Ai-je peur de Dieu ? Esprit, viens à mon secours !

CenacleCadenas

Homélie de l’abbé Marcel Villers pour la fête de Pentecôte,
Année C, Theux, le 15 mai 2016

Inspirée du père Pierre-Marie Delfieux, fondateur des Fraternités monastiques (2007)

Vous n’êtes plus sous l’emprise de la chair, mais de l’Esprit. Et, ajoute saint Paul, l’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils.

Non des esclaves, mais des fils : tel est le nouveau rapport à Dieu inauguré par Jésus et que réalise l’Esprit Saint. Le chrétien est un homme libre, sans crainte, sans peur devant Dieu.

N’ayez pas peur !

Voilà qui revient sans cesse à travers l’Écriture. C’est souvent la première parole du messager divin : Sois sans crainte ou N’ayez pas peur.

Cela nous est précieux pour connaître une des raisons qui expliquent pourquoi Dieu se manifeste aux hommes. S’il le fait, c’est peut-être d’abord pour libérer l’homme de toute peur et l’amener à la confiance, à la paix du cœur.

Encore aujourd’hui, à la veille de mourir, Jésus nous rassure : Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité.

Il est frappant de voir combien cette peur, omniprésente jusque dans le cœur des disciples, s’efface, après la venue de l’Esprit. Si nous relisons les textes relatifs au don de l’Esprit, nous remarquons immédiatement le climat de crainte, de peur qui précède la venue de l’Esprit-Saint. Souvenez-vous.

Au soir de Pâques, c’est dans une salle aux portes verrouillées que le Christ apparaît aux disciples, enfermés en ce lieu, le cœur noué d’appréhension. Ils sont tous là, silencieux, figés sur place dans la peur de mourir ou d’être emprisonnés. Et voilà que le Christ souffle sur eux et leur fait don de l’Esprit-Saint.

Au matin de Pentecôte, on les retrouve dans la chambre haute, n’osant toujours pas sortir. Ils restent là, entre eux, craignant de répandre dans Jérusalem la Bonne nouvelle. Mais tout change quand l’Esprit Saint descend en leur cœur !

Aujourd’hui, en cette fête de Pentecôte, où le même don nous est fait, l’Esprit du Seigneur vient pour chasser la peur de nos âmes. Car, nous n’avons pas reçu un esprit d’esclave pour retomber dans la crainte. Nous avons reçu un esprit de fils qui nous fait crier : Abba, Père.

Ainsi l’Esprit-Saint nous est donné pour vaincre la peur.

Mais quelles sont les peurs qui nous tenaillent ? Il est vrai qu’à des degrés divers, plus ou moins consciemment, plus ou moins durablement, nous sommes habités par la peur.

  • Nous avons peur de Dieu, n’osant jamais assez croire à son amour, ou tremblant devant la réalité de ses exigences de sainteté.
  • Nous avons peur des autres, de leur voisinage, de leurs opinions, de leurs oppositions. Peur de les voir s’introduire dans notre vie.
  • Nous avons peur de nous-mêmes et nous ne cessons de nous fuir dans l’éparpillement, le divertissement ou l’activisme.
  • Nous avons peur de tout : du présent et de l’avenir, de la croix, de la vie, de la mort.
  • Et même de l’amour.

Aujourd’hui nous est adressée une Bonne Nouvelle : il nous est fait don de l’Esprit Saint. Cet Esprit qui nous est envoyé est un feu, un feu d’amour. De cet amour parfait qui bannit la crainte.

Nous sommes enfants de Dieu. Nous sommes ses héritiers.

Dieu est un Père, plein d’amour pour nous.

Dieu est amour.

Alors de quoi aurions-nous encore crainte ?

Le chrétien est un être libre qui ose se tenir debout devant Dieu. Car, nous n’avons pas reçu un esprit d’esclave pour retomber dans la crainte. Nous avons reçu un esprit de fils qui nous fait crier : Abba, Père.

Rendre à l’Esprit saint toute sa place en nos vies ne signifie pas rester en place, demeurer sur place. Au contraire, un des signes de la présence de l’Esprit est cette liberté profonde qui nous est offerte et nous entraîne sur des chemins nouveaux.

Il n’y a pas de plus grande liberté, écrit le Pape François, que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à tout vouloir calculer et tout contrôler, et de permettre à l’Esprit de nous guider, de nous orienter et de nous conduire là où il veut.

Abbé Marcel Villers

Pentecôte (2)

P.S. Merci à Jean-François Kieffer pour ses beaux dessins si explicites !

… afin que le monde croie (Jn 17, 26)

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 7ème dimanche de Pâques, année C

Theux, le 8 mai 2016

C’est dans la prière que l’Église attend son Seigneur, à l’image des disciples, réunis au Cénacle, autour de Marie. La liturgie de ce jour nous présente trois priants :

  • Jésus, le Fils
  • Jean, le visionnaire
  • Etienne, le martyr.

Chacun nous apprend ce qu’est prier et nous découvrons avec eux les modalités fondamentales de cet acte qui constitue à lui seul une religion, une façon de se rapporter à Dieu.

Dis-moi comment tu pries, et je te dirai quelle est ta religion.

Souvenez-vous de la demande des apôtres à Jésus : Jean-Baptiste a appris à ses disciples à prier. Maître, apprends-nous à prier.

Jean-Baptiste n’est pas Jésus ; leur religion n’est pas la même. Ce qui caractérise une religion, c’est son type de rapport à Dieu. Et en découle une pratique particulière de la prière. La prière, c’est la traduction, la mise en œuvre d’un certain rapport à Dieu.

Alors examinons ce que nous apprennent les trois grands priants présentés par la liturgie de ce dimanche.

Etienne est le premier martyr, le modèle du témoin qui ne fait qu’un avec Jésus à tel point qu’il meurt comme lui : hors de la ville, dépouillé de ses vêtements et avec les mêmes mots à la bouche, la même prière : Seigneur, reçois mon esprit !

Jésus, au moment de mourir, priait de même : Père, entre tes mains, je remets mon esprit, c’est-à-dire sa vie. Remettre sa vie dans les mains de Dieu, lui abandonner ce que nous avons de plus précieux, voilà qui constitue la prière.

N’est-ce pas le sens même du mot : prier vient de précaire.

Prier, c’est reconnaître la précarité de notre existence. Nous avons tout reçu. Alors, vivre, c’est rendre tout. Ce mouvement constitue l’acte de confiance fondamentale en quoi s’exprime l’essence même de la prière.

La prière de Jean, le visionnaire de l’Apocalypse, est faite d’un cri : Viens, Seigneur Jésus !

Attente, désir ardent, la prière exprime cette tension qui fait le croyant. En effet, qu’est-ce que la foi sinon aspirer de tout son cœur, de toutes ses forces, de toute son âme à la rencontre de Dieu. Prier, c’est creuser en nous ce désir, entretenir la faim et la soif de Dieu.

Dieu, c’est toi mon Dieu, dit le psaume 62, je te cherche dès l’aube. Mon âme a soif de toi. Après toi languit ma chair, telle une terre aride, sans eau.

Voilà qui dit bien le programme de tous les passionnés de Dieu, des amants du Christ. C’est d’ailleurs ce que Jésus lui-même demande à son Père :

Qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi.

Tel est bien le but de toute prière : ne plus faire qu’un avec le Christ, dans une union que les mystiques ont interprétée comme un mariage spirituel, une communion totale. C’est de cette union de chacun avec le Christ que naît l’unité entre nous. Suivre Jésus, c’est marcher avec d’autres derrière lui. C’est entrer dans ce « nous » qui fait la communauté des disciples. Suivre Jésus se réalise dans ce « nous ». Cela fait partie du fait d’être chrétiens que cet « être nous », cette communion fraternelle.

C’est que personne n’a son propre Christ, son propre Jésus.

Nous ne pouvons le suivre en vérité que si nous marchons ensemble avec lui. C’est le drame des chrétiens d’avoir brisé ce « nous », d’avoir divisé l’unique chemin en de multiples voies. D’où l’insistance du Christ dans sa prière :

Qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé, et que moi aussi, je sois en eux.

Telle est la prière de Jésus.

Qu’elle soit aussi la nôtre afin que le monde croie.

Abbé Marcel Villers

Qu'ils soient un !
Qu’ils soient un !

« Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ! »

7-paques-B-2009Homélie de l’abbé Jean-Marc Ista
pour le 5ème dimanche de Pâques (année C)

24 avril 2016

Avant d’être un chemin spirituel, l’annonce du Règne est avant tout un acte de communication qui relève du parcours du combattant ! Si nos communautés chrétiennes existent aujourd’hui, elles ont à reconnaître qu’elles ne sont pas nées sui generis. Elles sont le fruit du labeur de tant et tant au fil des siècles ! Comme évoqué dans la première lecture de ce dimanche en Ac 1; 21b-27, il en a fallu des déplacements, des actes de courage et de renoncement… Aussi ne faut-il pas s’étonner que de nos jours encore, évangéliser requière un labour et un ensemencement qui demande de la peine ! Pour accéder aux merveilles fécondes du Royaume, il ne suffit pas d’un clic sur internet ni d’aller faire un tour dans un supermarché ! Le Royaume ne se consomme pas : il s’accueille.

Un bon accueil se pense et se prépare : il mobilise des énergies et du temps. Du temps : voilà encore une valeur bien malmenée chez nous. Non seulement, tout le monde déclare en manquer mais insidieusement, il se constitue de plus en plus d’une succession de courtes séquences dont les spots publicitaires sont le paradigme ! Or, le périple des Apôtres dans l’Ecriture nous interpelle sur notre rapport au temps long, pas celui où l’on s’ennuie, mais celui de l’histoire, de la création bref de toute activité humaine essentielle. Cette semaine, la mobilisation du Télévie nous rappelle qu’il faut du temps pour vaincre une maladie insidieuse. Comment n’en serait-il pas de même pour accueillir le Royaume ?

Enfin, il est éclairant de constater que les premiers évangélisateurs à la fois discernent l’initiative et la présence de Dieu dans leurs actions et passent par les nécessaires médiations humaines du groupe. Autrement, pas de Royaume sans Église ni un minimum d’institution. Des Anciens sont désignés et reçoivent mission dans les Actes. Aucune œuvre ne s’accomplit sans le temps ni l’espace organisés. Encore une grosse question pour nous qui nous laissons porter sur la vague de l’individualisme et d’une fausse liberté qui veut nier les contraintes du vivre ensemble !

Enfin, ce petit texte se termine par l’écho d’une relecture communautaire : « une fois arrivés, ayant réunis l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait… » Ici, la religion prend sens : elle est lecture et relecture des œuvres du Seigneur parmi nous ! Dans la foi comme dans une histoire d’amour, rien ne se fait ni ne s’enracine sans un partage salutaire et fécond !

Dans l’Évangile en Jean 13; 31-35, Jésus enracine le don du commandement de l’amour dans sa vie à relire et à imiter, dans sa relation unique à Dieu à accueillir dans la foi. Nous pressentons bien que nous ne pouvons aimer en vérité que dans la ligne de ce qui est évoqué plus haut. Aimer demande de se mobiliser, de renoncer, d’oser se déplacer… Aimer prend du temps, beaucoup de temps… Aimer demande de se poser et se parler pour reconnaître l’amour à l’œuvre ! Evidemment, l’amour n’est jamais un pur sentiment désincarné : l’autre est là qui se présente qu’il soit Dieu ou mon prochain !

« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres… »

Je suis le Bon pasteur !

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Homélie de l’abbé Jean-Marc Ista
pour le 4ème dimanche de Pâques (année C)

17 avril 2016

Ce dimanche, il faudrait être sourd pour ne pas entendre que la Parole de Dieu met l’accent sur la vie éternelle !

Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants (Ac 14.43-52).

Ceux-là viennent de la grande épreuve… ils sont devant le trône de Dieu… l’Agneau (…) sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie (Ap 7.9.14B-17).

Jésus déclara, en ce temps- là : Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront et personne ne les arrachera de ma main (Jn 10. 27-30).

Vous me direz Nous sommes quand même dans le temps pascal et la résurrection est le centre de notre foi ! Il est vrai que comme dit Paul : Malheur à nous si le Christ n’est pas ressuscité car alors est vaine est notre foi ! De plus, la liturgie s’attache bien à faire mémoire de cette annonce dans les premières communautés, des disciples côtoient le prophète de Nazareth jusqu’aux Juifs et craignant Dieu de la diaspora, si pas jusqu’aux païens. Un peu comme s’il fallait nous nourrir de cette espérance et nous renforcer dans cette conviction pour que, une fois le temps ordinaire revenu, nous puissions ensemble, professer sans hésiter : Je crois en Jésus Christ… ressuscité le troisième jour… Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle, comme le dit le Symbole des Apôtres (le Credo).

Je note que, nulle part, il n’est question de la résurrection du Christ seul. Toujours, elle est associée à celle des bénéficiaires du salut -c’est-à-dire nous ! Le caractère unique de la résurrection de Jésus vient justement, d’après les textes canoniques (Mathieu voit bien quelques morts circuler en ville mais bon…), de ce qu’Il est le premier, l’inattendu qui se révèle vivant en un temps où la foi en la vie après la mort est en débat, où elle est vue comme collective et surtout pas destinée à un paria qui a eu une mort infamante sur la croix du supplice ! Dans la foi d’Israël, Dieu, Maître de Tout, manifestait souvent sa réprobation par l’abandon des pécheurs aux souffrances et à la mort.

Comme l’évangile fait contraste !

Mon Père, qui m’a donné mes brebis, est plus grand que tout et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi sommes un !

Et nous avons même ce renversement de perspective : Jésus, l’Agneau immolé, devient le pasteur. Lui qui a été conduit jusque dans les enclos de la mort, Lui, qui en a été retiré par le Pasteur Éternel, devient à son tour le berger des brebis du Père !

Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil, ni la chaleur ne les accablera puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie…

Avec la raison, nous pouvons nous demander si la résurrection est un phénomène historique. Avec notre tête, nous pouvons essayer d’imaginer ce qu’est la vie après la mort, quand Jésus s’efforce dans les Écritures de montrer qu’il n’est ni un fantôme ni un esprit, qu’Il a un corps bien réel mais qu’il est cependant très différent, qu’Il vit en Dieu tout en gardant les traces de ses souffrances (Jn 20 & 21).

Mais c’est d’abord avec le cœur que nous pouvons lui faire confiance, lui demeurer attaché et le reconnaître vivant ! C’est le Seigneur ! s’écrie en premier le disciple que Jésus aimait, lorsque celui-ci se manifeste au bord du lac !

En ce temps où la Parole vient nourrir notre espérance en la vie éternelle, elle vient d’abord authentifier et nourrir notre amour de Jésus Vivant !

Ne passons pas à côté de cette chance -que dis- je, de cette grâce- et puissions-nous magnifier Dieu comme le psalmiste :

Oui, le Seigneur est bon, éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge !
(Ps. 99)

2016-04-10 - Abbé Jean-Marc Ista (2) - PF

Abbé Jean-Marc Ista,
Curé de l’Unité pastorale de Theux