Notre Curé nous parle – 28 juin 2020

En ce début d’été, Jean Le Baptiste

En ce début d’été, nous avons pris l’habitude de nous tourner ensemble vers le saint patron de notre Unité paroissiale : St Jean-Baptiste. Sa fête qui coïncide avec le solstice d’été nous rappelle à travers les merveilles de la nature que le point culminant de nos chemins de vie, que la lumière unique qui les éclaire est le Christ. Toutefois, le Christ est bien entré dans la gloire, dans la communion du Père. Sa divinité nous le rend pour une part inaccessible. C’est pourquoi nous avons besoin de médiation, d’intermédiaires pour le rejoindre. Enfin plutôt pour le laisser nous rejoindre. Ce sont notamment les prophètes. Heureux sommes-nous d’avoir pris pour compagnon Jean Le Baptiste : « le plus grand de tous les prophètes et le plus petit dans le Royaume des Cieux ». Il est bien « la voix qui crie dans le désert… préparez les chemins du Seigneur ».

Peut-être qu’encore aux prises avec les conséquences du confinement, peut-être qu’habités par la crainte légitime de l’ennemi invisible, peut-être que simplement isolés, ralentis par l’âge ou la maladie, nous nous demandons comment pouvons-nous être actifs pour le Royaume ? Comment aujourd’hui « préparer les chemins du Seigneur » ?

Je vous invite à accueillir cette parole de Danielle Rapoport : « Avons-nous d’autre choix que d’affirmer ces fragilités de nos existences à reconstruire, mais qui nous ont tant enrichis ? Nous, les vieillissants, abordons des contrées que nous serons seuls à connaître. Personne devant nous pour nous guider, pas de mode d’emploi. Tout est à faire, à penser, à construire. Nous devenons, dépouillés d’artifices, les aventuriers et les aventurières de « ce temps qui reste », le nôtre, dont nous nous devons de prendre soin pour qu’il soit et devienne » (ex L’aventure au coin de la ride. Eres). Cette parole n’est-elle pas un cadeau, une sérieuse invitation à prendre en compte ? Son contenu est tellement essentiel qu’il peut être transposé, paraphrasé pour tous les âges… Que faire du temps qui nous est donné ? Ou comment être dans cet âge qui se propose ? Tous, nous sortons marqués par les trois derniers mois. Rien ne sera plus comme avant pour nous. Même si l’air se remplit d’appels à consommer pour sauver l’économie ou à profiter à fond des vacances ? Même et surtout parce qu’on n’entend trop peu d’appels à veiller sur son prochain, à avoir des transports en commun gratuits, à obtenir des denrées locales et durables, à préparer les emplois de demain…

Où que nous soyons sur notre route d’humanité, le Christ nous interpelle : « celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi ! ». Parole forte et exigeante qui peut s’entendre littéralement : « celui qui ne saisit pas sa croix glorieuse (stauros en grec dressé, debout) et ne m’accompagne n’est pas digne de moi ! ». En d’autres termes, que faisons-nous de l’espérance et de l’amour que Dieu nous porte en Jésus ? Car «  qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète, qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste » (Mt 10. 37-42). Pour mieux comprendre et intégrer ce que c’est que cet accueil, la liturgie de ce dimanche nous propose de faire un détour par le deuxième livre des Rois où le prophète Élisée nous est présenté comme accueilli par une femme, une épouse stérile (2R 4, 8-11;14-16a). Regardons cette femme riche qui use de sa richesse non pour faire valoir un statut mais pour développer l’accueil du prophète dans la qualité, le respect et le temps. Que demande-t-elle en retour ? Rien. Son don est gratuit et sans arrière-pensée. Elle ne cherche même pas à mettre en avant sa souffrance légitime de ne pas être mère. Lorsqu’Élisée l’interroge (ce qui est coupé dans le texte liturgique) apparaît le fond de son cœur, sa philosophie de vie… « Voici que tu t’es donné beaucoup de peine pour nous. Que peut-on faire pour toi ? Faut-il parler pour toi au roi ou au chef de l’armée ? Mais elle répond : « Je vis tranquille au milieu des miens ».

Cette déclaration ne signifie pas : « j’ai la paix et j’ai envie de la garder ! ». La tranquillité de la femme est un signe d’harmonie, d’unité et de communion… avec les siens et avec elle-même. Son drame d’épouse sans être mère ne l’a pas ébranlée. Sa qualité d’accueil en témoigne davantage que son propos. Puisqu’elle n’a pas d’enfant, sa fécondité se manifeste dans sa prévenance pour autrui. Et c’est ainsi qu’elle va être amenée à accueillir un saint homme de Dieu, un prophète, en quelque sorte le Seigneur lui-même. De cette rencontre, une fécondité nouvelle jaillira puisqu’un enfant est annoncé…

Cet épisode nous met en garde de ne pas prendre au pied de la lettre les propos de Jésus, le prophète de bonheur : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi… ». Ceci n’est pas une attaque contre la vie de famille, c’est une clé. Comment entrer et demeurer davantage dans des relations de qualité ? Des relations de proximité où la gratuité a sa place ? En allant à la source où nous conduisent les prophètes et Jésus, en allant auprès de Dieu. Enfin en l’accueillant, en le laissant venir à nous comme il veut, comme il est. Lui faire ainsi hospitalité est le respecter infiniment, c’est cela vivre « dans la crainte de Dieu » comme disent les Écritures.

Ainsi « donner un simple verre fraîche », comme donner de son temps, de « sa richesse » est occasion d’accueil de Dieu et de ses prophètes dans la gratuité de l’amour véritable, un amour qui ne possède pas, un amour qui n’écrase pas, un amour qui n’utilise pas, bref cet amour dont st Paul décrit tous les attributs et dont le texte est souvent repris aux célébrations de mariages.

A cause de l’écriture, ou plutôt grâce à elle, nous avons été appelés à l’hospitalité envers les « prophètes », les « envoyés de Dieu » dont la venue sous des traits inattendus peut nous déconcerter. Cependant telle est la dynamique par laquelle nous devenons à notre tour de prophètes, modestes certes, mais bien réels et concrets.

En guise de conclusion, je souhaite vous partager ce constat encourageant, encourageant dans une société livrée à l’individualisme et au consumérisme. « L’égoïsme est une pente possible de l’individualisme. Mais il y en a d’autres. La multiplication des associations et le développement du bénévolat dans notre société contemporaine en sont la preuve. L’idée qu’avant tout allait mieux est un mythe. Aujourd’hui, des millions de personnes se battent pour les autres. Si le consumérisme et l’individualisme signifiaient la disparition de ce qu’il y a d’humain en l’homme, comment expliquer ces bénévoles ? » déclare avec audace le philosophe Gilles Lipovetsky (La Vie n°3900 p79),

Paroles osées parce que porteuses d’espérance. Paroles prophétiques. En quelque sorte une mise à jour de celles du Christ. L’essayiste complète : « les bénévoles manifestent que la consommation ne peut fournir le bonheur essentiel de se sentir utile aux autres… Plus le matérialisme domine objectivement l’organisation du monde, plus les quêtes individuelles augmentent. Les gens continuent à croire en un principe supérieur ».

Secoués sans doute par le prophète de Nazareth mais sûrement réconfortés par la visite (les visites) du Dieu de tendresse, comme la femme de Sunam qui accueillit Élisée, avançons dans cette semaine avec espérance. Là où nous nous sentirons utiles, là où nous serons bénévoles, là nous serons prophètes de bonheur.

Jean-Marc,

votre Curé.

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