CLÉS POUR LIRE MARC : 49. LE PREMIER COMMANDEMENT

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 12, 28-34 du 31e dimanche du temps ordinaire.

L’amour, premier des commandements
Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. (Mc 12,31)

A la question, « quel est le premier de tous les commandements ? », Jésus en cite deux et conclut néanmoins que les deux ne sont qu’un seul quand il déclare « qu’il n’y a pas de commandement (au singulier) plus grand que ceux-là (au pluriel). » (12,31)
L’objectif du scribe n’est pas de classer les commandements, on en comptait 613 à observer. Sa préoccupation, comme celle de nombreux juifs éclairés – c’est un scribe qui pose la question – est de savoir quel est le commandement qui inclut tous les autres et dont l’observation résume toute la Loi. Autrement dit : quel est l’essentiel que Dieu demande ?
Jésus, dans sa réponse, ne sépare pas les devoirs envers Dieu et ceux envers le prochain qui constituaient les deux tables de la Loi reçue par Moïse. Pour lui, les deux tables n’en font qu’une : elles sont face et pile d’une même attitude, l’amour.

Le vocabulaire de l’amour
Dans le Nouveau Testament, « aimer » traduit le plus souvent le verbe grec agapaô et « amour » le substantif agapê. Ce dernier terme revient 117 fois dans le Nouveau Testament contre trois dans l’Ancien. « L’agapê est une notion complexe, car les Évangiles désignent par le même mot la dilection du Père pour son Fils, la compassion du bon Samaritain… Cela étant, l’agapê se présente plutôt comme le plus noble des amours selon deux directions, envers Dieu et envers les hommes.
Dans les synoptiques, l’agapê est un attachement foncier, lucide et manifeste. Il est gratuit de la part de Dieu et, de la part des hommes, il est tout imprégné de reconnaissance envers Dieu tout en étant spontané, désintéressé et tendre vis-à-vis du prochain. Il connaît son point suprême de perfection dans l’amour des ennemis et le pardon. » (Olivier BOBINEAU, L’empire des papes, 2013, p.45)
La Vulgate (version latine de la Bible – Ve s.) traduit le grec agapê par le latin caritas qui amène dans la tradition chrétienne l’usage du mot « charité » pour exprimer l’amour qui relève des rapports avec Dieu et le prochain. Ce vocable a perdu de sa noblesse et est aujourd’hui traduit par « amour ».

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 107. AUJOURD’HUI

                  Aujourd’hui

« Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !

Oh ! Je t’aime, Jésus ! vers toi mon âme aspire
Pour un jour seulement reste mon doux appui
Vien régner dans mon cœur, donne-moi ton sourire
Rien que pour aujourd’hui !

Que m’importe, Seigneur, si l’avenir est sombre ?
Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !
Conserve mon cœur pur, couvre-moi de ton ombre
Rien que pour aujourd’hui.

Je dois te voir bientôt sur la rive éternelle
O Pilote Divin ! dont la main me conduit
Sur les flots orageux guide en paix ma nacelle
Rien que pour aujourd’hui.

Seigneur, je veux te voir, sans voile, sans nuage
Mais encore exilée, loin de toi, je languis
Qu’il ne me soit pas caché, ton aimable visage
Rien que pour aujourd’hui. »

Thérèse de Lisieux, Poésies.

SAINTE THÉRÈSE DE L’ENFANT JÉSUS (1873-1897) entre au Carmel de Lisieux à quinze ans, le 9 avril 1888. Elle découvre peu à peu sa « petite voie » d’abandon et de confiance audacieuse. La petite Thérèse est Docteur de l’Eglise, patronne des missions et co-patronne de la France. Elle a été canonisée par Pie XI en 1925.

CLÉS POUR LIRE MARC : 48. L’AVEUGLE QUI VOIT CLAIR

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 46-52 du 30e dimanche du temps ordinaire.

L’aveugle clairvoyant
Fils de David, Jésus, prends pitié de moi !  (Mc 10,47)

Du fond de l’abîme, Bartimée, le mendiant, assis au bord du chemin, et donc de la vie sociale, appelle. Il crie. La foi est d’abord un cri, un cri de confiance, un appel au secours. En Jésus, lui, l’aveugle reconnaît et proclame : « Fils de David, aie pitié de moi » (10,47).
« Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le » (10,49). L’appel de Bartimée lui est retourné. Il y a renversement qui fait l’originalité du christianisme pour qui Dieu est toujours premier et l’homme toujours réponse.
Celle de Bartimée est immédiate. « L’aveugle jette son manteau, bondit et court vers Jésus » (10,50). Voilà une belle manière de dire la foi. La foi, c’est un bond.
Bartimée quitte son état de mendiant, et, d’un bond, laisse tout pour rejoindre Jésus. Plus besoin de mendier. Désormais, il s’en remet à Jésus qui lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé » (10,52). « Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin » (10,52).

Fils de David
L’idée que le Messie serait un descendant de David n’est apparue que tardivement dans la pensée juive. Dans le Nouveau Testament, appliquée à Jésus, elle le présente comme le roi par excellence. Ce roi est l’élu de Dieu avec qui il fait alliance. Il est juge et libérateur de son peuple. C’est par un roi qu’aux derniers jours, Dieu rétablira son autorité, sa justice et sa paix sur toute la terre. Cette espérance a sans doute nourri l’idée chrétienne de Jésus-Roi, même si les premières générations chrétiennes ne semblent pas avoir accordé grande importance à la figure messianique du Fils de David. (J-J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969, p.138)
« Hégésippe (2e s.) raconte que sous l’empereur Domitien (81-96), des petits-neveux de Jésus, paysans de Galilée, ont comparu devant l’empereur parce qu’ils étaient Davidides. Donc, que la famille de Joseph descende du roi David serait véridique. Néanmoins, Jésus n’en a jamais déduit une quelconque prétention messianique. » (Daniel MARGUERAT, L’homme qui venait de Nazareth, 1990, p.111)

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE : DIMANCHE DES MISSIONS THEUX 2024

29ème dimanche ordinaire. Mc 10,35-45
Dimanche des missions. Theux 2024

En ce dimanche des missions, nous prions pour les missionnaires. Ces hommes, ces femmes ont tout laissé, tout abandonné pour se faire serviteurs et frères, sœurs, de tous les peuples de la terre. Qu’est-ce qui a fait courir ces hommes, ces femmes, ces missionnaires qui, au lieu de chercher la gloire et la puissance, ne trouvent souvent que la pauvreté, la souffrance et la mort ?
Il n’y a qu’une explication : l’amour, un amour fou, bien sûr. Amour pour Jésus.  Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?  Oui, car aimer, c’est vouloir imiter en tout celui qu’on aime.
Et ce Jésus est venu pour servir et donner sa vie pour la multitude.

Le missionnaire n’est pas venu pour commander en maître ou faire sentir son pouvoir, mais pour être serviteur et donner sa vie. Pour eux. Comme Jésus.
Servir, telle est l’ambition du missionnaire. Évangéliser, ce n’est pas d’abord communiquer un message, partager des convictions avec des mots, des discours. C’est se faire proche, entrer dans une logique de fraternité universelle, surtout avec les plus pauvres, les plus méprisés qui deviennent des amis, des frères et sœurs.
C’est vrai chez nous aussi. Plus que prêcher, être missionnaire c’est témoigner de l’Évangile par nos actes, notre façon d’être. Dans nos pays comme partout, les gens se méfient des propagandistes, des démarcheurs car ils y discernent vite une volonté de prosélytisme, d’appropriation, bref une forme de domination.
Le plus grand, c’est le serviteur ; le premier, c’est l’esclave de tous.

Saint Charles de Foucauld est un bon exemple. Il a été marqué par une phrase de son confesseur : « Le Christ a tellement pris la dernière place que jamais personne ne pourra la lui ravir ».
D’où son enfoncement dans l’effacement et dans le mépris de toute considération sociale. Il se tourne vers les peuples les plus éloignés, les Touaregs du Sahara. Il est seul sur ce terrain. Il n’est pas un missionnaire baptiseur mais il se veut le « frère universel ». Il prêche non par la parole mais par le sérieux d’un amour visible pour les tout-petits.
Il rêve d’annoncer ainsi l’Evangile. Or, c’est un échec certain. Il n’a converti personne. Il n’a aucun disciple. Il était venu pour servir les pauvres qui admiraient sa générosité. Mais voilà qu’en 1908, il est malade et proche de la mort. Il n’a plus rien à offrir.
Alors, c’est le grand renversement, celui que connaît un jour tout missionnaire. Lui qui était venu pour donner va enfin apprendre à recevoir Ce sont quelques femmes, pauvres parmi les pauvres, qui en prenant le peu de lait qui reste de quelques chèvres, vont lui sauver la vie. Il voulait être frère des petits, le voilà devenu petit frère. Il voulait aider les pauvres, le voilà devenu pauvre. Il a touché du doigt sa pauvreté, sa petitesse. Il a entendu cette phrase du Seigneur à St Paul : « Ma grâce te suffit… ma force se déploie dans ta faiblesse » (2 Co 12,9).

Aujourd’hui, en Belgique, ne sommes-nous pas aussi arrivés à ce point-là ? Malade, amaigrie, notre Église peut-elle prétendre encore à faire la leçon ? Apprendre à recevoir, nous convertir, devenir des petits frères et non des maîtres ou professeurs. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? 

Abbé Marcel Villers