SOURCES : 92. TE CONNAITRE

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

92. JE DÉSIRE TE CONNAÎTRE

« Seigneur, que nul ne peut voir sinon les cœurs purs,
j’ai cherché, par la lecture et la méditation,
comment on peut posséder la pureté véritable du cœur,
afin que, par elle, je devienne capable de te connaître un tant soit peu.

J’ai cherché ton Visage, Seigneur, j’ai désiré voir ta face.
Longtemps, j’ai médité en mon cœur,
et dans ma méditation s’est allumé un feu,
le désir de te connaître toujours davantage.

Quand tu me romps le pain de la sainte Écriture,
déjà je te connais grâce à cette fraction du pain.
Mais plus je te connais, plus je désire te connaître,
non seulement dans l’écorce de la lettre,
mais dans le contact de l’expérience.

Et ce don, Seigneur, je ne te le réclame point
en m’appuyant sur mes mérites,
mais je l’attends de ta miséricorde.

Donne-moi, Seigneur, des arrhes sur l’héritage promis,
au moins une goutte de céleste rosée
pour étancher ma soif,
car je brûle d’amour. »

Guigues II le Chartreux, L’échelle des moines, 1170.

GUIGUES II LE CHARTREUX, prieur de la Grande Chartreuse, est mort, semble-t-il en 1188. Dans une « Lettre sur la vie contemplative », il explique à un disciple ce qu’il appelle l’Echelle des Moines, et qui correspond à la pratique monastique que l’on propose maintenant plus fréquemment dans l’Eglise sous le nom de « lectio divina ». Il distingue quatre degrés dont le dernier est la contemplation. Cet écrit a connu une très large diffusion et fournit un bel exemple de ce que l’on a appelé le « mysticisme occidental ».

CLÉS POUR LIRE MARC : 33. BÂTON ET SANDALES

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,7-13 du 15e dimanche du temps ordinaire.

Un bâton, des sandales
Il commença à les envoyer en mission deux par deux. (Mc 6,7)

« Deux par deux ». Ce choix correspond à la pratique de l’Église primitive qui envoie Pierre et Jean en Samarie (Ac 8,14), Barnabé et Paul à Chypre (Ac 13,2). C’est qu’il fait bon marcher à deux, car cela favorise l’entraide et la sécurité. Et puis, on ne peut porter seul la nouveauté de l’Évangile. Lorsque l’un des deux dira le message, on regardera l’autre car on ne rend témoignage qu’ensemble.
« Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton… Mettez des sandales. » (6,8-9) C’est le minimum pour voyager, mais surtout le bâton et les sandales sont à relier « avec la symbolique de la pâque juive, qu’on doit manger « reins ceints, sandales au pied et bâton à la main » (Ex 12,11), c’est-à-dire en toute hâte, prêt pour le départ. Dans la tradition rabbinique, on retrouve cette manière de s’équiper pour se préparer à la venue du Messie. » (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2010, p.229)

Le radicalisme itinérant
Parmi les divers mouvements nés de l’action de Jésus, le christianisme itinérant se caractérise par l’accent mis sur le caractère radical de l’appel à suivre Jésus : « Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres. Puis viens et suis-moi. » (Mc 10,21) C’est le cas des Douze qui ont tout quitté, maison, famille, profession pour répondre à l’appel de Jésus. (Mc 10,28-30)
Pour une partie des premiers chrétiens, vivre à la suite de Jésus, c’est poursuivre son œuvre de prédication itinérante sur le modèle du Jésus galiléen qui annonçait la venue du Règne de Dieu sur les chemins et dans les villages. De même, ces chrétiens radicaux sont allés dans les rues et sur les places, proclamant le Royaume, publiant le récit des actes que Jésus avait accomplis, guérissant les malades et chassant eux-mêmes les démons. (François VOUGA, A l’aube du christianisme, 1986) Ce type de christianisme est la source de la figure du missionnaire.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 91. JE T’AI CHERCHÉ

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

JE T’AI CHERCHÉ

« Je t’ai cherché, ô mon Dieu, autant que j’ai pu.
Autant que tu m’en as rendu capable, j’ai désiré voir
des yeux de l’intelligence ce que j’avais d’abord cru ;
j’ai longuement discuté et beaucoup travaillé.

Seigneur mon Dieu, mon unique espérance, exauce-moi.
Qu’aucune fatigue ne m’empêche de te chercher,
Mais qu’avec plus d’ardeur je recherche sans cesse ta face.

Donne-moi la force de te chercher,
ô toi qui m’as fait te trouver,
et qui m’as donné l’espoir de te trouver toujours davantage.

Devant toi est ma force et ma faiblesse :
affermis l’une et guéris l’autre.
Devant toi est ma science et mon ignorance :
là où tu as ouvert, laisse-moi entrer ;
là où tu as fermé, je frappe, ouvre-moi.

Que je me souvienne de toi,
que je te comprenne,
que je t’aime !
Augmente ces trois dons en moi,
en attendant que tu m’aies réformé en entier.

Seigneur, Dieu unique, Dieu Trinité,
Que ce qui, dans mes ouvrages, vient de toi
soit reconnu de tes fidèles ;
mais, s’il y a quelque chose de moi,
que toi et les tiens me le pardonnent. »

Saint Augustin, Confessions.

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AUGUSTIN D’HIPPONE (354-430), converti au christianisme par saint Ambroise de Milan, retourne en Afrique du Nord et y devient prêtre, puis évêque. Il a composé une œuvre immense de théologien comme de prédicateur. Il eut une influence prépondérante dans la pensée chrétienne occidentale.

CLÉS POUR LIRE MARC : 32. LE FILS DU CHARPENTIER

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,1-6 du 14e dimanche du temps ordinaire.

Une question d’identité
D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse et ces grands miracles ? N’est-il pas le charpentier, le fils de…, le frère de… ? (Mc 6,2-3)

Que de questions ! Toutes portent sur l’identité de Jésus qui est la clé de l’évangile de Marc. Rares sont les récits composant cet évangile qui ne posent pas de questions sur Jésus. Toutes ces questions, qu’elles viennent des adversaires de Jésus, de ses disciples, de ses concitoyens, de sa famille, contribuent à construire progressivement une image de Jésus. Cette progression au long du récit de Marc correspond au chemin que doit parcourir son lecteur et tout chrétien pour se faire une juste image de Jésus et y adhérer. En ce sens, Marc dessine un véritable parcours initiatique.

Enseignement, sagesse, grands miracles, prophète, telles sont les qualités reconnues à Jésus. Elles sont mises en relation avec des réalités ordinaires : charpentier, fils et frère de personnes bien connues des auditeurs de Jésus. La confrontation des deux séries conduit de l’admiration au scepticisme, à l’opposition (choqués), puis au rejet (manque de foi).

La famille de Jésus
A côté de Joseph et Marie, on mentionne des sœurs et quatre frères dont on cite les noms : « Jacques, José, Jude, Simon » (6,3). L’hébreu n’avait pas de mot pour désigner les cousins. Il emploie le mot « frère » (ah) pour désigner plus largement les membres d’un groupe familial (Gn 13,8 ; 29,12-13). Et c’est bien ce mot que reprend la Bible grecque des LXX, bien que le grec dispose de mots plus variés. Les évangiles utilisent un vocabulaire conforme à celui de la Bible grecque, c’est-à-dire dans le sens large du mot « frère ». Ce mot désignait tout le clan de Nazareth en un temps où la famille n’était point la petite cellule actuelle, mais un large groupe patriarcal. La tradition catholique a toujours insisté sur le sens large du mot « frère » en cohérence avec sa foi dans la caractère unique et virginal de la maternité de Marie. La plupart des Protestants s’en tiennent à l’opinion que Jésus a eu des frères et des sœurs, et donc que Marie n’est pas restée vierge après la naissance de Jésus. (CHOURAQUI André, L’univers de la Bible, tome VIII, Paris, 1985)

Abbé Marcel Villers