55. Curés de Theux au XVIIIe s. : Sluse et Jeunechamps

Charles-Denis de Sluse (1714-1742)

Charles-Denis est né à Theux le 26 novembre 1665. Il est un des fils de « Jean de Sluse (mort en 1678) qui fut officier au service de la France puis de l’Angleterre. Il devint ensuite mayeur et échevin du ban de Theux et receveur du marquisat de Franchimont. » Charles-Denis est issu d’une famille influente et riche. « Cette famille venue de Sluizen [entre Glons et Tongres] fit fortune en exploitant à Souvré [un quartier de Visé] les schistes alunifères.

D’abord artisans teinturiers, puis boutiquiers, brasseurs, ensuite marchands de sel ou de grains, dans la seconde moitié du XVIe s. ils occupent de plus en plus de fonctions judiciaires, administratives ou politiques. Au siècle suivant, ils accèdent aux charges ecclésiastiques. La famille était richissime et put donner à ses enfants mâles une très bonne éducation : à Visé, puis à Maastricht et enfin à Louvain. »

Charles-Denis, devenu prêtre, est curé de Villers-sur-Lesse, puis, à près de 50 ans, curé de Theux pendant 28 ans de 1714 à janvier 1742.

Nous sommes au début du XVIIIe s., à une époque de renouveau après le siècle de malheur. Les traités de paix conclus permettent « que la croissance s’installe de nouveau. Ce relatif bien-être va amener à envisager l’avenir sous de meilleurs auspices. Une manifestation de l’amélioration du niveau de vie, c’est la création de nouvelles chapelles, évolution qui s’était arrêtée depuis le XVIe s. »

Comme cela avait été le cas pour Polleur et La Reid, ce sont les habitants eux-mêmes qui paient la construction de la chapelle et rétribuent le prêtre desservant qu’ils engagent librement, un prêtre rémunéré par les habitants qui catéchise les enfants et leur apprend à lire et écrire.

« Ce ne sont pas des paroisses, mais à tout le moins les habitants peuvent y suivre la messe les dimanches et fêtes d’obligation et progressivement bénéficier de l’administration des sacrements par le prêtre résident [baptême, confession, extrême-onction]. Dans le ressort de la paroisse primitive de Theux, six chapelles seront créées de 1705 à 1722 : Pepinster (1705), Becco (1716), Winamplanche (1716), Creppe (1716), Solwaster (1719) et Jehanster (1722). Une deuxième vague verra la création de deux autres chapelles à la fin du XVIIIe s. : Desnié (1784) et Surister (1789). »

Voilà le contexte dans lequel va s’exercer le pastorat du curé de Sluse. Intellectuel, lié à une famille qu’illustrent un cardinal, Gauthier (1628-1687), et un mathématicien de renom, René-François (1622-1685), Charles-Denis est sensible aux deux courants du siècle : les Lumières et le Jansénisme.

Dans la foulée du concile de Trente et de la réforme de l’Église, les confréries de dévotion se multiplient visant à faire évoluer le comportement des fidèles et favoriser la piété mais aussi une religion plus intériorisée et plus communautaire. En sus de la manifestation publique de la foi en la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, la confrérie du Saint-Sacrement est un cadre de solidarité où les actions de dévotion sont faites au profit du salut des âmes des confrères, vivants ou morts. La solidarité se porte également vers les confrères malades qui sont régulièrement visités et assistés. On entre aussi dans la confrérie pour jouir des indulgences qui lui sont adressées par l’Église de Rome. La mise en valeur du Saint-Sacrement va donner naissance à l’ostensoir qui comporte une partie vitrée dans laquelle est placée une hostie pour l’adoration des fidèles.

À la demande du curé, Charles-Denis de Sluse, le prince-évêque Georges-Louis de Berghes (1724-1743) érige à Theux le 14 novembre 1731 la confrérie du Saint-Sacrement : « L’Église voyant la dévotion et la charité des Fidèles se refroidir a permis l’usage des Confréries spirituelles, puisque par leur secours, comme par autant de petits feux réunis, elle leur donne par là plus de facilité à se rallumer. A ce dessein, il nous a été représenté, de la part de notre Cher en J.C. le Pasteur du lieu de Theux en Notre Diocèse de Liège que pour la plus grande gloire de Dieu Tout Puissant et pour exciter la Dévotion de nos sujets, il avait résout d’ériger et d’instituer dans l’Église du dit Lieu une pieuse et dévote Confrérie de Fidèles de l’un et l’autre sexe sous l’Invocation au Titre du Très Saint Sacrement. » Cette confrérie est canoniquement érigée à perpétuité dans l’église paroissiale et enrichie d’indulgences par le pape Clément XII.

Témoin de cette confrérie, un livre :

Charles-Denis de Sluse meurt le 14 janvier 1742 à l’âge de septante-sept ans. Il laisse dans l’église une trace de son passage. Au pied de la chapelle Wolff, on trouvait une « dalle funéraire posée par Charles de Sluse en mémoire de son frère Jean-Antoine, également prêtre. Décédé le 30 mars 1720, il fut inhumé auprès de sa tante maternelle, Marguerite Leyten, sœur au grand béguinage de Bruxelles, décédée en 1669 ».

Au presbytère, « deux grillages identiques furent placés par Charles-Denis de Sluse pour orner les judas des portes charretières donnant accès à la cour du presbytère. Les dessins présentent l’originalité de révéler le nom de leur donateur. Ils forment les lettres du nom SLUSE entrelacés, de même que la croix du blason de cette branche. » Un tableau (XVIIe-XVIIIe s.) du Christ en croix est conservé au presbytère ; au pied de la croix figurent les armes des de Sluse : une croix rouge sur fond blanc.

Après le curé de Sluse, deux curés exercent leur ministère avant le tumulte de la Révolution et l’occupation française. Charles Moreau (1742-1752) sur lequel nous avons peu d’informations et Jean-Pierre Jeunechamps.

Jean-Pierre Jeunechamps (1752-1781)

Jean-Pierre Jeunechamp est natif de Theux. « Pourvu en 1752 de la cure de Theux, étant simple sous-diacre, J.-P. Jeunechamps, homme sans expérience et très remuant, se mit en opposition avec la cour des tenants. Il leur ferma sa maison, refusant de les recevoir pour les assemblées, cherchant mille prétextes pour se dispenser d’y assister et pour entraver la marche des affaires dès 1757. » Cela provoqua un procès qui s’éternisa, suite à des appels successifs de la sentence, et s’acheva devant le Conseil ordinaire en 1775, mais sans modifier le comportement du curé.

En 1770, le presbytère est entièrement modifié « comme ce fut le cas de nombreuses maisons de pierre à Theux : on recherchait plus de confort, surtout plus de lumière et on sacrifiait la sécurité à la clarté. On obtint la façade actuelle en moellons ouverte de neuf fenêtres. Le bâtiment précédent relevait probablement du style mosan, avec la façade percée de petites fenêtres. La façade arrière actuelle est aussi en moellons et percée de dix baies, la porte à deux battants donne accès au jardin, elle est précédée d’un imposant perron à sept marches entouré de deux pierres latérales courbes qui vont en s’élargissant. »

Le curé Jeunechamps décède à Aywaille le 2 août 1781 dans des circonstances que nous ignorons. Il est enterré à Theux.

En novembre 1781, son successeur, Michel Thill (1781-1810), installé en septembre, « demande que la communauté répare le presbytère dans les parties devenues caduques faute d’entretien de la faute de feu le curé Jeunechamps. Le Magistrat refuse car c’est au curé d’entretenir la maison pastorale. Le curé Anseau prétendit de pareilles réparations en 1675 [procès entre la communauté et le curé qui veut avoir une neuve maison]. Le curé La Haye bâtit à ses frais une grange et le curé Moreau répara une chambre, fit des croisées neuves et une porte avec portail sur le jardin. Le curé Jeunechamps a ajouté pour son intérêt particulier un bâtiment rural à celui fait par le curé La Haye. Le Rd Jeunechamps, chanoine de S. Barthélemi, héritier de son frère le curé, a commencé les réparations négligées par son frère qui a loué le presbytère à des laïques. Le curé Jeunechamps a ajouté une chambre et une cuisine bien que le presbytère contint une grande cuisine et trois chambres au rez-de-chaussée. »

Abbé Marcel Villers

  • Merci à Paul Bertholet pour les documents fournis et la relecture.
  • Voir aussi Ph. DE LIMBOURG, Monographie de l’Église St-Alexandre et St-Hermès à Theux, 1874.
  • Les Sluse et leur temps. Une famille, une ville, un savant au XVIIe siècle, Crédit communal, 1985.
  • Paul BERTHOLET, De la chapelle à la paroisse de La Reid en passant par la vice-cure, in Terre de Franchimont, n° 44, décembre 2015.
  • Alex GONAY, La petite histoire des anciennes demeures theutoises, 1994.