SOURCES : 99. VERS LE HAUT

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

99. VERS LE HAUT

« Dieu a façonné l’homme pour qu’il se tienne debout.
Il l’a par là même distingué des autres animaux.
C’est qu’il allait te donner
de te conduire de manière spéciale.

Le bétail a été fait pour paître.
Il a la tête penchée vers en bas.
Il regarde son ventre.

L’homme ne tourne pas ses regards
vers son ventre,
mais vers le haut.
Ainsi regarde-t-il ce qui lui est apparenté.

Que ta conduite ne soit donc pas contre nature.
N’attache pas tes regards aux choses terrestres
mais à celles du ciel.
C’est là qu’est le Christ.

Ainsi as-tu été façonné.
Cela te montre à quoi tu as été destiné.
Tu es fait pour regarder Dieu,
et non pas pour que ta vie se traîne sur la terre. »

Basile de Césarée, Sur l’origine de l’homme

SAINT BASILE DE CÉSARÉE (330-379), fait partie du groupe des Cappadociens avec son frère, Grégoire de Nysse, et leur ami commun Grégoire de Nazianze. Tous les trois ont renoncé à une carrière profane brillante pour suivre le Christ de manière radicale en s’adonnant à une vie ascétique et solitaire. Ils furent appelés à l’épiscopat en raison de leur haute naissance et de leur formation solide.                                                                                       

CLÉS POUR LIRE MARC : 40. PUR-IMPUR

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 7, 1-23 du 22e dimanche du temps ordinaire.

Pur-impur
Rien de ce qui est extérieur à l’homme ne peut le rendre impur,
mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. (Mc 7,15)

Jésus distingue deux types de souillure. La souillure externe concerne par exemple la nourriture : des mains ou des plats non lavés rendent impurs les aliments, par simple contact. La souillure éthique est d’ordre intérieur, relative aux intentions et a son siège dans le cœur de la personne. « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » (7,21-23) Jésus substitue ainsi à la conception rituelle de la pureté celle de la pureté morale, favorisant l’intériorisation de la religion.

« C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments » (7,19) Telle est la conclusion tirée de cette discussion. Marc clôt ainsi un débat interne à l’Église primitive portant sur l’obligation de suivre les prescriptions alimentaires juives. L’enjeu est la communauté de table entre chrétiens issus du judaïsme et ceux venant du monde païen. La sentence de Jésus est claire : aucune nourriture, qu’elle soit interdite, non casher ou contaminée, n’est susceptible de rendre l’homme impur. Ainsi s’efface une des frontières entre Juifs et païens.

L’ouverture missionnaire
Par la remise en question des interdits alimentaires prescrits par la loi juive, et « qui auraient limité la mission chrétienne vers les païens, Jésus ouvrait, selon Marc, une voie qui justifie la tradition missionnaire ultérieure. Jésus a d’ailleurs annoncé que « l’évangile doit être proclamé à toutes les nations » (13,10). C’est en fonction de cette intention missionnaire que le Jésus de Marc prône le dépassement des règles de pureté liées à une société particulière, voire particulariste, qu’elles devaient protéger.
Grâce aux principes posés : tous les aliments sont purs ; c’est du cœur que vient le mal, Marc brise les barrières du particularisme et ouvre fondamentalement la porte vers un élargissement de la mission en direction des païens. » (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.274-276)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 98. LE COMBAT SPIRITUEL

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

98. LE COMBAT SPRITUEL

« Lorsque nous consultons la Bible et les écrits des Pères de l’Église,
le mot lutte ou militia est largement présent.
Les premiers moines sont convaincus que notre vie ne peut réussir
que si nous entamons la lutte contre les démons,
contre les pensées et les passions
qui veulent nous empêcher de vivre.

Pour eux, lutter ne signifie pas détruire les passions
mais batailler avec elles
afin de gagner en force dans ce combat lui-même.

Nous devons nous mettre à l’école des passions
et apprendre à utiliser
la force qu’elles contiennent.

Pour les moines, il n’y aucun doute :
sans lutte, notre vie ne peut réussir.
Sans lutte, nous sommes dominés
par nos lubies et nos états d’âme,
ou ballottés par les courants de pensée de la société.

Seul celui qui entame la lutte
contre tout ce qui l’empêche de vivre
obtiendra la vie. »

Anselm Grün, Le petit livre de la vie réussie, 2008

ANSELM  GRÜN, né en 1945, est moine bénédictin à Münsterschwarzacht en Bavière. Docteur en théologie, il découvre la tradition des moines de l’Antiquité et entrevoit leur signification nouvelle, en lien avec la psychologie moderne. Conseiller spirituel reconnu, il est l’auteur de nombreux ouvrages à succès car exprimant une douce sagesse chrétienne sans évoquer les dogmes de la foi.

CLÉS POUR LIRE JEAN : 39. LA CRISE

Clés pour lire l’évangile de Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus provoque au choix décisif : Jn 6, 60-69 du 21e dimanche ordinaire.

La crise
« Voulez-vous partir vous aussi ? » (Jn 6,67)

Jésus affirme qu’il est « descendu du ciel » (6,58), autrement dit qu’il est d’origine divine. Mais, « n’est-il pas le fils de Joseph ? Nous connaissons son père et sa mère » (6,41). L’incarnation est pierre d’achoppement. « Cela vous scandalise ? Qu’en sera-t-il quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant » (6,62), autrement dit « au ciel » ? Si les disciples sont scandalisés par l’incarnation, ils le seront encore davantage lors de l’élévation de Jésus sur la croix assimilée à un retour vers Dieu. « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (6,67).

En réponse, trois positions sont présentées, celles d’hier et d’aujourd’hui.
Certains sont scandalisés par les prétentions de Jésus et « cessèrent de l’accompagner » (6,66). Nombreux aujourd’hui les baptisés qui ont cessé de croire en Jésus. D’autres, comme Pierre, demeurent fidèles à la personne et au destin de Jésus : « Nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu » (6,69). Enfin, il y a Judas, celui qui livra Jésus. Comme lui, nombreux qui ont été choisis par le Christ, mais ont un jour renié celui qu’ils ont servi et aimé.
Reste à chacun de se situer en écoutant la question posée par Jésus. « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Puisse la réponse de Pierre être nôtre : « Seigneur, à qui irions-nous ? » (6,68).

Tu es le Saint de Dieu
La formulation de la confession de foi de Pierre est étonnante car elle recourt à un prédicat utilisé par Jean ici seulement : « le Saint de Dieu ». Dans la droite ligne de l’Ancien Testament, l’adjectif « saint » désigne l’appartenance de Jésus au monde de Dieu. Les synoptiques n’ignorent pas ce titre, mais il est proféré par les démons qui réagissent lorsque le « Saint de Dieu » les approche. Dieu est le seul Saint (Is 6,3) ; qualifier Jésus de « Saint de Dieu », c’est dire son caractère unique et divin. D’après les Actes 3,14, la communauté de Jérusalem invoque Jésus comme « le Saint ». Ce titre est sans doute la trace d’une christologie archaïque qui évoque Jésus comme le saint serviteur de Dieu (Ac 4,27.30). Cette confession de foi en Jésus comme manifestation de Dieu n’est pas une œuvre humaine, mais l’expression de l’élection divine qui n’assure cependant aucune sécurité, comme l’illustre le cas de Judas.

Abbé Marcel Villers