SEMAINE SAINTE : Jeudi-Saint

Jeudi-Saint 

Avant le 4e siècle, il n’y a pas de messe le jeudi saint, l’unique eucharistie pascale est celle de la nuit de Pâques. C’est en Afrique du Nord qu’on commence à célébrer une eucharistie au soir du jeudi saint. A Rome, le jeudi qui précède Pâques est le jour de la réconciliation des pénitents qui les restaure dans leur dignité baptismale et leur ouvre à nouveau l’accès à la table eucharistique de Pâques (A. Nocent, Contempler sa gloire. Semaine sainte, Paris, 1965, p.110.). C’est là que s’origine le sens de l’obligation étendue à tous les fidèles, en 1215 par le Concile de Latran IV, de la confession et communion annuelles, d’où l’expression « faire ses Pâques ».

Pour les baptêmes et confirmations de la nuit de Pâques, il faut consacrer les saintes Huiles et le Chrême nécessaires. Cela se fait pendant la vigile pascale, juste avant les baptêmes, jusqu’au 5e s. où cette consécration par l’évêque, entouré de ses prêtres, est avancée au jeudi matin au cours d’une messe qu’on appellera chrismale.

C’est seulement au 7e siècle, qu’à Rome, apparaît une commémoration de la Cène le soir du jeudi saint. « Il semble qu’il y avait, à partir de cette époque, trois messes à Rome, une le matin avec la réconciliation des pénitents dans chaque paroisse, une à midi célébrée par le pape, durant laquelle on consacrait les saintes Huiles, et une le soir » (Ibidem, p.91). La messe du soir est présentée comme le mémorial de la Cène et s’accompagne du rite du lavement des pieds.

Ce rite apparaît au milieu du 5e s. à Jérusalem, sur les lieux mêmes de l’évènement. Saint Augustin (354-430) connaît le lavement des pieds pratiqué le jeudi saint en imitation du Christ. A Rome, au 7e s., le pape lave les pieds de ses chambellans. Le rite va se répandre de plus en plus à l’époque carolingienne et souligne le caractère sacrificiel de la messe. « On le voit pratiqué dans les cathédrales où on distingue le rite des clercs et celui des pauvres, tout comme dans les monastères. A partir de la fin du Moyen Age, on ne pratique plus que le lavement de pieds des clercs ou des moines. (Ibidem, p.137) » Le rite s’effectue alors hors de l’église et après la messe. Limité durant des siècles aux cathédrales et aux milieux monastiques, il est introduit dans la liturgie des assemblées paroissiales lors de la réforme de la semaine sainte par Pie XII en 1955 ; désormais, le lavement des pieds peut s’effectuer à l’intérieur de la messe, après l’homélie, pour douze hommes.

A partir de 780, Charlemagne impose le sacramentaire romain du pape Hadrien (772-795) qui ne comporte qu’une messe (celle du pape) pour le jeudi saint. Précédée de la réconciliation des pénitents publics, c’est au cours de cette messe que l’évêque procède à la consécration des Huiles. Cette messe devient celle du missel romain et son heure varie entre le matin et le soir jusqu’en 1566 où le pape Pie V (1566-1572) interdit toute messe après-midi (4). La seule messe du jeudi saint a alors lieu le matin jusqu’à la réforme de 1955 qui rétablit une messe chrismale distincte et reporte en soirée la messe in cena Domini. Vatican II et le missel de Paul VI (1970) confirment ces dispositions.

Les deux dernières modifications apportées à la liturgie du jeudi saint. En 1970, Paul VI décide de faire de la messe chrismale la fête du sacerdoce avec la rénovation des promesses sacerdotales. En 2016, à la demande du pape François, le rite du lavement des pieds, réservé jusqu’ici aux seuls hommes, implique désormais de « choisir un petit groupe de personnes qui représente tout le Peuple de Dieu et non pas une seule catégorie ou condition.» Il s’agit ainsi de mettre l’accent sur l’exemplarité et la portée universelle de ce geste d’amour demandé par le Christ. Voilà qui rappelle la richesse symbolique de la messe de la Cène du Seigneur, le jeudi saint. Elle commémore l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, ainsi que le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle.

Abbé Marcel Villers

Illustrations : Lavement des pieds, église de Theux ; Repas eucharistique de S. Köder

Notre Curé nous parle – 19 juillet 2020

Notre unité mais notre diversité dans l’attachement au Christ

Il y a 75 ans, le 8 juillet 1945, paraissait le premier numéro du magazine La Vie qui s’appelait alors La Vie catholique illustrée. L’éditorial non signé mais inspiré par George Hourdin, cofondateur avec Ella Sauvageot, portent ces mots étonnants aujourd’hui : « Le journal informera d’abord sur les manifestations de la hiérarchie et des œuvres catholiques… et sur ce qui s’accomplit d’important dans notre France chrétienne et dans l’Église universelle ». Le même éditorial mentionne : « l’attachement au Christ unit profondément les chrétiens en dépit des divergences et des opinions que les passions politiques voudraient susciter pour notre malheur ». La photo de couverture présente le visage marqué par la souffrance d’un Christ en croix en bois sculpté du XVIème siècle, œuvre aujourd’hui encore visible dans la cathédrale de Perpignan.

Je témoigne ici que ce périodique a nourri et éclairé mon attachement au Christ Jésus depuis le début de ma vie professionnelle. C’est en effet fin 1983, au temps de mes premiers salaires, que je m’abonne à l’hebdomadaire. Hebdomadaire qui participe encore aujourd’hui à alimenter ma réflexion, soutenir mon engagement. Hebdomadaire qui, en contre point de l’Écriture, me donne de l’espérance au fil des événements. Que ne m’a-t-il pas apporté lors de la crise du confinement ? Ce sont d’ailleurs les analyses et réflexions de ce journal sur la pandémie et ses effets qui m’ont donné envie de partager dans ce gribouillage que vous lisez depuis quelques mois maintenant. Lire la suite « Notre Curé nous parle – 19 juillet 2020 »