Qu’est-ce qu’une abbaye ?


Les abbayes naissent avec le monachisme au IVe siècle en Orient, avant de s’étendre de manière phénoménale au cours du Moyen Âge en Occident. Dirigées par des abbés ou des abbesses (le mot provient du syriaque abba, (père), ces édifices religieux forment les établissements majeurs des ordres monastiques. C’est à partir du XIe siècle, en plein âge d’or du monachisme, qu’elles prennent un essor considérable. 

Les abbayes sont des monastères composés de moines (moniales) ou de chanoines qui respectent la règle d’un ordre monastique (les principaux étant les ordres des bénédictins, des cisterciens et des chartreux). Ses bâtiments se conforment à une règle architecturale précise qui peut légèrement varier en fonction des différents ordres. Le bâtiment central de l’abbaye est son église, l’abbatiale, autour de laquelle se structure l’ensemble du monastère. On trouve ensuite le cloître, qui la jouxte généralement, puis les salles communes : la salle capitulaire, l’infirmerie, le noviciat, la bibliothèque, le cellier, le parloir… À ces différents espaces s’ajoutent les bâtiments et les terrains nécessaires à l’exploitation agricole assurant l’autonomie de l’abbaye.

Les abbayes sont évidemment des lieux de spiritualité intense. Elles ont alors un rayonnement incroyable, sont des foyers de recrutement pour l’épiscopat et des réservoirs de missionnaires. Mais elles sont également des puissances temporelles majeures dans l’Europe médiévale. Par leur taille, leur nombre, leur superficie et le travail inlassable des moines, elles jouent un rôle économique central dans l’économie du Moyen Âge. Travailleurs insatiables, les moines exercent tous les métiers : paysans, bergers, boulangers, artisans. Certains se retrouvent même dans les mines ! Les abbayes ont ainsi contribué au développement économique du continent européen. À cette dimension, s’ajoute celle de transmission culturelle par ses nombreux moines copistes, dans un temps qui ne connaît pas l’imprimerie. La musique y a sa place et atteint des sommets d’harmonie avec le chant grégorien. La médecine est également pratiquée et transmise par l’utilisation de plantes que les moines font pousser dans le jardin médicinal.

L’organisation des abbayes est très hiérarchisée, condition nécessaire à la viabilité de ces communautés. En dessous de l’abbé, on retrouve le prieur chargé de le seconder, les doyens qui ont un rôle de conseil, le cellérier chargé de l’administration, le connétable qui gère les écuries, l’hospitalier pour accueillir les voyageurs de passage, l’aumônier qui distribue l’aumône pour les pauvres… Les abbayes les plus puissantes, comme l’abbaye de Cluny, peuvent compter jusqu’à 1000 moines. Pour étendre leur influence à la fois religieuse et économique, elles créent des prieurés dépendants de l’établissement mère. Ce sont de petites communautés monastiques de 20 à 30 membres environ. Certaines abbayes peuvent ainsi compter jusqu’à 200 ou 300 prieurés. Dans la société féodale, les abbés et abbesses se partagent avec les seigneurs et les évêques la souveraineté sur le territoire européen et s’inscrivent pleinement dans ce système de suzeraineté qui régit alors tous les rapports de pouvoir. Elles ont donc une autonomie juridique et économique qui fait des abbayes plus que de simples monastères.

Entre le XIVe et le XVIe siècle, elles connaissent cependant un lent déclin par l’abandon de leur rôle social dans une économie qui commence alors à s’urbaniser. Leur modèle économique, presque exclusivement agricole, périclite face à ce développement. C’est au XVIIe siècle que l’on assiste à une certaine renaissance du monachisme français avant que la Révolution française de 1789 ne le frappe durement et transforme de nombreuses abbayes en bâtiments publics (prisons, écoles…) ou privés. Malgré cela la vie monastique s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui et les abbayes, même si elles ont évidemment perdu de leur superbe, restent encore pour certaines des lieux majeurs de la spiritualité catholique.

D’après un article de Benjamin Fayet
paru sur Aleteia, le 27 août 2017

P.S. Merci à Louise Libert pour sa photo de l’abbaye de Jodoigne

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