ART ET FOI. ÉGLISE DE THEUX. 5. SAINT HERMÈS

HERMÈS (IIe s.)

Martyrisé à Rome vers 116.
Saint patron de l’église et de la paroisse de Theux.
Fêté le 28 août.

Attributs
Tenue du militaire romain avec lanières de cuir protectrices et manteau noué sur l’épaule droite. Le livre des évangiles ouvert qu’illustre son martyre dont l’épée fut l’instrument.

Nous lisons dans le Martyrologe romain, à la date du 28 août : « A Rome, l’anniversaire de saint Hermès, personnage illustre. D’après les Actes du bienheureux pape Alexandre, il fut d’abord enfermé dans une prison, puis, avec plusieurs autres, fut frappé du glaive sous le juge Aurélien et consomma ainsi son martyre. »

Le nom grec « Hermès » est, à Rome, porté le plus souvent par un esclave ou un affranchi cultivé. Il pourrait ici s’agir d’un riche affranchi ayant géré quelque emploi dans l’administration romaine et devenu chrétien. Selon ce que rapporte le Pape saint Damase (366-384), la Grèce envoya Hermès à la ville de Rome où il subit le martyr vers 116.

Au VIIIe s., apparaissent les « Actes de saint Alexandre et ses compagnons Hermès, Quirinius, Eventius et Théodule » qui réunissent Alexandre et Hermès. Selon cette légende, Alexandre est pape et Hermès préfet de Rome. Hermès se convertit après avoir vu son fils ressuscité par Alexandre. Il fut baptisé avec toute sa famille. A cette nouvelle, on arrêta Hermès et le pape. Le tribun Quirinius, chargé de les garder, intrigué par la foi d’Hermès en la puissance de Dieu, soumit Alexandre à une épreuve: « Je te charge de doubles chaînes. Si tu réussis, grâce à ton Dieu, à te trouver, demain matin, dans la cellule d’Hermès, je croirai en ton Dieu. » A l’entrée de la nuit, un enfant, tenant une torche allumée, apparut et conduisit Alexandre dans la cellule d’Hermès où Quirinius les trouva en prière. A cette vue, Quirinus se convertit.
Il fut exécuté et Hermès subit le même sort. Quant à Alexandre, il fut torturé et finalement décapité. (Maxime VIALLET, Saint Alexandre 1er et ses compagnons, in Un saint pour chaque jour du mois. Mai., 1932)

Les Carolingiens vont se faire les promoteurs du culte de saint Hermès dont les restes sont découverts à Rome en 829. En 851, l’empereur Lothaire Ier (818-855) transfère des reliques d’Hermès à l’abbaye de Kornélimünster. Les Carolingiens ont une résidence à Theux qui reçoit une relique du saint venant de Kornélimünster directement, sur ordre de l’empereur, ou via Stavelot. Ce don est fait à l’occasion de la dédicace de l’église carolingienne qui, au cours du IXe s., remplace la chapelle mérovingienne. L’église et la paroisse sont placées sous le patronage de saint Hermès dont la fête se célèbre le 28 août, qui correspond probablement à la date de consécration de l’église.

Abbé Marcel Villers

Illustration : panneau du plafond de la nef de l’église de Theux daté de 1630

HOMELIE : CARÊME THEUX 2025. PREMIER DIMANCHE

1° dimanche de carême. Lc 4,1-13. Theux 2025

Au début de cette Année sainte, centrée sur le thème de l’espérance, nous sommes invités par notre évêque, Mgr Delville, à vivre le carême comme un temps de conversion à l’espérance.
Sa lettre de carême définit l’espérance comme une rencontre entre nos attentes et la grâce de Dieu. En effet, nos attentes restent limitées : la santé, le bonheur, le succès, le profit, la victoire… Mais, l’espérance donnée par Dieu ouvre de vastes horizons à nos vies et nos travaux.

« Semons la solidarité, cultivons l’espérance », nous dit la campagne de Carême, promue par Entraide et Fraternité, cette année en faveur des populations du Pérou.

Ordonne à cette pierre de devenir du pain.
Au pain que le démon voudrait voir sortir tout de suite des mains de Jésus, celui-ci promet une autre sorte de nourriture.
La gloire de tous ces royaumes, je la donne à qui je veux.
Au pouvoir immédiat sur toutes les nations de la terre, que lui offre le démon, Jésus oppose le pouvoir qui vient de Dieu seul.
Jette-toi en bas et les anges te porteront.
A la promesse d’une action immédiate de la Providence, Jésus oppose le respect du temps et de l’action de Dieu.

« Face au démon qui prône la satisfaction immédiate, Jésus résiste en opposant l’espérance en un futur nouveau, écrit notre évêque. Nous aussi devons résister à la tentation du tout tout de suite, qui est le contraire de l’espérance. »

Les trois tentations de Jésus nous donnent une clé de lecture de notre situation individuelle, mais aussi sociale.
Le pain évoque la dimension économique ; la puissance évoque la dimension politique ; le temple, la dimension religieuse de nos sociétés. Trois dimensions en crise aujourd’hui.
L’économie centrée sur le productivisme, la consommation conduit à l’impasse que souligne l’écologie. Le diable est dans l’idéologie de la croissance à tout prix.
Le politique est contesté, incapable de résoudre la crise du vivre ensemble. Populismes et replis sur soi font le lit du diable
La religion connaît une désaffection des institutions, une privatisation rampante, et en même temps un ensauvagement du religieux laissé à lui-même, dont les attentats sont un reflet.

Que ce soit dans la société ou dans l’Église, nous devons « travailler au bien commun et non à l’intérêt individuel, souligne notre évêque ; résister au pouvoir absolu de l’un ou de quelques-uns ainsi qu’au rejet des autres, comme les pauvres, les réfugiés ; résister à la tentation du dieu magique », et prendre en mains notre temps, notre avenir.

Le contexte actuel peut pousser au découragement et au pessimisme. Nous ne devons pas céder, mais résister à cette tentation et à celle du « tout, tout de suite », au coup de baguette magique.
« La situation du monde actuel est une situation d’enfantement et un enfantement s’accompagne toujours d’espérance, et donc de responsabilité » (Athénagoras, 1969).

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 125. A LA RECHERCHE DE JÉSUS

SOURCES

En ce début d’année sainte, nous sommes invités à approfondir notre foi, fondement de notre espérance en la Vie promise par le Christ. Belle entrée en carême !

                    A la recherche de Jésus

«  S’imaginer que l’on connaît Jésus
Parce qu’on en a beaucoup entendu parler
Est un obstacle difficile à surmonter.
En toute bonne conscience beaucoup de chrétiens
S’abstiennent de chercher qui est Jésus.

Dans leur jeunesse, ils ont accepté sans examen
Des affirmations à son sujet
Qui leur ont paru d’emblée satisfaisantes
Parce qu’ils ne s’étaient pas encore posé les questions
Dont elles veulent être les réponses.

Ces affirmations doctrinales procurent à bon compte la sécurité.
Les manières de concevoir Jésus ne concernent plus
que les comportements extérieurs et mondains
car elles ne sont l’écho d’aucun appel de leur être profond
ni la réponse à aucun besoin vital,
à aucune attente fondamentale.

Ces chrétiens ignorent qui est Jésus
et sont condamnés par leur religion même
à ne jamais le découvrir.
Car aucune doctrine ou savoir ne peut apprendre
A connaître Jésus comme Maître de vie, comme personne vivante. »

Marcel LÉGAUT, Introduction à l’intelligence du passé et de l’avenir du christianisme, 1973.

Marcel LÉGAUT (1900-1990), agrégé et docteur en mathématiques, professeur d’université, change radicalement de vie en 1939 pour s’établir dans la Drôme comme agriculteur et berger. A partir de 1960, il écrit de nombreux ouvrages de spiritualité et il développe une pensée originale, voire utopique, à propos de l’avenir de l’Église et du christianisme.

CLÉS POUR LIRE LUC : 16. TENTATIONS

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 4,1-13 du 1er dimanche du carême.

Tentations
Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté par le diable.
(Lc 4,1-2)

Jésus et le diable s’affrontent à propos de Dieu, plus précisément au sujet de la relation entre Jésus et Dieu. « Si tu es Fils de Dieu » (4,3.9) : soumission ou indépendance, obéissance ou liberté ? Ce combat est raconté en trois rounds qui fournissent trois directions de vie données par Jésus en réponse aux faux chemins prônés par le tentateur.
« L’homme ne vit pas seulement de pain. » (4,4). Masqué le plus souvent par notre appétit des choses matérielles, il y a en nous le désir d’une nourriture substantielle, d’un pain pour l’âme.
« C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras. » (4,8) Nous avons tous nos idoles, ces faux dieux que nous adorons et pour lesquels nous sommes prêts à tout : le pouvoir, la richesse, le plaisir, etc.
« Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (4,12) Dieu n’est pas un instrument entre nos mains. Nous nous en servons si facilement pour attendre de lui ce qu’il nous appartient de faire.

Le désert
« Le terme rappelle immédiatement l’Exode hors d’Égypte, les quarante ans passés dans le désert… Terre d’épreuve pour la foi : c’est dans le désert qu’il faut choisir si l’on fera confiance à Dieu ou si on veut retourner en Égypte… Parce que le désert est l’endroit où la foi s’éprouve, c’est aussi le lieu de la tentation, le lieu où la contestation entre Dieu et le diable concernant l’avenir de l’homme peut s’exercer… Si Dieu y mène son peuple, son Fils, ce n’est pas pour leur faire fuir le monde, mais au contraire pour qu’ils en atteignent le cœur et manifestent là, à l’endroit où c’est le plus dur, sa victoire et ses droits. Si Jésus se retire dans le désert, ce n’est pas seulement pour se mettre à l’abri, mais plutôt pour se rendre là où il doit donner toute gloire à Dieu. » (J.J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969)

Abbé Marcel Villers