CLÉS POUR LIRE MARC : 48. L’AVEUGLE QUI VOIT CLAIR

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 46-52 du 30e dimanche du temps ordinaire.

L’aveugle clairvoyant
Fils de David, Jésus, prends pitié de moi !  (Mc 10,47)

Du fond de l’abîme, Bartimée, le mendiant, assis au bord du chemin, et donc de la vie sociale, appelle. Il crie. La foi est d’abord un cri, un cri de confiance, un appel au secours. En Jésus, lui, l’aveugle reconnaît et proclame : « Fils de David, aie pitié de moi » (10,47).
« Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le » (10,49). L’appel de Bartimée lui est retourné. Il y a renversement qui fait l’originalité du christianisme pour qui Dieu est toujours premier et l’homme toujours réponse.
Celle de Bartimée est immédiate. « L’aveugle jette son manteau, bondit et court vers Jésus » (10,50). Voilà une belle manière de dire la foi. La foi, c’est un bond.
Bartimée quitte son état de mendiant, et, d’un bond, laisse tout pour rejoindre Jésus. Plus besoin de mendier. Désormais, il s’en remet à Jésus qui lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé » (10,52). « Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin » (10,52).

Fils de David
L’idée que le Messie serait un descendant de David n’est apparue que tardivement dans la pensée juive. Dans le Nouveau Testament, appliquée à Jésus, elle le présente comme le roi par excellence. Ce roi est l’élu de Dieu avec qui il fait alliance. Il est juge et libérateur de son peuple. C’est par un roi qu’aux derniers jours, Dieu rétablira son autorité, sa justice et sa paix sur toute la terre. Cette espérance a sans doute nourri l’idée chrétienne de Jésus-Roi, même si les premières générations chrétiennes ne semblent pas avoir accordé grande importance à la figure messianique du Fils de David. (J-J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969, p.138)
« Hégésippe (2e s.) raconte que sous l’empereur Domitien (81-96), des petits-neveux de Jésus, paysans de Galilée, ont comparu devant l’empereur parce qu’ils étaient Davidides. Donc, que la famille de Joseph descende du roi David serait véridique. Néanmoins, Jésus n’en a jamais déduit une quelconque prétention messianique. » (Daniel MARGUERAT, L’homme qui venait de Nazareth, 1990, p.111)

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE : DIMANCHE DES MISSIONS THEUX 2024

29ème dimanche ordinaire. Mc 10,35-45
Dimanche des missions. Theux 2024

En ce dimanche des missions, nous prions pour les missionnaires. Ces hommes, ces femmes ont tout laissé, tout abandonné pour se faire serviteurs et frères, sœurs, de tous les peuples de la terre. Qu’est-ce qui a fait courir ces hommes, ces femmes, ces missionnaires qui, au lieu de chercher la gloire et la puissance, ne trouvent souvent que la pauvreté, la souffrance et la mort ?
Il n’y a qu’une explication : l’amour, un amour fou, bien sûr. Amour pour Jésus.  Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?  Oui, car aimer, c’est vouloir imiter en tout celui qu’on aime.
Et ce Jésus est venu pour servir et donner sa vie pour la multitude.

Le missionnaire n’est pas venu pour commander en maître ou faire sentir son pouvoir, mais pour être serviteur et donner sa vie. Pour eux. Comme Jésus.
Servir, telle est l’ambition du missionnaire. Évangéliser, ce n’est pas d’abord communiquer un message, partager des convictions avec des mots, des discours. C’est se faire proche, entrer dans une logique de fraternité universelle, surtout avec les plus pauvres, les plus méprisés qui deviennent des amis, des frères et sœurs.
C’est vrai chez nous aussi. Plus que prêcher, être missionnaire c’est témoigner de l’Évangile par nos actes, notre façon d’être. Dans nos pays comme partout, les gens se méfient des propagandistes, des démarcheurs car ils y discernent vite une volonté de prosélytisme, d’appropriation, bref une forme de domination.
Le plus grand, c’est le serviteur ; le premier, c’est l’esclave de tous.

Saint Charles de Foucauld est un bon exemple. Il a été marqué par une phrase de son confesseur : « Le Christ a tellement pris la dernière place que jamais personne ne pourra la lui ravir ».
D’où son enfoncement dans l’effacement et dans le mépris de toute considération sociale. Il se tourne vers les peuples les plus éloignés, les Touaregs du Sahara. Il est seul sur ce terrain. Il n’est pas un missionnaire baptiseur mais il se veut le « frère universel ». Il prêche non par la parole mais par le sérieux d’un amour visible pour les tout-petits.
Il rêve d’annoncer ainsi l’Evangile. Or, c’est un échec certain. Il n’a converti personne. Il n’a aucun disciple. Il était venu pour servir les pauvres qui admiraient sa générosité. Mais voilà qu’en 1908, il est malade et proche de la mort. Il n’a plus rien à offrir.
Alors, c’est le grand renversement, celui que connaît un jour tout missionnaire. Lui qui était venu pour donner va enfin apprendre à recevoir Ce sont quelques femmes, pauvres parmi les pauvres, qui en prenant le peu de lait qui reste de quelques chèvres, vont lui sauver la vie. Il voulait être frère des petits, le voilà devenu petit frère. Il voulait aider les pauvres, le voilà devenu pauvre. Il a touché du doigt sa pauvreté, sa petitesse. Il a entendu cette phrase du Seigneur à St Paul : « Ma grâce te suffit… ma force se déploie dans ta faiblesse » (2 Co 12,9).

Aujourd’hui, en Belgique, ne sommes-nous pas aussi arrivés à ce point-là ? Malade, amaigrie, notre Église peut-elle prétendre encore à faire la leçon ? Apprendre à recevoir, nous convertir, devenir des petits frères et non des maîtres ou professeurs. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? 

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 106. CHAIR ET ESPRIT

                                      La chair et l’Esprit

« Tous ceux qui craignent Dieu, qui croient à l’avènement de son Fils,
qui, par la foi, établissent en leurs cœurs l’Esprit de Dieu,
ceux-là méritent d’être appelés des hommes, purs, spirituels, vivant pour Dieu,
car ils ont l’Esprit du Père,
qui purifie l’homme et le soulève à la vie de Dieu.

Car si, au témoignage du Seigneur, la chair est faible,
de même aussi l’Esprit est prompt.
Et il peut rendre parfait tout ce qu’il possède.

Si donc un homme applique, comme un aiguillon,
la promptitude de l’Esprit à la faiblesse de la chair,
il est inévitable que ce qui est fort l’emporte sur ce qui est faible,
que la faiblesse de la chair soit absorbée par la force de l’Esprit,
Cet homme-là ne sera plus charnel
mais spirituel, grâce à la communion de l’Esprit.

C’est ainsi que les martyrs rendent leur témoignage
Et bravent la mort,
Non selon la faiblesse de la chair
Mais selon la promptitude de l’Esprit. »

Irénée de Lyon, Contre les hérésies

IRÉNÉE DE LYON (130-208), originaire d’Asie Mineure, devenu prêtre, se rend en Gaule où les colonies marchandes orientales se multiplient dans la vallée du Rhône, véhiculant avec elles le christianisme. Ainsi se sont développées, au début du IIe siècle, les communautés de Lyon et de Vienne. La persécution de 177 décapite ces jeunes Églises. Irénée est élu évêque de Lyon et Vienne. Il évangélise bourgs et campagnes des pays de Saône. Contre la gnose, un mouvement spirituel élitiste et spéculatif, il développe une vigoureuse théologie qui met l’accent sur l’incarnation.

CLÉS POUR LIRE MARC : 47. SERVIR OU ÊTRE SERVI

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 35-45 du 29e dimanche du temps ordinaire.

Être servi ou servir
Les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi.
(Mc 10,43)

Un des problèmes essentiels que pose la vie en société, ici en Église, est celui du pouvoir. On peut l’envisager de deux points de vue : son organisation et sa norme ou son éthique. Jésus met en évidence deux modes de fonctionnement ou plutôt deux systèmes de valeurs ou éthiques du pouvoir.
« Ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. » (10,42) Le pouvoir se fait domination, asservissement. Le modèle, c’est le maître qui commande. « Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous. » (10,44) Le pouvoir est service et don de soi. Le modèle, c’est Jésus, « pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (10,45)
On passe ainsi du maître à l’esclave. Subversion radicale des codes politiques.

Jacques et Jean, les fils de Zébédée
Jacques et Jean, originaires de Bethsaïde, sont deux frères, fils de Zébédée. Ils sont pêcheurs au bord du lac de Tibériade (Mc 1,19-20). Ils sont surnommés « fils du tonnerre » par Jésus (Mc 3,17). Leur mère s’appelait Marie et suivra Jésus jusqu’au Calvaire. Avec Pierre, Jacques et Jean sont les trois intimes de Jésus et partagent les moments clés de l’itinéraire du Christ : la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5,37), la transfiguration (Mc 9,2), l’agonie au jardin des Oliviers (Mc 14, 33), l’apparition de Jésus ressuscité aux bords du lac (Jn 21,2). Seul des Douze, Jean était au pied de la croix avec Marie, la mère de Jésus. Selon les Actes (12,2), Hérode Agrippa 1er fit décapiter Jacques, « frère de Jean ». Il est ainsi la premier des Apôtres à mourir pour sa foi. Selon la tradition (IIe-IIIe s.), Jean se serait établi à Éphèse avec la Vierge Marie où il aurait rédigé son évangile. Il est ensuite exilé à Patmos après avoir à Rome échappé à la mort au cours de la persécution de Domitien (vers 95). Suite à une révélation, Jean aurait composé le livre de l’Apocalypse sur l’île de Patmos où il serait mort très âgé.

Abbé Marcel Villers