Clés pour lire l’évangile de Jean : 41. Communier

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus s’offre en nourriture : Jn 6, 51-58 du 20e dimanche ordinaire.

41. Communier

« Comment celui-là peut -il nous donner sa chair à manger ? » (Jn 6,52)

« Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » (6, 51) est la réponse à l’interrogation : comment cela est-il possible ? Cette question est comme un signal de l’évangéliste. Pour comprendre, il faut changer de registre, passer à un autre plan, quitter celui du réalisme pour entrer dans l’ordre de la foi et des réalités ultimes.

« Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (6, 56) Voilà qui dit ce dont il est question dans la communion. Communier, c’est habiter le Christ et le laisser nous habiter, corps et âme. De sorte que nous formons tous le grand Corps du Christ. Le pain que nous mangeons est le Corps du Christ, comme dit le prêtre en donnant la communion. L’assemblée que nous formons, tous unis par notre communion avec Lui, est le Corps du Christ, l’Église. Ce Corps du Christ, Teilhard de Chardin le voyait comme l’achèvement du phénomène humain. Cette communion universelle des humains est fondée sur le don, ce corps livré et ce sang versé par Jésus.

 La chair du Fils de l’homme

Les Juifs s’avèrent incapables de comprendre le propos de Jésus car ils donnent un sens matériel à « chair » (sarx en grec) qui désigne l’être humain dans sa fragilité, son caractère mortel. Appliqué à Jésus, ce terme manifeste la vérité, le réalisme de l’incarnation : « le Verbe s’est fait chair ». Ainsi, la « chair » que Jésus donne à manger, le sang qu’il faut boire pour avoir la vie sont inséparables de tout l’être concret de Jésus, ses actes, ses paroles. Réalisme du don de la vie de Jésus, mais il s’agit de « la chair du Fils de l’homme et de son sang ». Or ce Fils de l’homme vient d’ailleurs et ne peut être le lieu d’une interprétation naturelle. La manducation de la chair et du sang permet une communion, une interpénétration avec Jésus qui est dans l’ordre de la foi. Bref, l’acte liturgique de la communion eucharistique est l’expression concrète et significative de l’acte de foi en Jésus, don du Père de vie.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 39. Pain de vie

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus invite à la foi : Jn 6, 24-35 du 18e dimanche ordinaire.

39. Le pain de vie

« Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. » (Jn 6,27)

Pourquoi les foules cherchent-elles Jésus ? « Vous me cherchez parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. » (6,26) Souvent, nous aussi cherchons Jésus, non pour lui-même, mais pour le pain, le bénéfice que nous pouvons en retirer. Nous nous rendons alors incapables d’accéder à Jésus. Il nous échappe, comme à la foule. Jésus n’est pas venu pour satisfaire nos besoins, il se situe sur un autre plan : « travaillez pour la nourriture qui demeure. » (6,27) Mais qu’entendre par « travailler » ? « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » (6,29) Ce que Dieu demande, c’est la foi.  Notre véritable travail, c’est croire.

La nourriture qui demeure, le pain de vie, c’est Jésus lui-même et la foi seule permet d’y accéder. « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. » (6,35) Le don que Dieu fait aux hommes, « le pain venu du ciel qui donne la vie au monde » (6,33), c’est Jésus, et Jésus seul.

Le pain du Fils de l’homme que Dieu le Père a marqué de son sceau

« Le Fils de l’homme est, dans la tradition juive, un être personnel ou collectif qui comporte des traits messianiques. Dans l’évangile de Jean, le Fils de l’homme est descendu du ciel pour mettre les êtres humains en communication avec le Père, ce qui est possible puisqu’il vient d’ailleurs. Il sera élevé sur la croix d’où il ouvre le salut pour tous les hommes. Le Fils de l’homme donne la nourriture qui demeure en vie éternelle (6,27). Pour avoir la vie, il faut manger la chair du Fils de l’homme (6,53), c’est-à-dire de celui qui, élevé, a été glorifié. Le Fils de l’homme a reçu le sceau du Père lors de son baptême ; le sceau est le signe d’appartenance, la marque de l’Esprit qui demeure sur Jésus et conduit Jean Baptiste à reconnaître le Messie. » (D’après Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 14. Aveugle-né

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Après les trois premiers signes, nous lisons aujourd’hui le quatrième accompli par Jésus à Jérusalem : Jn 9, 1-41. Que le temps du carême nous délivre de tous nos aveuglements et renouvelle notre foi en Celui qui est lumière et vie !

14. Aveugle de naissance

Va à Siloé et lave-toi. J’y suis allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. (Jn 9,10)

« En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. » (9,1) Cet homme qui ne voit pas, Jésus le voit. En lui, il ne regarde pas seulement l’infirme avec sa misère, il reconnaît tous les hommes, et nous en sommes, aveugles de naissance qui ne parviennent pas à voir clair dans ce monde et restent obstinément prisonniers de leur univers de ténèbres. Qui peut guérir nos yeux ? Qui peut illuminer nos ténèbres ? « Je suis la lumière du monde. » (9,5) L’initiative est à Jésus. « Il cracha à terre et avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle. » (9,6) Surprenant : Jésus commence par le rendre plus aveugle encore.

Doublement enfermé dans sa nuit, l’homme se met en marche sans hésitation sur la parole entendue : « Va te laver à la piscine de Siloé ». Il a entendu et obéit à la parole de Jésus. Voilà la foi qui illumine la vie. « Crois-tu au Fils de l’homme ? Qui est-il, Seigneur ? Tu le vois, c’est lui qui te parle. Je crois, Seigneur ! » Pour nous aussi, loin du Jésus terrestre, le Seigneur, c’est celui qui nous parle.

Une figure du baptême

A Rome, comme à Milan, au IVe s., l’épisode de l’aveugle-né faisait partie des lectures liturgiques du carême, temps de formation intensive avant le baptême qui a lieu lors de la vigile pascale. Le récit, qui faisait peut-être déjà allusion au baptême dans l’évangile de Jean, est au IIe s. une évidente figure baptismale pour saint Irénée. Ce qui à l’origine n’est qu’un bain d’yeux est devenu « le bain de la régénération », c’est-à-dire le baptême. « En donnant l’ordre de se laver dans la piscine de Siloé, il nous montre le salut par l’eau que l’Envoyé, Siloé, a donné à tous. » La guérison de Siloé dit bien l’illumination baptismale, comme le souligne Éphrem de Nisibe : « En la piscine de Siloé, l’aveugle se lava et s’ouvrit ; dans l’eau ses yeux s’illuminèrent, de dessus eux enlevant la nuit : vous dépouillez l’ombre invisible, dans l’eau vous vêtez la lumière ! » (Martine DULAEY, Symboles des Évangiles, 2007)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 45. Le ciel et la terre passeront

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 13, 24-32 du 33e dimanche du temps ordinaire.

45. Le ciel et la terre passeront

 Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte.
(Mc 13,29)

Pour le prophète Daniel (7, 13-27), le Fils de l’homme est la figure du juge de la fin des temps qui viendra rassembler « les élus des quatre coins du monde » (13,27) pour les introduire dans le monde céleste d’où il est venu. Cette figure du jugement dernier devient chez Marc celle de la parousie ou retour en gloire de Jésus pour le salut de tous. Le message de l’évangile est au carrefour de deux courants : il coule un message optimiste – le salut – dans un cadre apocalyptique pessimiste – la catastrophe finale.

L’annonce de la fin du monde n’est donc pas vue comme un malheur, mais une Bonne nouvelle : enfin, le Seigneur Jésus tant aimé et tant attendu revient. « Oh ! Viens Seigneur Jésus ! » était le cri des premiers chrétiens, cri d’amour et d’impatience.

Le Seigneur Jésus est proche, il est sur le seuil, devant la porte. Reste à lui ouvrir, ce qui fait du chrétien le gardien de la porte de l’histoire.

Le grand bouleversement cosmique

« Le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel. » (13,24-25) Cette description s’inspire d’images tirées des prophètes (Isaie 13,10 ; 34,4).

« La chute des étoiles et surtout l’obscurcissement du soleil et de la lune brisent le rythme des nuits et des jours, autrement dit le calcul de la temporalité ; le rythme du calendrier est brisé. Peut-on mieux marquer la fin du temps, la fin de l’histoire ?

Par ailleurs, l’impuissance de Sol et Luna, la chute des divinités stellaires pouvaient être comprises par les lecteurs romains de Marc comme la fin des idoles gréco-romaines. » (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.498).

Abbé Marcel Villers