La chronique de notre Curé du 6 juin 2021

Une table ouverte à tous

Ce dimanche, nous serons peut-être un peu surpris d’être plongé par l’Évangile (Mc 14.12-26) dans la Dernière Scène, à l’entrée dans la Passion ! Nous qui venons de sortir du temps pascal ! Cependant, cette année, la fête du Corps et du Sang du Christ arrive à point nommé. Le déconfinement s’amorce et nous y avons sans doute pris des habitudes. Habitudes qui enlèvent de fait beaucoup de force symbolique au mystère que nous célébrons dans l’eucharistie. Par exemple, certains ayant fait valoir la constitution concernant la liberté de culte, nous nous sommes trouvés depuis octobre à pouvoir nous retrouver à 15 personnes. Limitation souvent garantie par des inscriptions. Or l’eucharistie n’est-elle pas par nature une table ouverte à tous ? Je ne m’étendrais pas ici sur les mesures sanitaires qui risquent de nous accompagner encore un temps néanmoins rien qu’avec le port du masque et les distances imposées, ne transforment-elles pas nos assemblées en groupe informe alors que nous sommes là pour être peuple de Dieu rassemblé par son Seigneur ?

« En ces jours-là, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses ordonnances. Tout le peuple répondit d’une seule voix : toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique… » (Ex 24.3-8). Moïse prend ici, selon les Écritures, le rôle du scribe qui vient transmettre les ordonnances de Dieu, souverain dans l’initiative de faire alliance. Dieu souverain qui s’est déjà manifesté comme le Dieu des Vivants, le Dieu qui sauve et qui libère. Lire la suite « La chronique de notre Curé du 6 juin 2021 »

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 37. Les pains

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 14, 13-21 du 18e dimanche ordinaire.

37. Les pains rompus

Donnez-leur vous-mêmes à manger. (Mt 14, 16)

Le soir venu, devant une foule immense, rassemblée dans un lieu désert, les disciples ne voient qu’une solution : « Renvoie-les, qu’ils aillent s’acheter de la nourriture ! » (14, 15) Que faire d’autre pour combler la faim de tant de gens ? Mais Jésus refuse : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. » (14, 16)
Alors, Jésus offre une nourriture qui rassasie toute cette foule et qui surpasse ses besoins : « On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. » (14, 20)
Et qui distribue cette nourriture exceptionnelle ? Les disciples réalisant ainsi l’ordre de Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » (14, 16)
Quelle est cette nourriture qu’on ne peut acheter, qui rassasie au-delà de toutes les attentes, qui comble la faim des hommes ? Nous la reconnaissons aux gestes de Jésus. « Il prit les pains, et levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction, rompit les pains et les donna aux disciples. » (14, 19)
L’eucharistie est cette nourriture que l’Église est chargée de donner aux foules humaines.  

La portée sociale de l’eucharistie

En nourrissant l’immense foule des hommes, Jésus nous révèle la puissance de l’eucharistie et sa finalité : la communion, réaliser une humanité conviviale. La multiplication des pains met en lumière la portée sociale et universelle de l’eucharistie, le projet de société et de civilisation qu’elle effectue comme en miniature. Le repas eucharistique est l’anticipation de l’objectif ultime de Jésus et de sa Joyeuse Nouvelle : réaliser le banquet du Royaume de Dieu, réunir toute l’humanité autour d’une même table. Comme le dit une prière eucharistique : « Toi qui nous rassembles autour de la table de ton Christ, daigne rassembler un jour les hommes de tout pays et de toute langue, de toute race et de toute culture, au banquet de ton Royaume ; alors nous pourrons célébrer l’unité enfin accomplie. »

Abbé Marcel Villers

Retour pas seulement à la messe mais à l’Eucharistie

Dans sa réflexion du 31 mai, notre Curé annonçait la publication d’un article d’un moine de Ligugé dans lequel il propose de « passer de la messe à l’Eucharistie ».

Voici ce texte. Il suscite très opportunément notre réflexion à l’heure où nos églises vont rouvrir leurs portes … Bonne lecture !

De la fabrique du sacré
à la révolution eucharistique

Quelques propos
sur le retour à la messe

Frère François Cassingena-Trévedy

C’est décidément chose étrange comme la messe, dans l’histoire religieuse de notre pays, a pu faire l’enjeu de débats et le fait encore, même depuis que l’immense majorité de nos concitoyens a cessé de s’y rendre, au point que l’on peut se demander, parfois, si toute cette chamaillerie épisodique n’entre point parmi les indicateurs de notre identité française. Que l’on songe à la fameuse boutade d’Henri IV converti par diplomatie au catholicisme, dans la perspective de son sacre de 1593 : « Paris vaut bien une messe », ou encore, en plein affrontement de la République et de l’Église à l’aube du siècle dernier, aux non moins fameuses « fiches » du Général André qui portaient éventuellement, sur les cadres de l’Armée, l’indication suivante : « va à la messe ». Alors que la normalisation d’une forme ordinaire et d’une forme extraordinaire du même rite romain (2007) n’a pas encore tout à fait aplani la courbe d’une opposition névralgique entre la « nouvelle messe » (1969) et la « messe de toujours » (?) qui connut chez nous son pic entre 1976 et 1988, la messe s’est trouvée tout récemment au cœur des revendications d’un puissant « lobby » catholique, au spectre complexe, auprès des autorités civiles, injustement soupçonnées de compromissions avec un antichristianisme souterrain et invétéré. Parce qu’elle a fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps, et suscité de nombreuses prises de parole, il m’est venu à l’idée, ou plutôt il me tient à cœur de toucher quelques mots de la messe ou, plus exactement (car la nuance est considérable entre les deux termes), de l’Eucharistie. Ce faisant, j’espère, toujours attentif à tenir mon engagement, rendre quelque service, non seulement à la communauté catholique, mais au monde qui l’entoure et qui doit la considérer parfois, avouons-le, avec une certaine perplexité. Assurément, la messe, passablement estompée du paysage sociologique français et désertée par une masse toujours plus considérable de baptisés officiels, a fait ces jours-ci beaucoup de réclame. Lire la suite « Retour pas seulement à la messe mais à l’Eucharistie »

La vie éternelle est déjà commencée

Homélie de l’abbé Marcel Villers pour le 20e dimanche ordinaire. Année B. La Reid, Theux 18-19 août 2018

Je suis le Pain vivant descendu du ciel.
Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.

« La vie éternelle », pas moins. Bien sûr, nous y croyons et nous le professons haut et clair chaque fois que nous proclamons le Credo : « Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ».

Deux questions se posent. Qu’est-ce qu’une vie éternelle ? Comment pouvons-nous accéder à une vie éternelle ?

Qu’est-ce qu’une vie éternelle ?
Il y a quelques années, l’épouse d’un milliardaire anversois fait jurer à son mari qu’il lui offrira pour dernière demeure, une chambre froide, un congélateur où elle sera conservée à une très basse température en attendant qu’on trouve la recette de l’éternité. Après plusieurs refus de la part d’administrations communales, la ville de Gand autorise la construction du fameux tombeau ou chambre frigorifique. La chère épouse y repose pour ce qu’elle imagine être l’éternité.
Ce fait divers authentique (rapporté par G. Ringlet dans La Croix, 18-19 août 2018) est révélateur d’une interrogation de toujours sur l’au-delà de cette vie. La mort est inéluctable, c’est un fait que nul ne peut nier.
Mais la vie ne peut-elle pas l’emporter ?

C’est un fait aussi que toutes les civilisations humaines ont développé la conviction que la vie se poursuit au-delà de la mort. Les tombes dès la préhistoire, celles des premiers temps de l’humanité, témoignent de cette foi en une autre vie. On équipe le défunt du nécessaire pour continuer à vivre dans l’autre monde : vaisselle, monnaie, outils et mobilier.

Mais s’agit-il de vie éternelle ou de survie éternelle ? L’éternité est-elle la prolongation indéfinie de cette vie ? Et surtout, la vie éternelle est-elle seulement à la fin, à la fin de notre existence ? Et si l’éternité se jouait aujourd’hui ? La vie éternelle est-elle une question de durée ou d’intensité de la vie ? Se joue-t-elle au-dehors ou au-dedans de notre vécu ? L’au-delà que nous réservons à la vie éternelle n’est-il pas plutôt un en-dedans ?

Jésus répond clairement. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.
C’est au présent, c’est maintenant, ici, aujourd’hui que cela se réalise. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour. Cela veut dire simplement qu’en mangeant la chair et en buvant le sang du Christ ressuscité, nos corps eux-mêmes participent à sa condition de ressuscité, portant en eux les germes de la résurrection.

C’est énorme et incroyable à vue de nez. En reliant le pain vivant et l’au-delà, l’évangile nous enseigne que la vie éternelle n’est pas une affaire de prolongation. C’est dès aujourd’hui, l’éternité. On n’enferme pas l’éternité dans une chambre froide, ni dans un demain hypothétique. On n’emprisonne pas la résurrection dans un tombeau.

Je suis le Pain vivant descendu du ciel. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.
Comment cela peut-il se faire ? Rien d’autre que tendre la main et recevoir, dans la foi, le don de Dieu. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique. C’est lui qui nous est donné, c’est lui que nous recevons lorsque nous communions. Avec lui, c’est la vie divine, la vie éternelle qui nous est offerte.

Tel est le pain qui descend du ciel : il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement.

Abbé Marcel Villers