Les Récollets de Verviers et les Capucins de Spa, puis de Verviers, se disputent l’influence de Theux, paroisse aux revenus importants. Ni Anseau, ni Fraipont n’aimaient les Récollets, beaucoup plus intrigants que les Capucins. Le terminaire de Theux est un Récollet, Renier Mangay. Il avait la clé de la place : les indispositions d’Anseau lui donnaient l’occasion d’en abuser. Fraipont détestait cette intrusion. Il écrit : « Ils crèvent leur panse au dépend de la paroisse à toute occasion. Quand le temps est bon, ils viennent passer 5, 6, 8 à 12 jours, sans retourner à leur couvent, sans remplir aucune fonction dans la paroisse ; ce sont alors chaque jour huit paires de Récollets qui viennent sa gaver chez le brave Anseau. Ils ne sortent de leur couvent que pour faire bonne chère et chercher la fricassée. Ainsi Anseau nourrit les loups qui le dévorent… »
Il est clair que Fraipont était pour les Récollets (ci-contre, vue de l’église des Récollets en 1789, in RENIER) un adversaire plus redoutable qu’Anseau.
« Fraipont était un savant, un bon théologien, un excellent prédicateur, un prêtre dévoué : il ne laisserait rien à faire aux moines ; c’est pourquoi il fallait l’écarter de la cure. » Par ailleurs, un certain Guillaume Jacquet intrigue, en 1688, auprès de Jean Anseau qu’il cherche à persuader de résigner la cure de Theux en sa faveur. Ce Jacquet, prêtre, a postulé, sans succès, pour diverses cures dont Jalhay. Il s’intéresse à la « grasse » cure de Theux dont le curé est très âgé et impotent. Ses tentatives aboutissent à un accord juridiquement valable présenté au prince de Barbanson, collateur du bénéfice, et envoyée à Rome pour confirmation.
Tombé malade au début de janvier 1689, « après sept jours de maladie, le curé Anseau fait appeler le sieur Fraipont auquel, comme ayant bien mérité de toute la paroisse pour tous les bons services qu’il y avait rendus depuis 14 à 15 ans, résigne sa cure de Theux dans les formes. » Cette résignation en faveur de Fraipont « ne réussit pas parce que le pasteur ne survécut pas le temps nécessaire pour en impétrer (signifier) la confirmation, il mourut le même jour après la résignation. » Il meurt le 23 janvier 1689. Jean de Fraipont pense donc pouvoir lui succéder. Mais, à la suite du décès du curé Anseau, le sieur Novalara (Ernest Jérôme, 1629-1696, avocat à Liège) prétendant avoir droit de patronage de la cure de Theux suite à une saisie de certains biens du prince de Barbanson, auxquels il considère « que la collation ou le droit du patronage est annexé, la confère au Révérend Sieur Jérôme de La Haye prêtre et son neveu qui ensuite en a pris les institutions que Monsieur l’archidiacre lui a dépêchées à l’exclusion de Jacquet. »
Jean Fraipont, écarté de la cure en 1689, ne quitte pas Theux, sa paroisse et son milieu d’origine. Il a quarante-trois ans dont il a déjà consacré une bonne dizaine d’années à la paroisse de Theux. Il semble avoir assuré le service de la chapelle de Franchimont et « celle du bénéfice de Saint-Georges à Oneux pendant les dernières années de sa vie. » Il meurt à Theux le 22 juillet 1725, à l’âge de 79 ans, soit onze ans après son concurrent de 1689. Il a connu et probablement collaboré avec les deux successeurs du curé Anseau : Jérôme de La Haye et Charles de Sluse.
Jérôme de la Haye (1689-1714)
Jérôme de La Haye, est né le 10 janvier 1659 à Mortier, mais les de la Haye habitaient au XVIIe s. le marquisat de Franchimont, à la ferme-château de Jevoumont.
« Cette ferme vers 1600 était la propriété des de la Haye, d’où son nom. Elle possède une grande cour intérieure avec d’épaisses murailles percées de meurtrières, datant du XVIe s. Ce manoir-ferme abritait sans doute quelque lieutenant ou autre officier du château de Franchimont. »
Une dalle funéraire posée dans l’église par son successeur, Charles-Denis de Sluse, en 1722, comporte « au haut de la tablette les armoiries des de la Haye avec émaux coloriés, c’est-à-dire à dextre d’argent au cerf rampant, à senestre les armes des de Froidmont à neuf besants d’or, alliés aux de Sluse ».
Autrement dit, il y a un lien de parenté entre les familles de la Haye et les de Sluse, originaires toutes deux de la même région, l’ouest de l’actuel Pays de Herve. On retrouve le blason de Jérôme de la Haye sur un des lambris de la chapelle Wolff.
Voici la traduction de l’inscription de la dalle : « Pieuse mémoire révérend seigneur jérôme de la Haye a très bien mérité à la paroisse de Theux qui vivant prit soin de cette église avec zèle studieux, la répara et l’ornementa. Qu’il repose pieusement dans le seigneur 22 février 1714. Requiescat en pace. Amicus Amico Amice. Ponebat successor 1722 Sluse ».
Cette inscription avance comme significatif du pastorat de Jérôme de la Haye : « prit soin de cette église avec zèle studieux, la répara et l’ornementa. » Il effectua, en effet, des travaux importants. En 1693, un nouveau pavement de l’église est placé ; en 1694, il installe un grand autel construit en pierre ; en 1698, il paie « réparation des quatre vitres des deux chapelles latérales, placement des deux grands pupitres du chœur et du banc de communion ».
La restauration du chœur est nécessaire à la suite du tremblement de terre du 18 septembre 1692 qui hâta la chute des voûtes des chapelles latérales, celle des tenants et celle des échevins. Comme ce fut le cas pour la voûte du chœur effondrée en 1681 et remplacée par un plafond en bois, les voûtes des chapelles latérales sont remplacées, au cours des années 1693-1696, par « des planchers ornés de peintures rondes, en 1698 grâce à la générosité des notables theutois pour la plupart ». La résurrection du Christ et le jugement dernier ornent ainsi le plafond des deux chapelles latérales du chœur.
Sur la dédicace du Jugement dernier, on lit le nom de Guillaume de Sluse, un des frères aînés de Charles-Denis futur curé. Guillaume est né à Theux le 1er octobre 1663 ; il est avocat, secrétaire du conseil impérial et bourgmestre de Liège en 1711. Après le décès de son épouse, il sera chanoine à Tournai. Il finance ce tableau « en mémoire de feu le seigneur Jean de Sluse son père et de demoiselle Marie Anne de Leyten sa mère ».
Jérôme de la Haye meurt le 22 février 1714, il avait cinquante-quatre ans.
Abbé Marcel Villers
Merci à Paul Bertholet pour les documents fournis et la relecture. Voir aussi Jules FELLER, Pasquilles wallonnes de Theux concernant l’affaire des pasteurs Jean Anseau et Jean de Fraipont (1675-1688), 1930. Joseph MEUNIER, Épigraphie de Bolland et de Theux, 1933.



