L’Esprit ou la chair



Edouard de Guzman, Jésus et les douze apôtres

 Homélie de l’abbé Marcel Villers pour le 21e dimanche du temps ordinaire. Année B. Jn 6, 60-69. Theux le 26 août 2018.

Voulez-vous partir, vous aussi ?
Le moment est crucial. Aussi bien pour Jésus que pour ses disciples.
Jésus risque de se retrouver seul.
Les disciples sont devant un choix capital : poursuivre avec Jésus ou le quitter.

C’est que Jésus scandalise. Il est, au sens propre du mot, « ce sur quoi on trébuche. »
Sa parole est rude ! Qui peut l’entendre ?

Quel est le scandale auquel les disciples ont succombé ?
C’est celui de l’incarnation.
Jésus affirme qu’il est « descendu du ciel », autrement dit qu’il est d’origine divine. Souvenez-vous de ses paroles : je suis le pain vivant descendu du ciel. Les disciples ne peuvent concilier cette prétention avec ce qu’ils savent de lui, n’est-il pas le fils de Joseph ? Nous connaissons son père et sa mère. (6,41)

L’incarnation est pierre d’achoppement. Jésus, cet homme bien concret, historiquement situé dans la Palestine du premier siècle, est le fils de Dieu, Dieu lui-même. Jésus est vrai Dieu et vrai homme, sans confusion ni séparation. Scandale, blasphème pour les adversaires de Jésus ; mais aussi scandale pour ses propres disciples, ceux qui le suivent et partagent sa vie depuis tout un temps. Scandale pour chacun de nous.
Sa parole est rude ! Qui peut l’entendre ?

Et voilà que Jésus, au lieu d’apaiser le scandale, le radicalise.
Cela vous scandalise ? dit-il à ses disciples. Qu’en sera-t-il quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant, autrement dit « au ciel » ? Si les disciples sont scandalisés par l’incarnation, ils le seront encore davantage lors de l’élévation de Jésus sur la croix assimilée à un retour vers Dieu. Comment admettre que la croix soit le chemin de sa montée aux cieux ?

Il est grand le mystère de la foi !

Oui, mais comment comprendre le destin de Jésus sans succomber au scandale ?
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien, affirme Jésus. Autrement dit, seul l’Esprit, c’est-à-dire, l’action de Dieu lui-même, peut susciter une juste compréhension de la personne et de la trajectoire de Jésus. Réduit au regard objectif, la réalité du monde de Dieu et celui de la foi sont indéchiffrables et donc incompréhensibles.

Jésus provoque la crise, c’est-à-dire le moment du choix décisif : vivre selon l’esprit ou la chair.
Les disciples sont mis au pied du mur. Et nous avec eux.
Voulez-vous partir, vous aussi ?

En réponse, trois positions sont présentées. Elles sont toujours d’actualité parmi ceux et celles qui se déclarent chrétiens.

Certains sont scandalisés par les prétentions de Jésus, sa parole est trop rude. A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.
Ils sont nombreux aujourd’hui les baptisés, les chrétiens déclarés à avoir cessé de croire en Jésus. Ils ont disparu de nos rassemblements. Il est vrai que la raison objective qui domine nos mentalités ne laisse pas de place à l’homme intérieur. Le christianisme conformiste d’hier n’a privilégié que l’homme extérieur, la chair comme dit Jésus.

D’autres, comme Pierre, demeurent fidèles à la personne et au destin de Jésus, venu du ciel et remonté auprès du Père céleste.
Nous croyons et nous savons que tu es le saint de Dieu. Seul l’homme intérieur qui a approfondi sa foi est capable de se laisser saisir par l’Esprit. C’est que, comme le dit Jésus, personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné du Père. Car la chair n’est capable de rien.
La foi est bien un don de Dieu.

Enfin, il y a Judas, celui qui livra Jésus. Comme lui, nombreux sont ceux et celles qui ont été choisis par le Christ, mais ont un jour renié celui qu’ils ont servi et aimé. N’oublions pas que nous aussi pouvons en être ? Qui, en effet, peut être assuré de sa décision de croire ? La foi n’est pas une propriété, une possession.

Reste à chacun de se situer en écoutant la question posée par Jésus.
Voulez-vous partir, vous aussi ?

Puisse la réponse de Pierre devenir la nôtre : Seigneur, à qui irions-nous ?

Abbé Marcel Villers

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