L’expérience de l’absent

Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais… je pars vers le Père. 

C’est bien la première expérience que nous avons de Jésus : son absence. Celui que nous aimons, celui en qui nous croyons, celui qui donne sens à notre vie, celui-là, il est pour nous d’abord un absent. Et plus nous l’aimons, plus nous ressentons douloureusement son absence.
Thérèse de Lisieux parle de « nuit » pour traduire la détresse qui l’habite au cours des dix-huit mois qui précèdent sa mort.
Mère Teresa, la sainte de Calcutta, a passé la plus grande partie de sa vie dans l’obscurité de la foi. Dans des lettres, elle évoque « le tunnel », les « tortures de la solitude », « la terrible obscurité en moi, comme si tout était mort ».

N’est-ce pas la situation normale du chrétien, celle qu’évoquent de nombreuses paraboles de Jésus : le Maître est parti. Jésus est d’abord celui qui nous échappe, celui qui reste l’insaisissable. Sans cela, y aurait-il place pour la foi ?
Nous prions Jésus avec ferveur, mais cela ne fait qu’augmenter le désir de sa présence. Et voilà que la prière nous laisse sur notre faim, souvent encore plus seuls. Pourtant, nous le savons bien : nul ne peut voir Dieu, encore moins l’atteindre ou l’étreindre. Toujours, et par définition, il nous échappe. Jésus aussi.
Serions-nous condamnés à être des gardiens de musée ou de cimetières, ces lieux où l’on entretient le souvenir des disparus ? Est-ce cela être chrétien : des nostalgiques de Jésus ?

Si quelqu’un m’aime, nous répond Jésus, il gardera ma Parole. Bref, il me sera fidèle. Voilà en quoi consiste l’être chrétien. Les chrétiens sont des fidèles. Être fidèle, c’est d’abord avoir un lien avec quelqu’un, lien personnel, lien fait de confiance et de durée. Le chrétien, c’est un fidèle de Jésus avec qui il est lié par une relation personnelle, la plus profonde qui soit : l’amour.

Si quelqu’un m’aime, répète Jésus, il gardera ma Parole. Fidèlement. Qui dit fidélité, ne dit pas répétition servile ou mécanique. Souvenons-nous de la parabole des talents. Le Maître est parti et ses ouvriers doivent garder fidèlement les talents reçus. À son retour, le Maître appelle « fidèles serviteurs » ceux qui ont fait fructifier la somme reçue, mais pas celui qui la restitue telle quelle, qui l’a conservée intégralement.
C’est la Parole de Jésus, son Évangile, que nous avons reçu en dépôt. Lui, absent, que devons-nous en faire ? Si quelqu’un m’aime, nous répond Jésus, il gardera ma Parole.
Cela veut dire non pas la conserver « au frigo », ni la consommer, mais lui faire porter du fruit, la développer, faire surgir toutes ses potentialités. Mettre à profit l’absence du Maître, c’est faire éclater les richesses nouvelles de sa Parole. Bref, être créatif. La fidélité n’est pas dans la répétition, mais dans la fécondité.

Voilà pourquoi le Père nous envoie l’Esprit-Saint. L’Esprit-Saint, dit Jésus, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
Fidélité à Jésus, à sa Parole. Oui, mais on n’est pas chrétien aujourd’hui comme hier. Toujours, il faut sortir du neuf de l’Évangile afin de répondre aux besoins des temps nouveaux. C’est l’œuvre de l’Esprit-Saint qui fait de nous des fidèles, non de la lettre, mais de l’esprit de Jésus. Cela grâce à l’amour.

Car si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole.

Abbé Marcel Villers
Homélie pour le 6ème dimanche de Pâques, Theux, le 26 mai 2019

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