Sources : 1. Le temps et l’être

Question de sources

Voici une nouvelle rubrique hebdomadaire où il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Nous nous inscrivons dans une histoire riche et variée. Notre identité relève des Évangiles mais aussi d’un patrimoine spirituel immense exprimé sous diverses formes, monumentales, littéraires, artistiques. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Nous irons en particulier à la découverte des Pères de l’Église. Chaque semaine, nous vous proposerons un texte à lire, méditer, prier.
Abbé Marcel Villers


Le temps passe     

L’homme est éphémère. Son existence, un instant dérisoire de l’histoire. Et il le sait. Il sait qu’il mourra. Son angoisse exprime aussi son désir, désir d’être, désir d’éternité.

« Frères, nos années durent-elles ? Elles se défont jour après jour. Celles qui étaient ne sont plus, celles qui viendront ne sont pas encore. Les unes sont passées, les autres n’adviendront que pour passer à leur tour. L’aujourd’hui n’existe que pour l’instant où nous parlons. Les premières heures sont passées, les autres n’existent pas encore, elles viendront, mais pour basculer dans le néant… Nul ne possède en lui-même la stabilité.
Le corps ne possède pas l’être, il ne demeure pas en lui-même. Il change avec l’âge, il change avec le temps et les lieux, il change avec les maladies et les accidents.
Les astres n’ont pas davantage de stabilité ; ils ont leurs changements secrets, ils évoluent dans l’espace, ils ne sont point stables, ils ne sont pas l’être.
Le cœur de l’homme non plus n’est pas stable. Que de pensées, que d’élans l’agitent, que de voluptés le tiraillent et le déchirent. L’esprit même de l’homme, tout doué de raison qu’il soit, change, il n’a pas d’être. Il veut et ne veut pas, il sait et il ignore, il se souvient et il oublie. Personne ne possède en soi l’unité de l’être. » (Augustin d’Hippone, Commentaire du Psaume 121,6 )


Augustin d’Hippone (Carthage)
Né en Numidie en 354. Après une jeunesse tumultueuse, il séjourne à Rome, puis à Milan où il occupe une chaire de littérature. Sous l’influence d’Ambroise, l’évêque de Milan, il se convertit au christianisme, retourne en Afrique, y est ordonné prêtre et choisi par le peuple comme évêque d’Hippone (actuelle Annaba en Algérie). Il meurt en 430.
Son oeuvre immense révèle un théologien et un prédicateur toujours admiré.

ART ET FOI. Saint Augustin. 28 août

SAINT AUGUSTIN (354-430)
Évêque d’Hippone, proclamé docteur de l’Église par le pape Boniface VIII (1294-1303), en même temps que Jérôme, Ambroise de Milan et Grégoire le Grand.

Fêté le 28 août. Saint patron de l’église de Juslenville. Patron des imprimeurs et des théologiens.

Attributs
Mitre, crosse, gants, anneau, chape de l’évêque. A partir de fin XVe s., il est représenté tenant un cœur enflammé ou percé de deux ou trois flèches, qui rappellent qu’il est le « docteur de la grâce et de l’amour »

Augustin est né en 354 à Thagaste (Souk-Ahras, Algérie). Après une jeunesse mouvementée, un enseignement de la philosophie à Carthage, puis à Rome et Milan, il découvre le Dieu chrétien et reçoit, à 32 ans, le baptême à Milan des mains de saint Ambroise. Il a raconté son itinéraire et sa quête spirituelle dans les Confessions.
Après la mort de sa mère, sainte Monique, en 388, il rentre en Afrique du Nord, donne ses biens aux pauvres et consacre sa vie à Dieu entouré de quelques amis avec qui il vit en communauté de type monastique. Bientôt, il est ordonné prêtre, en 391, à Hippone (Bône ou Annaba, Algérie). Il se met au service direct de l’évêque à qui il succèdera en 395.
Il prêche chaque jour, enseigne et produit une quantité d’écrits qui demeurent une des sources de la théologie et font d’Augustin un des piliers de la pensée chrétienne en Occident. On peut citer les Confessions et la Cité de Dieu. Brillant exégète, surtout de saint Jean, il sera un adversaire résolu de Pélage et de Donat contre qui il défendra le primat de la grâce. Il produira aussi une des théologies les plus subtiles de la Trinité.
Il vécut une vie communautaire avec ses prêtres pour qui il rédigea une règle qui met au centre la charité et une forme de démocratie. La règle de saint Augustin servit de base, au Moyen-Âge à l’ordre des chanoines de saint Augustin, puis à de nombreux ordres nés à cette époque comme les Prémontrés, Croisiers, Dominicains, etc. Il meurt le 28 août 430 alors que les Vandales assiègent la cité.

Abbé Marcel Villers
Illustration : panneau peint, plafond de la nef de l’église de Theux (1630)