Es-tu celui qui doit venir ? Réjouissez-vous !

prison esprit

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 3ème dimanche de l’Avent

Année A : Mt 11, 2-11, Theux, le 11 décembre 2016

Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? 

Lorsque l’on est au fond du trou, écrasé par la maladie ou les difficultés de l’existence, lorsque l’on se retrouve seul, abandonné même de ceux qui partagent votre vie, lorsqu’il n’y a plus d’issue visible, reste à attendre le Messie, dit-on. Ce personnage mystérieux, tout-puissant, capable d’inverser le cours des choses et de nous sortir du trou.

En politique, c’est l’homme providentiel qui va remettre de l’ordre et rendre sa fierté et sa prospérité au pays. Ils sont nombreux aujourd’hui ces hommes politiques qui vont tout régler, au moins en paroles et en promesses.

Pour les hommes religieux, c’est Dieu, le sauveur qui va manifester sa puissance et nous libérer de tout ce qui nous entrave et nous écrase.

Prenez courage, ne craignez pas, proclame le prophète Isaïe.

Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu.
Il vient lui-même et va vous sauver.

C’est ainsi que Jean, du fond de sa prison, attend le Messie.

Comme lui, nous pensons que le Messie, c’est celui qui changera les pierres en pains. À coup de miracles, tout tombera du ciel. Le Messie triomphera. Tous les peuples l’acclameront. Toutes les nations lui seront soumises.

Telle est notre image de celui qu’on nomme « messie » : un roi tout-puissant, un sauveur, le grand magicien, en somme. Celui qui réglera tous nos problèmes d’un coup de baguette. Et surtout : à notre place.

Alors un bonheur sans fin illuminera les visages, allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront, écrit Isaïe.

Le monde parfait, le bonheur pour tous, terre nouvelle et ciel nouveau.

Telle est l’œuvre attendue du Messie. Après son passage, le monde aura changé.

Les Juifs attendent le Messie. Nous, chrétiens, croyons qu’il est déjà venu.

Mais comment savoir ?

Voici ce qu’un sage juif nous répond.

Un matin, un vieux rabbin appelle son disciple et lui demande d’ouvrir les fenêtres, puis de décrire ce qu’il voit. Et le disciple de décrire le paysage de tous les jours, les arbres, un paysan qui passe, des enfants qui jouent.

Tu peux refermer les volets, dit le vieux rabbin. Le Messie n’est pas venu, puisque le monde n’a pas changé.

N’est-ce pas aussi ce que pense Jean-Baptiste de Jésus : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? 

Jésus, en effet, n’est pas le roi dominateur et tout-puissant espéré. Il ne vient pas chasser les Romains et délivrer ainsi son peuple. Il ne revendique pas le pouvoir et le pain ne tombe pas du ciel.

N’est-ce pas aussi ce que nous pensons, surtout quand nous connaissons malheur et souffrance, échec et solitude ?

J’ai beau prier tous les jours et il ne me guérit pas, me disait en pleurant une malade.

Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? 

Revenons à la réponse de Jésus : Allez annoncer ce que vous entendez et voyez.

Et qu’entendons-nous ? Que voyons-nous ? Tout simplement rien.

Nous n’entendons rien de nouveau, nous ne voyons rien de changé. Nous sommes sourds et aveugles. Mais justement, c’est cela que Jésus est venu changer : nous ouvrir les yeux et les oreilles pour que nous puissions voir et entendre.

Avec Jésus, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent.

C’est d’abord nous, les aveugles, les sourds, les boiteux.

Ouvrez vos yeux et vos oreilles, mettez-vous en route et : Allez rapporter à Jean (c’est-à-dire, à ceux qui doutent), ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. 

C’est Jésus, la Bonne Nouvelle pour les pauvres, les prisonniers, les aveugles, les opprimés, ceux qui ont faim, qui pleurent, sont haïs et rejetés. Tous ces « pauvres » sont heureux parce que Dieu, en Jésus, se fait proche d’eux.

Jésus se manifeste ainsi comme un être de compassion, reflet de la miséricorde de Dieu pour tout être humain.

C’est la miséricorde, la compassion active qui change le monde. Regardons toutes ces associations qui, chez nous et près de nous, discrètement mais efficacement, réparent des vies, relèvent des êtres effondrés, rendent espoir aux sans-logis, sans-travail et permettent ainsi de nouvelles naissances.

Ainsi en est-il de deux associations que nous sommes invités à soutenir : à Welkenraedt où l’on réunit des femmes de différentes cultures pour leur donner la parole et les sortir de leur isolement ; à Hodimont, plaine de jeux et école de devoirs pour enfants et jeunes du quartier très multiculturel.

A nous de voir et entendre le blé qui lève, le Royaume en marche, le Messie à l’œuvre.

Ouvrez les volets, nous dit le vieux rabbin. Le Messie est venu, puisque le monde change.

Soyons dans la joie. Noël approche !

Abbé Marcel Villers

sourire-arc-en-ciel

P.S. Merci à Jean-François Kieffer pour ses jolis dessins !

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