Il me faut être chez mon Père

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le dimanche de la Sainte Famille (Année C, Luc 2, 41-52) Theux, 30 décembre 2018

À ses parents qui l’ont cherché partout, pendant trois jours, Jésus répond : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ?

Parole obscure, étrange, et pourtant capitale. C’est la première parole que Jésus prononce selon l’évangile de Luc. Parole lourde de sens et révélatrice de toute la destinée de Jésus.
ll me faut être chez mon Père.

Et pourtant, parole déconcertante. Ses parents ne comprirent pas ce qu’il leur disait.  Il y a une énigme, un mystère Jésus. C’est celui de sa personne. Dans l’évangile, tout tourne autour de cette question qu’est Jésus lui-même : « Qui est-il ? D’où vient-il ? »
Il me faut être chez mon Père.

Jésus suggère ainsi que son lieu, sa demeure, est ailleurs. Il n’est pas d’ici. Mais alors, d’où est-il ?

Le lieu de Jésus, sa demeure, c’est le Père. C’est là qu’il faut le chercher. C’est de Dieu qu’il vient et c’est en Dieu qu’il demeure. Voilà son secret. Qui suscite la stupéfaction de ses parents : ils furent frappés d’étonnement.

Qui donc est leur enfant ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Cet enfant de Noël, pour le connaître, il faut chercher là où il est. Dans l’intimité de Dieu même, son Père. Le mystère de Jésus, il est là.

« Papa, maman » sont parmi les premiers mots qu’un enfant prononce. Il ne les adresse pas à n’importe qui. Il les adresse à une personne qui l’aime, qui prend du temps pour lui, qui le prend dans ses bras, le nourrit et le soigne. Ces mots « papa, maman », il les adresse à quelqu’un dont il se sent aimé.

Ce n’est pas pour rien que les parents de Jésus, Marie et Joseph, sont présents dans ce récit où Jésus révèle son rapport avec Dieu comme Père.

Jésus ne peut dire « Abba », littéralement « papa », qu’à un être dont il a expérimenté l’amour. Comme celui de ses parents, l’amour de Dieu précède sa reconnaissance comme « Abba, Père ».

Cette expérience mystique de Jésus, on peut en approcher les contours en reprenant sa dernière parole sur la croix : Père, entre tes mains, je remets ma vie. Charles de Foucauld explicite cette prière : Mon Père, je m’abandonne à toi. Je remets ma vie entre tes mains, je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur.

Telle est l’expérience fondatrice de la spiritualité de Jésus, et donc celle du chrétien : remettre sa vie dans les mains de Dieu, s’abandonner dans les bras du Père avec la même confiance, la même foi que le petit enfant dans les bras de ses parents.

Entrer dans le secret de Jésus, c’est, avec Marie et Joseph, parcourir le chemin à l’envers pour chercher Jésus, là où il est.Il n’est pas avec eux, ni parmi leurs parents et connaissances. Jésus n’est pas dans ce monde connu des parents et des connaissances de la famille. C’est ailleurs qu’il faut le chercher et ils font demi-tour. Ils le trouvent dans le Temple, la maison de Dieu, le lieu de sa présence.

Et nous, où cherchons-nous Jésus ? Parmi nos parents et connaissances ? Il est vrai que Jésus est pour nous un héritage, nous l’avons reçu grâce à nos parents ou par une connaissance, un catéchiste ou un enseignant. Mais l’avons-nous jamais cherché personnellement ?

Comme les parents de Jésus, nous pensons le connaître, mais alors, dit l’évangile, méfiez-vous car vous l’avez déjà perdu. Il est ailleurs. Son secret, le mystère de sa personne, il n’y a que lui qui peut nous le livrer. Il faut le chercher là où il est, dans ce lien intime avec le Père.

Comme Marie et Joseph, faisons demi-tour. Puissions-nous faire de cette quête le quotidien de l’année nouvelle que je vous souhaite belle et bonne.

Abbé Marcel Villers