Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 41. La croix

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 16, 21-27 du 22e dimanche ordinaire.

41. La croix, épreuve de la foi
Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.
(Mt 16, 23)

Il y a un lien étroit entre la foi et la mort de Jésus, entre la foi et la croix. Mais ce lien, Pierre ne peut l’accepter : « Dieu t’en garde, Seigneur ! » (16, 22) La croix est en contradiction avec un Messie sauveur, elle est la contestation radicale de toute définition de Dieu en termes de puissance. Un Dieu crucifié contredit tout ce que les hommes se représentent, désirent et attendent de Dieu et de la religion. Car que peut-on espérer d’un Dieu qui meurt en croix ?
La croix est bien l’épreuve de la foi. C’est devant la croix que tout se joue, que naît la foi chrétienne. Le Dieu crucifié ne répond à aucun des besoins religieux de protection et d’intervention en notre faveur que nous attendons d’un Dieu efficace. Un Dieu crucifié, aucun homme religieux ne peut l’avoir inventé. On ne peut qu’y croire. Seule la foi donne accès à un tel Dieu.

Prendre sa croix

Suivre le Christ, mettre sa foi en lui, signifie renoncer à soi-même et prendre sa croix sur soi. Cela va, selon St Paul, jusqu’à « offrir sa personne et sa vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu. » (Ro 12,1). Cette croix, propre à chacun, n’est pas faite des malheurs et souffrances inévitables que tout homme rencontre. Il ne s’agit pas non plus des sacrifices volontaires que le disciple s’impose pour imiter Jésus. Il s’agit de la croix que suscite la vie et la mission de disciple du Christ. L’existence du chrétien est, comme celle de son Maître, un signe et un objet de contradiction. La persécution des chrétiens en est la dramatique illustration. Prendre sa croix, c’est en définitive accepter de faire sienne la destinée du Christ, mis à mort sur la croix.

Abbé Marcel Villers

Noël : Une naissance qui est l’épreuve de la foi

MEILLEURS VŒUX À TOUS !

Te Hi, artiste chinois

« Le Verbe est la vraie lumière qui éclaire tout homme » (Jn 1, 9)
Sa venue comble nos attentes, mais en les débordant.
Et l’homme reste l’insatisfait. Et Dieu toujours attendu.
Cultivons notre désir tout au long de l’an nouveau !

Homélie de la messe du jour de Noël. Theux 25-12-2019

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »
Il y eut un premier Noël : Dieu est venu nous visiter, il est passé parmi nous, puis il s’en est retourné. Du passage de Jésus parmi nous, que reste-t-il ?

Ah ! il était attendu, et depuis longtemps. On connaissait les signes de sa venue. On savait l’envergure de son Règne : justice et paix, amour et vérité. « On ne lèvera plus l’épée nation contre nation. On ne s’entraînera plus pour la guerre. » Voilà vingt siècles qu’il est passé parmi nous. Et toujours, les hommes s’entraînent pour la guerre. La visite de Dieu parmi les hommes a-t-elle changé la figure de ce monde ?

Mais alors, que fêtons-nous à Noël ? Quel événement célébrons-nous ?

Une naissance, bien sûr. Mais une naissance qui est épreuve pour la foi. Une naissance, celle de Jésus et du monde nouveau. Mais cette naissance, si elle inaugure la venue du Sauveur, n’a pas accompli le salut du monde. Et nous restons sur notre faim.

Cette naissance est une épreuve pour la foi. Comment reconnaître, en cet enfant fragile et démuni, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous ? Comment reconnaître, dans cet homme échouant sur une croix, le Sauveur ?
Et le Royaume, dont il proclamait la venue, où est-il ? Encore aujourd’hui, ils sont légion les aveugles, les sourds, les boiteux dont il proclamait la guérison.

Épreuve pour la foi qui confesse que cet enfant de Bethléem, ce charpentier de Nazareth, ce crucifié de Jérusalem, est Fils de Dieu et Dieu même. Mais Dieu est-il démuni comme un enfant, humble comme un charpentier, brisé comme un torturé, faible et fragile comme un humain ?

Épreuve pour la foi que l’impuissance du Messie, et donc de Dieu. Pourquoi Dieu nous fait-il attendre ? Pourquoi n’agit-il pas tout de suite pour guérir l’homme à tout jamais ? Pourquoi ne fait-il pas, dès maintenant, habiter le loup avec l’agneau, la vache avec l’ourse et l’enfant avec le cobra ?

Épreuve pour la foi que cette naissance.
Il y va du cœur de notre credo avec l’incarnation que nous célébrons à Noël.
Mais qu’est-ce donc que l’incarnation ? Dieu qui se substitue à l’homme et aux lents cheminements qui le font devenir ce qu’il est ? Dieu qui accomplit, seul et d’un coup, les promesses ? Mais alors, l’incarnation serait la disparition de l’homme.

Noël, avec la naissance de cet enfant, nous révèle que l’incarnation, c’est le mouvement par lequel Dieu inscrit son agir, et son être même, dans l’épaisseur de notre chair et les obscurs déploiements du temps. L’incarnation, c’est le patient consentement de Dieu au temps, que signifie cet enfant qui vient de naître après une attente de neuf mois. Dans notre volonté de gagner du temps à tout prix, nous oublions que l’avenir se nourrit de lentes fécondations, que la vie, l’amour, les enfants, la foi grandissent pas à pas, en un lent mûrissement.

Voilà ce que Noël vient nous rappeler : Dieu inscrit son agir dans le temps. Sa venue comble nos attentes, mais en les débordant et nous laissant insatisfaits. Et Dieu toujours attendu.

Le Rabbi Schlomo, un grand maître juif, racontait : « Sachant d’après le Talmud qu’il suffit que tous les hommes se repentent pour que le Messie arrive, je décidai d’agir sur eux. J’étais sûr d’y parvenir. Mais où commencer ? Le monde est si vaste. Je commencerai par le pays que je connais le mieux ; le mien. Mais il est énorme, mon pays. Bon, je commencerai dans la ville qui m’est la plus proche ; la mienne. Mais elle est grande, ma ville, je la connais à peine. Soit, je commencerai dans ma rue. Non : ma maison. Non : ma famille. Bon, je commencerai avec moi-même. »

La vraie crèche où vient naître le Messie, c’est notre cœur. C’est là que le monde nouveau commence. Joyeux Noël !

Abbé Marcel Villers