sinon le Christ.
Le jour où le Christ a dit : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis », il était agenouillé devant ses compagnons, pour leur laver les pieds ! Voilà où s’enracine l’autorité pour les chrétiens ! Voilà comment elle doit s’exercer dans l’Église comme nous le répètent les conclusions du synode qui vient de s’achever à Rome.

« Vous êtes tous frères… Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. C’est ainsi que se traduit ce qu’on nomme « synodalité » de l’Église, à savoir une organisation de l’autorité plus horizontale que verticale. Le synode qui vient de s’achever à Rome n’est qu’une étape dans la recherche d’un nouveau souffle pour l’Église catholique. Je voudrais vous faire part, ce matin, de quelques-uns des souhaits exprimés par les 344 membres de cette assemblée, évêques, prêtres, laïcs hommes et femmes, qui ont travaillé à Rome avec le pape François pendant tout le mois d’octobre. Je ne retiens que ce qui concerne l’autorité dans l’Église, en lien avec l’évangile que nous venons d’entendre.

Le Synode souhaite rendre obligatoire, auprès de chaque évêque, le «conseil pastoral» censé représenter tout le diocèse en mêlant clercs, religieux et laïcs. À Liège, notre évêque vient de le mettre en place. Par ailleurs, on souhaite des processus de vérification régulière du travail de l’évêque, en ce qui concerne le style de son autorité, l’administration financière des biens du diocèse, le fonctionnement des organes participatifs et la protection contre tout type d’abus.
Une Église synodale promeut la coresponsabilité qui constitue une garantie possible contre les abus de toute nature. Le Synode plaide aussi pour une consultation plus large dans le choix des évêques, «en écoutant un plus grand nombre de laïcs, hommes et femmes ».

En soulignant «la valeur chargée de prophétie et le témoignage de conformation au Christ» apporté par le célibat sacerdotal, les participants au Synode encouragent les prêtres à porter « solitude et isolement ». Il est demandé aux communautés chrétiennes de les soutenir par « la prière, l’amitié, la collaboration». Le Synode insiste cependant sur l’importance de la lutte contre le «cléricalisme», fruit d’un «malentendu» conduisant à vivre le sacerdoce comme «un privilège» plus que comme un «service».

L’autorité dans l’Église est à vivre dans la fraternité et le service. « Ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, ne vous faites pas appeler Père, ne vous faites pas appeler maîtres… » La raison de ces interdits, Jésus nous la donne : « Vous êtes tous frères… vous n’avez qu’un seul maître, le Christ… qu’un seul Père, celui du ciel… »

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE : Dimanche de la Mision universelle Theux 22 octobre 2023

Être missionnaire, c’est partager

« Partage ta joie ». Voilà la mission des chrétiens aujourd’hui. En ce dimanche de la Mission universelle, notre regard se tourne vers tous les peuples du monde à qui le Seigneur nous envoie.

La joie de l’Évangile, la joie de vivre, que nous connaissons, des hommes et des femmes de chez nous sont partis la partager avec des populations souvent pauvres, méprisées vivant dans les coins les plus reculés de notre terre. Missionnaires par leur parole et leurs actes, ils manifestent concrètement la joie de Dieu, l’amour qu’il porte à tout être humain

Et nous ? Saint Paul nous encourage à les imiter ici où nous vivons, il écrit : « nous savons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon. » Cette foi, cette charité, cette espérance, notre mission est de les faire fructifier en les partageant.

« Partage ta joie, ta foi, ta charité, ton espérance. » N’attends pas que les autres viennent chez toi, va vers eux, va chez eux pour le partage. Être missionnaire, ce n’est pas imposer, conquérir mais partager ce que nous sommes, ce que nous vivons.

C’est pourquoi nous sommes appelés à nous mettre en chemin pour partager le trésor qu’est la foi. La foi chrétienne est une rencontre. Elle est un événement. Elle est l’expérience de l’amour sauveur de Dieu qui en Jésus s’engage définitivement pour l’homme. Il vient partager notre vie jusque dans notre mort pour que nous partagions sa vie (Mgr Leborgne, évêque d’Arras). A notre tour de partager cette vie qui est la source de notre joie. Cette joie profonde et inébranlable ne vient pas de nous mais du Christ; elle n’est pas tapageuse, mais se vit quotidiennement dans la sérénité et culmine dans des gestes de partage, de charité fraternelle.

Le pape nous invite à développer comme sainte Thérèse de Lisieux « une Évangélisation par attraction, et non par pression ou prosélytisme ». Répandre la joie à temps et à contre-temps, est peut-être la voie la plus indiquée pour rendre à nouveau notre foi chrétienne attrayante dans nos sociétés. Les dernières pages de l’Histoire d’une âme sont un testament missionnaire. Ste Thérèse, dont les reliques ont été accueillies à Banneux et Pepinster ces jours-ci, exprime dans ces pages sa manière de concevoir l’évangélisation par attraction.

« Voici ma prière, écrit-elle. Je demande à Jésus de m’attirer dans les flammes de son amour, de m’unir si étroitement à Lui, qu’Il vive et agisse en moi. Je sens que plus le feu de l’amour embrasera mon cœur, plus je dirai à Jésus : Attirez-moi, plus aussi tous ceux qui s’approcheront de moi, plus ils courront vers leur Bien-Aimé, car une âme embrasée d’amour ne peut rester inactive ».

Voilà le fondement de l’être missionnaire et de notre mission : l’union d’amour à Jésus.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE : JOURNÉE DE PRIÉRE POUR LA SAUVEGARDE DE LA CRÉATION

Theux Dimanche de la Création 3 septembre 2023

Nous voilà en septembre. C’est la rentrée, comme on dit. Nous reprenons le cours normal de nos activités. C’est une reprise et aussi un commencement. L’Église nous propose de célébrer la création en ce début septembre. Depuis 2019, le 1er septembre est reconnu comme Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création et se prolonge tout le mois jusqu’à la saint François d’Assise, le 4 octobre.

Ce qui nous est demandé, c’est de reprendre conscience, approfondir et traduire en actes notre « vocation de gardiens de la Création de Dieu ». Il s’agit de sauvegarder notre maison commune. La création, notre terre, notre maison commune, est menacée par nos comportements. Aujourd’hui, comme l’écrit le pape François, « notre sœur la terre crie en raison des dégâts que nous lui causons… Notre terre opprimée et dévastée gémit. »

« Quel avantage, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » A la place d’un homme, entendez l’humanité.

Tous, nous aimons contempler un paysage, admirer montagnes, océans, forêts ou campagnes. C’est ce que nous avons fait pendant ces mois d’été. Plonger dans la nature qui n’est pas un simple cadre, une sorte de décor de notre vie ; elle est en nous ; nous sommes immergés en elle : air, eau et produits de la terre nous sont communs.

Mais qu’en avons-nous fait ?
« Notre sœur la terre crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle» écrit le pape François (Laudato si’, 2)

Écouter le cri de la création, c’est bien sûr prendre en compte les mutations climatiques : les fortes chaleurs, la canicule, les incendies gigantesques. Mais surtout l’épuisement des ressources naturelles. Les prix astronomiques de l’énergie nous le rappellent ; on grogne, la colère monte mais aussi la pauvreté. La dégradation de l’environnement a des conséquences sociales dramatiques
Est-on cela le progrès ?

La plupart des discours politiques et des économistes identifient progrès et croissance. A chaque problème,  la solution miracle est la croissance. Pour y contribuer, on nous incite à consommer, et toujours plus. « Profitez, profitez de tel prix ou de tel rabais. » C’est le verbe par excellence qui semble résumer l’idéal de vie qui nous est proposé : « profitez ».

La vraie question est ailleurs : « Pourquoi passons-nous en ce monde, pourquoi venons-nous à cette vie, pourquoi travaillons-nous, pourquoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? »
C’est à ce niveau que se situe la crise écologique. La cause principale est humaine, à savoir la démesure de l’être humain qui se place au centre du monde et qui use de tout à son seul profit. C’est la logique du “utilise et jette”, qui engendre tant de déchets. Déchets dont les montagnes envahissent notre espace vital et dont on ne sait que faire sinon les envoyer ailleurs.

Il faut remettre l’homme à sa juste place dans l’univers, celle voulue par Dieu : « cultiver et protéger le jardin du monde (Gn 2,15) ». L’homme n’est pas le « patron » de l’univers. Nous sommes immergés au sein d’une communion universelle : « créés par le même Père, nous et tous les êtres de l’univers, sommes unis par des liens invisibles, et formons une sorte de famille universelle », de fraternité cosmique dirait saint François d’Assise.

Alors « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. »

Abbé Marcel Villers

HOMELIE : La mission des apôtres 11e dimanche ordinaire A

LA MISSION  Mt 9,36-10,8
Theux 18 juin 2023

Une fois de plus, c’est le Christ qui nous rassemble. Il est le bon berger qui a souci de tous les siens. Il est venu proclamer la Bonne Nouvelle : Dieu est un Père aimant.

Il avait pitié de la foule et des gens sans espérance. Il a fait le bien et guérit les malades.

Il a ouvert le chemin d’un autre monde. Il annonçait par ses actes : « le Royaume des cieux est tout proche ». C’était il y a vingt siècles.

Où est ce nouveau monde ?

Il est vrai qu’aujourd’hui, on nous assure que les temps changent, que nous sommes à l’aube d’un autre monde. On parle de transition, qu’elle soit écologique ou énergétique ; de mettre un terme à la société du gaspillage et du déchet que nous connaissons où tant de nourriture sont jetées chaque soir alors que s’accroissent les files de mamans et de vieillards aux portes des CPAS et des Saint-Vincent-de- Paul ?

Un autre monde est attendu, mais est-il vraiment en vue ?

Jésus le nommait « Royaume des cieux ». L’Église est venue et n’a cessé de vouloir le réaliser. La mission des chrétiens n’est pas de remplir les églises, mais de changer le monde. Encore faut-il croire que c’est possible !

Voyant les foules abattues et fatiguées, Jésus réagit immédiatement. Il appelle douze de ses disciples et les envoie en priorité vers les brebis perdues.

Leur mission tient en 5 verbes, 5 verbes d’action : proclamez, guérissez, ressuscitez, purifiez, expulsez. Ce qui fait l’envoyé du Christ, l’apôtre, c’est une action qui signifie l’espérance, une action qui ouvre un chemin neuf, un chemin de renouveau et de libération.

« Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche ».

Voilà qui d’emblée ouvre un horizon. Le monde que vous connaissez et qui vous oppresse n’est pas éternel. Un autre monde est possible. Aujourd’hui, comme hier, l’humanité a besoin d’entendre que l’horizon n’est pas bouché. Il y a un avenir, il s’annonce déjà dans les actes et les gestes des témoins du Christ.

L’Église, les chrétiens que nous sommes doivent parler et annoncer ce Royaume des cieux qui vient. Notre première mission est là : rendre l’espérance à tous ces gens si souvent abattus et fatigués comme ces foules de l’Evangile.

Mais il ne suffit pas de proclamer l’espérance, il faut rendre visible cet autre monde. Il faut le donner à voir et à goûter.

Lorsqu’il précise la mission de ses apôtres, Jésus nous indique l’action à mener en ce monde : « guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. » Vaste programme de libération de l’homme, source d’espérance pour tous.

Guérir l’humain de toutes les maladies qui l’accablent, corporelles comme spirituelles.

Ressusciter les morts, relever, remettre debout les écrasés sous le malheur et vivants comme des ombres.
Purifier les lépreux, les défigurés et rongés par le péché et le mal commis.

Expulser les démons, libérer l’homme de toutes ces puissances malfaisantes qui l’emprisonnent et le dominent.

Voilà ce qui est attendu de nous. Il ne s’agit pas d’être plus nombreux et plus puissants, ces rêves sont morts désormais. Notre rêve est celui d’un monde neuf que depuis Jésus, nous travaillons à mettre en place. Mais si la moisson est abondante, les ouvriers sont peu nombreux.

Abbé Marcel Villers