Vivre et annoncer l’Évangile en Église : texte de l’abbé Marcel Villers

2015-04-21 - RéflexionEchangesUPTheux (17)

Dans un précédent article, écho de la soirée du 21 avril dernier,
nous signalions espérer pouvoir disposer du texte de l’abbé Villers… voilà qui est fait, nous en remercions chaleureusement notre orateur !

Nous souhaitons une bonne lecture tant à ceux qui étaient présents qu’à ceux qui auraient souhaité l’être… et à ceux qui s’intéressent non seulement à l’histoire de notre pays mais aussi à la vitalité de l’Église !

Si ce texte vous paraît un peu long, gardez-en la référence et revenez-y… vous ne le regretterez pas !

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VIVRE ET ANNONCER L’ÉVANGILE EN ÉGLISE

Theux 21 avril 2015 – Abbé Marcel Villers

Ce que sera la nouvelle étape dans l’évangélisation de notre région, voilà l’objet de notre discernement. Pour ce faire, il est utile de savoir d’où nous venons. Faisons donc un rapide voyage dans le temps, de deux points de vue : retracer les étapes principales de l’évangélisation de notre terre de Franchimont depuis l’origine et un retour aux sources, aux modèles d’Église et d’évangélisation que nous présente le Nouveau Testament.

Comme il n’est pas possible d’entrer dans les détails, vous voudrez bien excuser le manque de précisions, surtout dans les dates, et le caractère affirmatif des propos qui demanderaient bien des nuances.

Commençons donc par un bref historique de la christianisation de notre région et de son développement. C’est qu’il n’a pas suffi d’une fois, d’une seule annonce de l’Évangile.

L’ÉVANGÉLISATION DU PAYS DE FRANCHIMONT

Première étape : la première évangélisation et les origines de la paroisse de Theux sous les mérovingiens (7es.)

Au premier siècle de notre ère, dans la profonde forêt ardennaise, Theux-Juslenville est le seul endroit de la région à être habité par des gallo-romains : deux ou trois grosses fermes ou villae, peut-être un village artisanal (vicus) et quatre cimetières. Ce n’est que trois siècles plus tard que le christianisme apparaît  dans ce qui est aujourd’hui la Belgique. Il s’implante dans les agglomérations existantes, mais ne touche pas les campagnes et encore moins les forêts.

Surviennent, aux 4°-5°s., les grandes migrations des peuples germaniques, notamment les Francs, qui envahissent nos régions. Et ils arrivent jusqu’à Theux qui devient un domaine appartenant au roi. Le prouve ce petit édifice peut-être mérovingien, en tous cas antérieur au 5°-6°s., découvert sous le chœur actuel de l’église de Theux.

C’est au 7°s. que les rois mérovingiens vont favoriser une deuxième évangélisation de nos régions après la longue crise due aux invasions barbares. Elle sera l’œuvre de moines missionnaires venus d’Irlande, d’Angleterre ou d’Aquitaine comme Remacle et Éloi. C’est dans ce cadre que, pour la première fois, le christianisme apparaît et s’installe à Theux : on transforme (orientation vers l’est) et  agrandi (6m sur 9) le petit édifice païen, sur lequel est construite l’église actuelle, afin d’en faire une chapelle chrétienne. « Au 8°s., à l’époque carolingienne, Theux devient une résidence royale. Trop petite pour accueillir le roi et sa suite, la chapelle mérovingienne est remplacée par une église trois fois plus grande » (P. Bertholet, De la chapelle à la paroisse de La Reid en passant par la vice-cure, inédit).

Theux devient une paroisse dont le territoire s’étend sur les actuelles communes de Theux, Pepinster (jusqu’à la Vesdre), Jalhay-Sart et Spa. On est au 9°s. Voilà qui indique l’ancienneté de la présence chrétienne à Theux et de la paroisse, ce qui explique le nombre élevé de ses curés (l’actuel est au moins -car liste très partielle avant le 12°- le 60ème).

Sur cet immense territoire paroissial, on va progressivement assister aux défrichements de la forêt qui vont donner naissance à Sart et à des villages dans ou en bordure de la forêt. Vu l’augmentation de la population et l’éloignement de l’église de Theux, une paroisse est créée à Sart, fin 10° (idem). Aux pieds du château de Franchimont, construit au cours du 11°, une ville nouvelle naît : Marché avec sa chapelle construite au cours du 12°s. À la même époque, une chapelle est construite à Oneux. Mais ces chapelles ne sont pas des paroisses.

Une nouvelle ère s’ouvre, aux siècles suivants, avec l’avènement des villes et communes, qui vont  progressivement arracher aux seigneurs l’autonomie locale pour leurs cités. En 1457, la Cité de Liège accorde à Theux un perron, symbole des libertés communales, ainsi que le droit de bourgeoisie dans la cité. À la même époque, on assiste à un premier développement d’une entité en-dehors de Theux : Polleur. En 1450, les habitants transforment en chapelle un édifice antérieur et financent les services d’un prêtre.

Deuxième étape : la rupture de l’unité confessionnelle, le Concile de Trente et la réforme catholique (17 es.)

Au 16°s., on assiste à un retour aux sources de la foi, en particulier la Bible. Cela va conduire à la réforme protestante, au Concile de Trente (1545-1563) et à la réforme catholique qui va se déployer au 17°s. par de nouveaux ordres religieux comme les jésuites et les capucins. Le protestantisme, dans sa version calviniste, a été bien près d’emporter le Franchimont. Mais la réaction du clergé et sa prédication l’ont maintenu dans la foi catholique.

À la suite du Concile de Trente, une nouvelle organisation des paroisses et une formation plus stricte du clergé, grâce à l’institution des séminaires épiscopaux, va mener à son apogée la civilisation paroissiale : un curé, une église, un livre (le catéchisme), un territoire. Ce dernier doit être à la mesure des possibilités d’un curé, d’où les démembrements des grandes paroisses. Sart est divisé en trois paroisses : Sart, paroisse-mère, Jalhay et Spa, paroisses-filles. La grande paroisse de Theux est maintenue, mais deux vice-cures sont créées : Polleur et La Reid, où une chapelle a été construite par les habitants peu avant 1510.

Après les guerres du 17°s., une certaine prospérité revient, d’où accroissement de la population au 18° qui va susciter la construction de chapelles ou d’églises dans les villages environnants : Becco (1712) ; Jehanster (1718) ; Desnié (1784). Des chapelles privées, donc sans prêtre à demeure, sont aussi construites : à Juslenville-Petite en 1703 ; à Hodbomont en 1707 et à Fays à la fin du siècle.

On arrive ainsi à un desservant et un édifice du culte pour chaque village, chaque lieu de vie et non plus par commune ou paroisse. Les distances à parcourir pour atteindre l’église paroissiale ou les chapelles se réduisent, d’où meilleure fréquentation des sacrements et proximité du curé. S’ajoute une autre manière de vivre le culte : « apparaissent confessionnaux, chaire de vérité, banc de communion, statues de saints, etc. » (P. Bertholet et P. Hoffsummer, L’église-halle des saints Hermès et Alexandre à Theux, 1986, p.257).

Troisième étape : une Église nouvelle dans la Belgique indépendante (19es.)

Fin 18°s., c’est le grand chambardement : la révolution française, expression d’une nouvelle vision du monde, celle des Lumières, marquée par la raison, la science et la technique qui vont triompher au 19°s. Voilà qui va nécessiter une ré-évangélisation et une organisation nouvelle de l’Église, favorisées par une Belgique indépendante et prospère. Le tout va aboutir à la constitution d’un puissant pilier (école, hôpital, mutuelle, syndicat, parti) prenant en charge les catholiques de la naissance au tombeau. On arrive, en ce début du 21°s., au délitement de ce pilier et du système de financement des cultes.

Une nouvelle carte ecclésiastique se dessine tout au long du 19es., à partir du Concordat (1801). Spa, ville alors la plus renommée devient église primaire par rapport à Theux, Sart et Jalhay. Les deux vice-cures de La Reid et Polleur deviennent des paroisses. Becco également.

La Belgique, prospère, voit sa population augmenter, d’où on multiplie les paroisses avec curé propre : Jehanster en 1843 ; Desnié en 1845 ; Oneux en 1903. La paroisse de Juslenville est érigée en 1887.  On agrandit les anciennes chapelles : La Reid (1829), Becco (1830; 1861), Oneux (1862) et Polleur (1901). On en démolit certaines et les remplace par de vastes églises : Desnié (1850), Jehanster (1852). Fin du 19°s. et début 20°, le style néo-gothique est à la mode et inspire la construction de nouvelles églises dont Juslenville (1888), La Reid (1935) ou des chapelles comme Hodbomont (1883) et celle de l’actuel Institut Saint-Roch (1891).

L’évangélisation passe par le marquage du territoire via les églises et chapelles, par la montée en nombre des prêtres actifs sur place, par la présence agissante des religieuses -les Filles de la Croix à Theux- qui prennent en charge l’école (1875) et la jeunesse féminine, les malades et les vieillards. Sainte-Joséphine est fondé en 1885.

Présence et action des religieuses, mais aussi des prêtres. Ce sont les Pères Lazaristes allemands (1878-1919) qui vont créer le centre scolaire de Marché, qui sera repris par le clergé diocésain en 1919, pour y installer l’Ecole normale.

À côté de l’action évangélisatrice des Sœurs, on doit aussi prendre en compte celle des prêtres qui furent particulièrement très nombreux à exercer leur apostolat sur le territoire de nos 8 paroisses, surtout à Theux.

Pour le 20°s., à Saint-Roch, entre 40 et 50 prêtres se succéderont ; pour la paroisse de Theux, on compte 33 prêtres comme curés (8) et vicaires (25), 14 comme aumôniers des Sœurs et de Sainte-Joséphine ; pour les 7 autres paroisses, on peut estimer à une bonne quarantaine de curés sur le siècle. En tout, on peut estimer que 130 prêtres ont exercé leur ministère sur ce qui est aujourd’hui l’unité pastorale.

Quatrième étape : la déchristianisation, le Concile Vatican II et l‘aggiornamento (20es.)

Après la guerre de 14-18, la démographie se stabilise dans les zones rurales et déjà la pratique religieuse diminuant, les églises deviennent trop grandes. On ne construira plus, ce qu’on fait depuis le 7es., sauf la chapelle de Pouillou-Fourneau en 1959.

Dans les années trente, on prend conscience de la déchristianisation et donc de la fin d’une Église de masse. Désormais, c’est à chacun de s’approprier la foi qui cesse d’être un phénomène sociologique ou d’héritage : on passe à un christianisme d’élection. Le Concile Vatican II va enclencher une profonde réforme de l’Église et susciter de nouveaux mouvements d’évangélisation qui mettent en avant le spirituel, le témoignage personnel, les grands rassemblements, l’affirmation identitaire.

La première conséquence visible du Concile Vatican II est l’impact de la réforme liturgique sur l’organisation intérieure des églises avec les réaménagements qu’implique le retournement de l’autel. Avec en plus l’usage de la langue française, le tout engendre un autre rapport des fidèles au culte : participation.

La deuxième nouveauté, initiée par le Concile, est la création des instances de participation des laïcs à la vie et au gouvernement de l’Eglise. Le premier conseil paroissial voit le jour à Theux début 1969, avec des membres élus par l’ensemble des fidèles.

Le troisième impact du Concile porte sur la transmission de la foi et conduit à la rénovation de la catéchèse confiée aux laïcs. Fin 1969, les premières « mamans-catéchistes » sont instituées à Theux par le curé de la Croix.

Trois nouveautés qui ont conduit à deux modifications majeures et non encore vraiment « digérées », toujours causes de conflits :

– la profonde transformation des rapports prêtres-laïcs, qui a (en partie) causé la crise du clergé, provoqué sa progressive pénurie, mais a fait apparaître de nouveaux « ministres », non ordonnés (les AP), mais recevant des missions qui autrefois étaient le monopole du prêtre ;

– la nouvelle définition de la paroisse qui, de territoriale, devient « une communauté de personnes confiée à un curé. »(Canon 515). La notion de « communauté » engendre inévitablement un conflit de pouvoir entre l’un et le multiple, le curé et la communauté, entre l’autorité institutionnelle et celle d’un leader charismatique. Deux conceptions de l’Eglise et de la paroisse se font jour, amplifiées par la tension entre centralisation ou regroupement des paroisses et identité locale ; tension bien connue, au niveau civil, après la fusion des communes entre respect des particularités de chaque implantation et nécessaire efficacité de l’administration.

Aujourd’hui : la sortie de la religion (21es.)

Avec le dernier quart du 20es., on entre dans l’ère de l’individualisme où le sujet est le critère de tout ; ère donc du pluralisme et de la fragmentation des convictions. D’où crise du vivre ensemble.

La seconde caractéristique de notre temps est la volonté de cantonner la religion dans l’espace privé. Mais voilà que la religion, dont on avait clamé la mort, fait son grand retour.

La conséquence de ce qui précède est l’effondrement de la pratique dominicale, des vocations sacerdotales et religieuses, de l’adhésion des nouvelles générations. Bref des ressources, humaines et autres, de l’Église, de nos paroisses. On ne peut donc plus tout faire, non par manque de désir, mais de moyens.

Notre situation

S’il y a 110 prêtres « en fonction » dans le diocèse, pour 74 UP, on en compte actuellement (avril 2015) 9 pour le doyenné de l’Ardenne (48 paroisses).

Pour les diacres, on en relève, en 2011, 70 dont 24 ont moins de 65 ans.

Pour les AP, elles sont, en 2011, 22 en pastorale.

L’objectif de la réorganisation du diocèse, en 2002, était d’assurer 3 postes par UP : un prêtre, un diacre et une AP. Irréalisable.

Donc il faut regrouper, ce qui est une option parmi d’autres (en fonction du nombre de prêtres et de la seule question : la messe), c’est celle choisie par le diocèse en 2002 et qui ne cesse de s’emballer, car on ne cesse de regrouper et pourtant, on ne cesse de diminuer en nombre par rétrécissement de notre champ de présence et de visibilité.

L’historique du regroupement des paroisses de la commune de Theux (1961-2014)

1° La première étape fut le regroupement de Desnié et Winamplanche en 1961 sous Jean Cabay (1961-1971).

2° Desnié avec La Reid en 1974 sous Henri Rost (1974-2004)

3° Oneux avec Juslenville en 1976 sous Robert Werner (1976-1998)

4° Polleur avec Theux en 1983 sous Christian Grégoire (1983-1990)

5° Juslenville et Oneux avec Theux en 1998 sous Henri Wey (1990-2005)

6° Becco avec Desnié et La Reid en 2004 sous André Deblon (2004-2005)

7° Jehanster avec Theux en 2006 sous Ignace Nziyomaze (2006-2012)

8° L’organisation des 8 paroisses en quatre secteurs : Theux et chapelles de Marché et Hodbomont ; Juslenville-Oneux-Pouillou-Fourneau ; Polleur-Jehanster ; Desnié-La Reid-Becco s’effectua en juillet 2006

9° Toutes les paroisses en 2006 sous Ignace Nziyomaze (2006-2012) qui devient le premier curé de l’Unité pastorale de Theux créée par décret épiscopal le 22 mai 2008, après 4 ans de procédure mise en œuvre dans le doyenné de Spa, dans le cadre du « Chantier paroisse » initié en 2002

10° Le regroupement des doyennés de Spa, Stavelot et Malmédy en un doyenné d’Ardenne avec siège à Malmédy en 2012

11° Regroupement de l’UP de Theux avec l’UP de Spa en 2012 sous un seul curé Floribert Kaleng Kakez (2012-2014)

12° Retour à un curé propre pour l’UP de Theux en 2014 avec Jean-Marc Ista.

De tout ce mouvement se dégagent trois niveaux d’organisation et de « partage » de l’action pastorale : local (les 8 implantations des communautés paroissiales), l’échelle UP ou communale (celui des services généraux de la Maison des paroisses), celui de la région-doyenné (pour les pastorales spécialisées : écoles, hôpitaux, jeunesse…).

Statistiques locales en comparaison des données régionales et nationales

On constate à la fois une forte diminution de la pratique dominicale et curieusement une continuité importante des demandes, en décalage positif par rapport aux donnés nationales.

Baptême : pour l’UP de Theux 72 % du nombre des naissances dans la Commune en 2010 ; 57% pour la Belgique 2008 (Wallonie : 54% ; Flandre : 67%), ce qui représente un peu moins d’un enfant sur trois baptisé alors qu’à Theux, 3 sur 4 le sont.

Pratique dominicale : 2,5% du nombre d’habitants (plus de 12000) de la Commune en 2010 ; 10% pour la Belgique 2008 à Noël (Wallonie 7% ; Flandre 12%). Sur ce point, c’est à l’envers de ce qui se passe pour les baptêmes, on est à trois fois moins qu’au niveau wallon.

Première communion : autour de 74% de la classe d’âge (nés en 2002) pour Theux 2010.

Profession de foi : autour de 64% (nés en 1998) pour Theux 2010.

Mariage : 30% du nombre des mariages civils à Theux 2010 ; 26% Belgique 2008 (Wallonie 29% ; Bruxelles 7%)

Funérailles : 77% du nombre de décès à Theux 2010 ; 61% Belgique 2008 (Wallonie 54% ; Flandre 69%)

Il faut ajouter un autre facteur intéressant : la répartition entre les différentes paroisses (données pour 2010 et en chiffres absolus)

Baptêmes : 77 dont 29 à Theux ; 13 à Juslenville ; entre 6 et 9 pour les autres implantations

Premières communions : 74 dont 25 à Theux ; 14 à Juslenville ; 18 à Polleur-Jehanster ; 17 sur les Hauteurs

Professions de foi : 64 dont 16 à Theux ; 17 à Juslenville ; 17 à Polleur-Jehanster ; 14 sur les Hauteurs

Obsèques : 75 dont 36 à Theux ; 16 à Juslenville ; 14 à Polleur-Jehanster ; 8 sur les Hauteurs

Nous ne pouvons que constater la bonne répartition entre les implantations et, à première vue, penser que ce serait tarir une source de vitalité et de rajeunissement si on centralisait leur réception et leur traitement. De plus, la continuité baptêmes-premières communions et professions de foi est assez bien maintenue.

Qu’en tirer comme ligne de conduite ? On ne peut trancher car iI est nécessaire de poursuivre le travail statistique sur plusieurs années, de croiser toutes ces données pour dégager des hypothèses explicatives et permettre de déterminer une stratégie à long terme de l’action pastorale. Pour le moment, nous ne pouvons que constater que la difficulté majeure n’est pas tellement la foi que la forme ecclésiale à donner à la foi, sachant que la forme paroissiale n’est plus pertinente. Quelle autre forme, de nature sociale, donner à la foi si on ne peut plus faire coïncider cette forme avec celle de la communauté civile, communale ou villageoise ? Le risque est l’invisibilité des chrétiens et de l’Église, disparus de l’espace public.

CONCLUSIONS

Pour le Pape François, tout renouvellement dans l’Église doit avoir pour but la mission, afin de ne pas tomber dans le risque d’une Église centrée sur elle-même (EG27) ; il faut une Église « en sortie » et non auto-référentielle.

Aujourd’hui, le Seigneur reconduit son Église à être une minorité. La tentation est de nous replier dans un ghetto. Mais le Pape François nous indique une autre voie : Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie sur les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’attacher à ses propres sécurités. Si quelque chose doit nous préoccuper, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de nous tromper, j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée et Jésus qui nous répète sans arrêt : Donnez-leur vous-mêmes à manger (Evangelii gaudium, n°49).

RETOUR AUX SOURCES : UNE ÉGLISE QUI ANNONCE

Dès les premiers temps du christianisme, on constate une diversité dans les modalités de l’action missionnaire, en fonction des destinataires, de l’esprit du temps et des moyens disponibles en termes de communication. Dans le Nouveau Testament, il n’y a pas de modèle unique. On peut distinguer, avec Marcel Dumais (La nouvelle évangélisation. Modèles bibliques, Montréal, 2012), quatre modèles de l’activité missionnaire : l’annonce, le dialogue, la compassion, le témoignage. Ces modèles s’inspirent de l’action de Jésus, des apôtres ou des premiers chrétiens. Ils se réfèrent à des passages des évangiles ou des Actes.

1° L’annonce ou le modèle kérygmatique

Quand on parle de « kérygme », on désigne un message bref mais qui va à l’essentiel, exprime le contenu, le cœur de la foi chrétienne. L’autre trait à considérer est le caractère de proclamation, d’annonce orale et directe, sans préalable. On présuppose que les destinataires se posent des questions et attendent la réponse chrétienne. À l’époque de Jésus, on est en plein bouillonnement d’idées et de questionnement religieux. Il faut répondre : Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. (Mc 16,15) Le kérygme est l’annonce directe de Jésus-Christ et de l’Évangile qu’il faut communiquer sans délai. Cette annonce peut être exprimée directement par voie orale ; elle est désirée et sera donc écoutée.

Ce modèle kérygmatique est illustré par 6 discours des Actes (5 de Pierre et le premier de Paul) qui tous s’adressent à des auditoires juifs. Ces discours ont une trame commune autour de 5 éléments qui sont constitutifs du kérygme :

– le message est centré sur Jésus

– Jésus n’a pas été reçu, reconnu

– Jésus est le Christ, le Messie sauveur, Dieu l’a ressuscité

– il y a une espérance : la mort est vaincue

– il faut se convertir

De ce modèle, nous pouvons tirer quelques enseignements sur la mission.

  1. Le thème majeur de ce discours est l’espérance ouverte par la résurrection du Christ. Dieu l’a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. (Ac 2,24) L’évangélisation se situe au niveau des valeurs, car ce qui motive à s’engager ne sont pas des idées, mais de l’ordre des besoins, du désir. L’espérance signifie que le goût de vivre ne sera pas frustré, que nos désirs ne finiront pas dans le néant. Le chrétien est le porteur, le témoin d’une espérance dans un monde désenchanté. L’annonce, la mission « kérygmatique » éveille le goût d’espérer, le goût et l’appétit de vivre. Évangéliser, c’est « partager avec le monde ses angoisses de salut, et donner raison de notre foi en communiquant l’espérance (cf. 1 P 3, 15). Parce qu’elle porte cette Bonne Nouvelle, l’Église est missionnaire, par sa nature. Elle ne peut garder pour elle seule cette espérance.
  2. L’évangélisation est centrée sur une personne, celle de Jésus. C’est lui la Bonne Nouvelle car en lui, Dieu révèle son dessein d’amour et de vie. Évangéliser, ce n’est pas d’abord un enseignement, une proposition d’adhérer à un contenu, mais la rencontre de Quelqu’un qui nous transforme, qui donne à la vie un nouvel horizon, écrit Benoît XVI, et par là son orientation décisive.
  3. Dans le modèle kérygmatique, ce n’est pas le « comment » transmettre qui préoccupe, mais bien « quoi ». Il s’agit de cerner l’essentiel, le cœur de la Bonne nouvelle, le kérygme. Il est clair qu’avec la sécularisation, la religion devient une option plutôt qu’un héritage, ce qui nous oblige à aller au cœur de l’Évangile et de la foi : la rencontre du Christ ressuscité.

Aujourd’hui, on constate, que, dans les faits, l’approche kérygmatique rencontre un succès certain. On parle aussi de « première annonce » dans la réflexion et l’action catéchétiques. La soif spirituelle est croissante et donc la recherche d’un sens, d’un amour qui puisse la combler. Beaucoup de nos contemporains sont attirés par l’annonce d’un sauveur personnel : « Jésus sauve ». Personnaliser le kérygme, c’est inviter chacun à accueillir Jésus comme Seigneur et Sauveur personnel. Cette annonce directe est, dans de nombreux pays, multipliée par l’usage des médias et les grands rassemblements.

2° Le dialogue culturel ou le modèle athénien

Un autre modèle pour l’évangélisation, issu de l’Église des origines, est celui tiré du discours de Paul à Athènes (Ac 17, 22-31). On quitte le monde juif pour le milieu païen.

« Paul, debout au milieu de l’Aréopage, dit : Athéniens, je vous trouve à tout point de vue extrêmement religieux. En effet, en parcourant votre ville et en examinant les objets de votre culte, j’ai même découvert un autel avec cette inscription: ‘À un dieu inconnu’! Celui que vous révérez sans le connaître, c’est celui que je vous annonce. »

S’adressant à un auditoire de langue et de culture grecque, Paul inculture son propos. Il prend en compte la culture locale, se sert de la philosophie et des poètes qu’il cite même. Paul utilise le langage culturel de ses auditeurs, part de leur vécu, de leur quête, reconnaît qu’ils vivent une certaine expérience du vrai Dieu, mais que leur connaissance du vrai Dieu est déficiente. Il les invite à « changer d’attitude », à transformer et approfondir leur quête vers le Dieu personnel et intérieur que leur propre tradition atteste. On est devant un véritable dialogue des cultures où s’enracine l’annonce chrétienne.

On retrouve ces traits du discours de Paul dans les caractéristiques de ce qu’il est convenu d’appeler : inculturation. Le processus d’inculturation est fondamentalement un échange et un enrichissement mutuel : au contact de la culture, le christianisme est conduit à un travail sur ses propres expressions pour se qualifier au regard de la culture en question, c’est la fonction critique des cultures sur l’expression de la foi ; d’autre part, la foi « finit par enrichir ces cultures en les aidant à dépasser les côtés déficients ou même inhumains qui existent en elles.» (Catechesi tradendae, n°53) C’est la fonction critique de l’Évangile sur les cultures. Le processus d’inculturation implique ainsi un donné et un rendu ; il prend la forme d’un échange. (A. Fossion, La catéchèse dans le champ de la communication, Paris, 1990, p. 103)

Voilà défini le modèle de la mission conçue comme un processus d’échange et donc de dialogue entre l’Évangile et les cultures. Ce modèle n’est pas seulement adapté à la rencontre des peuples éloignés, mais il est tout autant approprié à l’annonce de l’Évangile dans notre société occidentale.

Aujourd’hui, annoncer l’Évangile dans le contexte de la culture contemporaine, en Occident, doit prendre en compte certains nœuds de résistance de type culturel :

  • la rencontre entre la foi, la raison et les sciences qui engage la crédibilité de notre message (EG, n°132)
  • la valorisation du plaisir, la revendication de liberté, l’affirmation de l’autonomie de la raison, le goût du moment présent, la promotion de la pluralité peuvent apparaître comme des obstacles à la démarche de foi (A. Fossion, Dieu désirable, 2010)

3° La compassion ou le modèle humaniste

Pour se faire connaître, Dieu a pris un visage d’homme : Jésus, sa personne et sa vie. Si Juifs et païens de l’Antiquité étaient religieux, comme les deux premiers modèles le présupposent, ce n’est plus le cas pour nos contemporains sécularisés. Partir de l’humain, de l’homme Jésus, dans une sorte de christologie ascendante, est peut-être un chemin mieux adapté. Le Dieu d’amour et de compassion, dont témoigne Jésus dans les Évangiles, peut rejoindre les désirs profonds de chacun. De là découle un modèle d’humanité, une vision de l’homme et de sa réussite. Dans ce type d’évangélisation, il s’agit de présenter l’homme Jésus comme modèle d’humanité réussie par la qualité exemplaire de sa vie, que l’on peut résumer par la compassion.

Le projet de Jésus est bien exprimé dans le discours de Nazareth (Lc 4,16-21) :

L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération.

Cette mission annoncée, c’est par toute sa vie que Jésus va la réaliser. Il est porteur d’une Bonne Nouvelle pour les pauvres aux multiples visages. Il est le modèle pour la mission de l’Église et des chrétiens dans notre monde : « être pris aux entrailles » devant les misères d’autrui et y remédier; de cette façon, le disciple témoigne par ses actes du Dieu qui l’habite. Cette dimension « humanitaire » du Royaume rejoint la quête humaniste de beaucoup de nos contemporains. Le christianisme se révèle ainsi chemin d’humanité dont la compassion et l’amour deviennent la clé. Tel est le programme de vie qui conduit l’homme au bonheur véritable, celui chanté par les béatitudes (Mt 5). L’Évangile est la voie du bonheur que l’Église a pour mission de proclamer en paroles et en actes.

Ce modèle met en évidence trois points forts.

  1. C’est la personne de Jésus qu’il faut présenter et son humanité exemplaire. Partir de Jésus pour découvrir en lui le Christ, c’est le cheminement même des disciples qui ont cru en Jésus, séduits par sa compassion. Il y a une sorte de pédagogie progressive à respecter pour la mission : partant de l’homme Jésus et des réalités humaines, découvrir une voie qui permet de devenir pleinement humain, et puis remonter à la source de l’action de Jésus : le Père éternel, un Dieu de justice, de compassion, d’amour. La foi en Dieu est porteuse d’un nouvel humanisme, d’une nouvelle société.
  2. Les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile (EG 48). Le programme de Jésus énoncé à Nazareth (Lc 4,16-21), comme les béatitudes, mettent en avant, comme destinataires de l’action de l’Église, les pauvres et, du coup, engagent à contribuer au développement de nos sociétés, à assurer le respect et des conditions de vie dignes et justes pour tous.
  3. Le caractère social de la mission est clairement affirmé

La mission de l’Église a des conséquences sociales importantes car la mission est tout sauf une affaire pieuse, il s’agit d’une « spiritualité » qui change le monde. Le Royaume de Dieu est une réalité collective, le projet d’une société nouvelle, un modèle de société alternative dont les communautés de chrétiens témoignent déjà par leur manière de vivre ensemble, dans la communion et l’action charitable.

4° Le témoignage ou la mission immobile

À la naissance de l’Église, ni le concept, ni l’activité dite d’évangélisation, n’existait. Les chrétiens deviennent missionnaires à partir de circonstances extérieures, quand des païens vont s’intéresser à la foi, quand Paul constate que ses paroles touchent des gens à qui elles n’étaient pas destinées (Ga 4,14). C’est alors qu’il faut être prêt à répondre à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. Avec douceur et respect (1 P 3,15).

À la fin du 1er s., des familles vivent leur foi au quotidien ; à la maison d’abord, puis avec d’autres dans de petites réunions. Les chrétiens habitent au milieu des quartiers, des villes. Une foi simple s’inscrit dans le quotidien des jours. Ils sont au milieu des gens, comme chrétiens. Sans ostentation, sans démarche prosélyte. Néanmoins, ils sont vite perçus comme différents. De les voir, de les fréquenter, voilà que certains s’interrogent. Qui sont-ils ? D’où vient leur joie ? Et on les interroge. Petit à petit, ce qui relevait d’abord d’une « sollicitation » à témoigner s’est graduellement transformé en « mission » de témoigner, et avec une dimension universelle.

Ainsi, s’insérant dans une structure familiale et sociale déjà bien établie, les premiers chrétiens l’ont investie de l’intérieur, propageant leur doctrine par l’exemple et la contagion. En bref, le réseau spécifique au christianisme primitif donne l’exemple d’un cas très particulier de mission : la mission immobile (Régis Burnet, L’évangélisation chez les premiers chrétiens, Montauban, 2011, p.13-23).

Quatre enseignements peuvent être tirés de ce modèle.

  1. L’attraction par convergence entre la foi et les aspirations de la culture d’un lieu et à un moment. Une des premières formes de rencontre du christianisme et d’une culture est celle de la diffusion, de la propagation d’une façon de vivre, de penser et de croire. Diffusion spontanée, c’est-à-dire, par la force d’attraction du christianisme lui-même. On parle ainsi de contagion sur le monde environnant. La pénétration du christianisme dans l’Empire romain aux premiers siècles ou en Corée fin du XVIII° correspond à ce modèle marqué par la convergence de la foi chrétienne avec les aspirations d’une époque ou d’une culture.
  2. La conversation est déjà une phase de la mission. On va chez des amis, chez des clients, chez des cousins. L’évangélisation se fait à ces occasions, au gré des rencontres. On va vers des gens avec qui on a contact et à qui on est recommandé. Ce modèle missionnaire est la mission des petites gens : une mission dans la simplicité des contacts, dans la foi au travail de l’Esprit saint. Une mission faite par des familles, des gens, au gré des circonstances de la vie.
  3. Le medium, c’est le message. La mission, la transmission de la foi est seulement possible quand la communauté qui évangélise est une manifestation radieuse de la foi chrétienne et présente une manière de vivre qui attire. C’est à cela que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples: le médium est le message (MacLuhan). Le témoignage de vie de la communauté prépare la voie à l’Évangile. (EN, n° 59-61) Si ce témoignage est absent, la crédibilité de toute annonce est compromise. L’évangélisation présuppose donc l’auto-évangélisation des baptisés.
  4. La mission n’est pas une stratégie, mais une forme de vie. Il s’agit de prêcher l’Évangile par la vie plus que par la parole. Car la parole ne peut être entendue qu’à partir de la vie dont elle n’est que l’explicitation, que « le compte rendu ». La mission chrétienne n’est pas une stratégie, mais une forme de vie.

ET NOUS AUJOURD’HUI, COMMENT VIVRE ET ANNONCER L’ÉVANGILE, LÀ OU NOUS SOMMES ?

Quels enseignements retenir pour nous aujourd’hui de ces quatre modèles de la mission de l’Église ?

  • Annoncer requiert d’être capable de saisir l’essentiel, le message spécifique de la foi catholique en ces temps de pluralité des religions et des convictions philosophiques. Trop souvent et depuis longtemps, nous n’arrivons pas à nous distinguer clairement dans ce grand marché des religions et des messages. Et puis, nous sommes encombrés par des développements de notre foi dans les domaines de la pratique ou de la discipline. On connait à l’avance les questions qu’on va poser à un catholique dans les médias : avortement, euthanasie, mariage des prêtres, divorcés et j’en passe. Alors, la foi de l’Église se réduit à de la morale et des interdits. N’avons-nous rien d’autre et de plus essentiel à dire ? Et surtout, avons-nous de quoi communiquer ? Quel vécu, quelle expérience de Dieu est la nôtre et que nous voulons partager ? Surtout, en ces temps, où environ 40% de la population belge n’a plus, depuis une ou deux générations, de liens avec l’Église. Il est revenu le temps de la première annonce. En effet, un peu plus d’un enfant sur trois (en moyenne belge) n’est pas baptisé et n’a donc, arrivé à l’âge adulte, aucune idée de la foi chrétienne, sinon ce qu’en disent les médias. Cela est aussi vrai d’enfants baptisés à la naissance et sans environnement chrétien au niveau familial ou scolaire. La catéchèse devient ainsi pour beaucoup le premier lieu où ils entendent parler de la foi chrétienne. La catéchèse devient alors une initiation à un monde et à un vivre nouveau.
  • La rencontre, le dialogue de la foi et de la culture est l’objet du modèle dit athénien, qui appelle ce qu’on nomme aujourd’hui l’inculturation de la foi. Comment être audible ? Toute culture est à la fois obstacle et appui pour présenter, proposer la foi chrétienne. L’école, et en son sein, le cours de religion est un des lieux privilégiés de rencontre et de confrontation entre la religion et la culture. L’école est, en effet, cette institution qui transmet les connaissances et les valeurs, bref l’héritage, d’une génération à la suivante. Lieu de transmission par excellence où tous les enfants passent au moins 12 années de leur vie. Le cours de religion (70% des élèves fréquentent le cours de religion catholique ; remarquez la différence avec le nombre des baptisés : 10%) y est présent et est un de ces carrefours où la foi des chrétiens affronte les cultures nombreuses qui se partagent les esprits de nos enfants. Il suffit de s’entretenir avec un enseignant, du primaire comme du secondaire, pour se rendre compte de l’écart entre notre discours chrétien et les conceptions des élèves, mais aussi pour identifier les attentes et l’intérêt porté par les jeunes à l’égard du message évangélique. Plus Jésus est devenu un inconnu, plus il fascine. Encore faut-il que notre parole soit audible et non perçue comme une langue étrangère et incompréhensible. Que pense-t-on de la liturgie et de son langage, même parmi les fidèles ? Dans le prolongement de l’école et du cours de religion, la catéchèse des enfants, comme la préparation des adultes aux sacrements (mariage, baptême de leurs enfants, etc.), est devenu un lieu d’inculturation, de dialogue entre la foi et la culture.
  • Ce n’est pas seulement en paroles qu’il s’agit de proclamer l’Évangile, cela passe aussi par des actes. Non pas n’importe quels actes, mais des gestes significatifs de la Bonne nouvelle qu’est le message de Jésus. Cet homme a agi et ses actes étaient révélateurs du Royaume qu’il annonçait. Ses gestes traduisaient ses paroles et manifestaient ainsi la cohérence de sa vie car ses actes correspondaient à son discours. C’est le contraire de ce que Jésus reprochait aux pharisiens : Pratiquez et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. Mais n’agissez pas d’après leurs actes car ils disent et ne font pas (Mt 23,3). La pratique de Jésus est son message en actes : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres (Mt 11,5). Nous savons la force d’attraction de celui chez qui « dire, c’est faire ». Cela est vrai pour Jésus et bien d’autres chrétiens à sa suite. Qu’est-ce que cela implique pour nous aujourd’hui, pour notre Église, pour nos communautés ? Que faisons-nous passer comme message par nos actes ? Quels actes faudrait-il que nous effectuions pour qu’ils soient signes, paroles d’Évangile ? Lorsque les missionnaires chrétiens arrivaient dans un nouveau pays, leur premier message : créer une école et un dispensaire ; soit, élever les esprits et relever les corps en luttant contre l’esclavage qu’est l’ignorance et la souffrance de la maladie. Bref, deux signes de compassion, de miséricorde, témoins d’un Dieu qui se soucie de l’homme et veut le restaurer dans toute sa dignité. À notre tour et dans la situation qui est la nôtre, quels gestes, quels signes collectifs poser ? Un exemple proposé par le diocèse : une affectation de biens d’Église (maison, cercles, propriétés des Fabriques ou paroisses) ou de biens privés à du logement social comme signe d’une Église au visage d’Évangile (Vicariat Évangile et vie -communiqué du 25-03-2015). Déjà réalité pour des paroisses de Verviers, Saint-Nicolas, Saint-Vith et bientôt Liège.
  • Après l’annonce, le dialogue et les actes, un dernier mode d’action d’Église pour proclamer l’Evangile dont elle est porteur, c’est le style de vie, aussi bien de la communauté que de chaque chrétien. Ce qui nous distingue, comme chrétiens, disciples du Christ, c’est un certain style de vie, une manière d’être. Celle qui fonde notre identité. Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par le vêtement. Ils n’habitent pas des villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire… ils se conforment aux usages locaux, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle… Ils passent leur vie sur terre, mais sont citoyens du ciel (Lettre à Diognète). Il ne s’agit donc pas de rechercher à tout prix comment être différents des autres, mais comment être fidèles au style de Jésus qui faisait dire à ses contemporains : Qui est cet homme ? D’où vient-il ? Et Jésus répondait : Venez et voyez. Comme le Christ, les chrétiens sont toujours de quelque façon étranges ou étrangers, mais sans être des « martiens » ou les derniers des Mohicans vivant dans des réserves, à l’écart de tous. Un exemple de cette différence de style de vie : une sobriété joyeuse. S’engageant dans une transformation de nos manières de vivre et de consommer, le choix d’une vie sobre nous rapproche de la vraie saveur de la vie et éloigne de notre quotidien les artifices qui le maquillent d’un vernis de bonheur… En nous dépouillant un peu, nous faisons de la place à l’essentiel (La Croix, 21-22 mars 2015, p.11-12).

Une question de fond et quatre déclinaisons pour le débat

Qu’est-ce que nous avons à dire et être aujourd’hui comme chrétien et en Église ? C’est quoi notre mission ? Pourquoi encore une Église et des chrétiens ?

Au fond, pourquoi suis-je chrétien ? Pourquoi encore nos églises, nos paroisses, nos communautés ?

  1. Que dire ? Qu’annoncer ? Quel est notre message central ? Celui qui est essentiel à transmettre ? Ce que nous vivons et voulons partager.
  2. Comment le dire, le rendre « audible » aux oreilles, aux mentalités façonnées par les cultures actuelles ?
  3. Quels gestes peuvent le traduire, le donner à voir ? Nos actes et la forme que nous donnons à notre organisation « parlent » plus fort que nos discours, et même nos intentions.
  4. Quel style de vie, individuel comme communautaire, adopter et qui puisse être la traduction (visible, significative) de notre être-disciple de Jésus ?

******************

Si ces questions vous intéressent, nous vous invitons à nous rejoindre le mardi 19 mai 2015 à 20h (le lieu sera précisé ultérieurement) pour poursuivre la discussion !

Il n’y aura pas d’interro sur le contenu du présent article 😉 !

Un commentaire sur « Vivre et annoncer l’Évangile en Église : texte de l’abbé Marcel Villers »

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