Notre Curé nous parle – 19 juillet 2020

Notre unité mais notre diversité dans l’attachement au Christ

Il y a 75 ans, le 8 juillet 1945, paraissait le premier numéro du magazine La Vie qui s’appelait alors La Vie catholique illustrée. L’éditorial non signé mais inspiré par George Hourdin, cofondateur avec Ella Sauvageot, portent ces mots étonnants aujourd’hui : « Le journal informera d’abord sur les manifestations de la hiérarchie et des œuvres catholiques… et sur ce qui s’accomplit d’important dans notre France chrétienne et dans l’Église universelle ». Le même éditorial mentionne : « l’attachement au Christ unit profondément les chrétiens en dépit des divergences et des opinions que les passions politiques voudraient susciter pour notre malheur ». La photo de couverture présente le visage marqué par la souffrance d’un Christ en croix en bois sculpté du XVIème siècle, œuvre aujourd’hui encore visible dans la cathédrale de Perpignan.

Je témoigne ici que ce périodique a nourri et éclairé mon attachement au Christ Jésus depuis le début de ma vie professionnelle. C’est en effet fin 1983, au temps de mes premiers salaires, que je m’abonne à l’hebdomadaire. Hebdomadaire qui participe encore aujourd’hui à alimenter ma réflexion, soutenir mon engagement. Hebdomadaire qui, en contre point de l’Écriture, me donne de l’espérance au fil des événements. Que ne m’a-t-il pas apporté lors de la crise du confinement ? Ce sont d’ailleurs les analyses et réflexions de ce journal sur la pandémie et ses effets qui m’ont donné envie de partager dans ce gribouillage que vous lisez depuis quelques mois maintenant.

L’anniversaire de La Vie est l’occasion pour Jean-Pierre Denis, directeur de rédaction depuis 14 ans, de faire ses adieux pour s’ouvrir à une vie professionnelle autre. Je resterai à jamais marqué par ses éditos empreints de lucidité, de vérité et surtout de force d’interpellation dans les nuances et la bienveillance. Ses propos, quoique parfois franco-français, m’ont toujours apporté de cette petite lumière espérance même dans l’actualité la plus sombre. Oui, avec ce départ, une page se tourne pour moi aussi.

Un journal, une ligne éditoriale dont l’intuition de départ faite de « théologie où l’enseignement évangélique et ecclésial, …, s’accordait aux exigences contemporaines » (Pierre Pierrard) se transmet, une présentation qui évolue jusque sur la toile aujourd’hui, une équipe journalistique qui se renouvelle dans « une certaine tradition », n’est-ce pas un bel outil de communion qu’il faut saluer et reconnaître en son anniversaire ? Parmi tant d’autres, parmi tous ceux qui suscitent et nourrissent l’attachement au Christ dans un quotidien qui petit à petit, devient de l’histoire. Cette chronique modeste est encore loin de souffler une bougie. Cependant ce qui me motive à la poursuivre est la communion qu’elle crée entre nous qui devons être quelques dizaines, je pense. Les échos réguliers que je reçois de notre assemblée sur le net me disent notre diversité mais surtout notre unité dans l’attachement au Christ.

Être attaché au Christ est bien recevoir et porter une lumière, je viens de l’évoquer à travers le jubilé d’un journal. Mais cet attachement prend autant de formes diverses que nous sommes de disciples dans ce monde. Jésus, avec sa parabole du semeur et son interprétation, nous convoquait la semaine dernière à être et devenir d’authentiques disciples. «  Le grain tombé dans la bonne terre produit l’un trente, l’autre soixante, celui-là cent pour un ». La fécondité du disciple vient d’abord des semailles, du laisser-faire qui enracine la Parole. Là demeure la source de notre engagement. L’image qui m’habite est celle du tubercule, du bulbe ou du rhizome qui demeurent enfuis dans la noirceur de la terre. De l’obscurité sort la vie dans son foisonnement. Pensons aux tulipes et aux lys. Fleurs belles mais fragiles et tout aussi éphémères. Que viennent un orage, des insectes ravageurs, que passent simplement les jours, fleurs et tiges disparaissent parfois sans laisser de graines. Toutefois, la base est toujours là, enfouie dans l’obscurité de la glèbe. La vie apparemment vaincue est prête à resurgir. Elle tirera sa force de la racine nourrie de l’extérieur, mystérieusement. Ainsi en va-t-il de notre attachement au Christ ! C’est dans la nuit de la foi que Dieu s’approche, nous nourrit… Oh la foi, nous pouvons toujours savoir que nous l’avons, plus ou moins. Même les doutes et les manquements reconnus (péchés) sont signes de sa présence… Mais au-delà ? Qui peut dire, en toute honnêteté, qu’il est dans l’amour, qu’il agit dans la charité, amour gratuit reçu et partagé ? Cette question renvoie à la simple humilité. Quand et comment savons-nous que nous sommes humbles, que nous sommes cet humus qui permet à Dieu de s’exprimer, d’exister à travers nous ?

Par ailleurs, avez-vous remarqué que la question n’est pas d’avoir la foi, la charité ou encore l’espérance, la question est d’être dans… !? Il ne s’agit pas d’acquérir des biens fussent-ils spirituels – voire divins – les trois vertus sont théologales, de Dieu, donnés par Dieu. Il s’agit de se laisser prendre, travailler par… Un peu comme le bulbe de pomme de terre se gorge et se développe par les nutriments du sel. Son existence est nourrie de l’extérieur. Il ne peut être par lui-même et encore moins porter le moindre germe sans une force venue d’ailleurs.

Saint Ambroise de Milan écrit : «  Aussi rappelle-toi que tu as reçu l’empreinte de l’Esprit : Esprit de sagesse et de discernement, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de piété, Esprit de crainte du Seigneur et garde bien ce que tu as reçu. Dieu le Père t’a marqué de son empreinte, le Christ Seigneur t’a confirmé et il a mis l’Esprit dans ton cœur comme un premier don… ». Quand mon activisme me pousse à foncer, quand mon esprit qui se croit raisonnable s’agite et imagine, quand bien même j’éprouve des lumières et des consolations, l’Esprit me conduit vers le Seigneur dans l’humilité, par la Crainte. La pomme de terre connaît-elle l’immensité du champ et le lys la splendeur du jardin ? Certes non, mais moi, oui. Cependant qui suis-je pour sonder l’insondable, voir l’invisible ?

Dans la finale de son roman Sous le soleil de Satan, Bernanos fait dire au maquignon (le diable) : « Je  t’ai tenu sur ma poitrine, je t’ai bercé dans mes bras. Que de fois encore tu me dorloteras, croyant presser l’autre sur ton cœur ! Car tel est ton signe. Tel est sur toi le sceau de ma haine ». Dans la vie de foi et de prière, il importe de se méfier des fausses lumières voire surtout de nous-même qui, par amour propre, risquons de nous placer sous le mauvais étendard (St Ignace).

Cependant, avec le combat spirituel, il y a surtout la réalité de Dieu qui nous dépasse. Fabrice Hadjajd nous éclaire avec l’aide de maîtres en la matière : « la vraie foi fait donc entrer dans le doute non pas de Dieu mais de soi ». Il cite alors Augustin (Confessions, X, 33) : « Seigneur mon Dieu, sous vos yeux, je suis devenu pour moi-même une question. » En évoquant l’humilité, il reprend de Jean de la Croix (Les précautions) : « qui s’appuie sur soi-même est pire que le démon » et poursuit : « et cela vaut encore pour qui s’appuierait sur soi pour se mettre à terre, se réduire à rien… L’humilité véritable n’est pas de se rabaisser. Elle est de se laisser relever par Dieu. Et c’est là le plus difficile. Elle est ensuite de relever les autres à ses yeux. Et c’est là le plus douloureux » (La foi des démons…, p 273-274).

Ce dimanche, Jésus  nous revient avec des paraboles aux couleurs des champs ou d’odeurs de cuisine: le bon grain et l’ivraie, la graine de moutarde, le levain dans la pâte (Mt 13.24-43). Je ne pense pas que cela est dû au hasard mais à sa bonté et à sa miséricorde. De même que nous nous sommes entraînés déjà un peu avec la Parole du semeur, préparons-nous à accueillir ses semences de vie dans notre bonne terre. Ce jeudi, la liturgie proposait la mémoire de Notre Dame du Mont Carmel. Le Carmel, là où Élie se laissa rencontrer par Dieu, Marie, elle « qui gardait toute chose en son cœur ». Cette fête nous offre cette hymne comme piste et invitation : « En toute vie le silence dit Dieu, tout ce qui tressaille d’être à lui ! Soyez la voix du silence en travail. Couvez la vie, c’est elle qui loue Dieu… Il suffit d’être et vous vous entendrez rendre grâce d’être et de bénir ; vous serez pris dans l’hymne de l’univers. Vous avez tout en vous pour adorer. Car vous avez l’hiver et le printemps en vous. Vous êtes l’arbre en sommeil et en fleurs. Jouez pour Dieu des branches et du vent. Jouez pour Dieu des racines cachées ».

Bonne semaine faite de silence, de louange et de joie.

Belle semaine par la grâce de la foi, de la charité et de l’espérance.

Jean-Marc,
votre curé

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