CLÉS POUR LIRE LUC : 5. AUJOURD’HUI VOUS EST NÉ UN SAUVEUR

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 2,1-14 de la Nativité du Seigneur.

Aujourd’hui vous est né un Sauveur
Il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime (Lc 2,13-14)

A l’ange qui vient de proclamer l’Évangile : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur » (2,10-11) répond la louange liturgique de la troupe céleste. Nous retrouvons ainsi la structure de notre célébration eucharistique : proclamation et louange.

Dans une traduction littérale, cet hymne de louange peut être décomposé en trois injonctions qui résument notre prière en ce jour de Noël. « Gloire à Dieu dans les hauteurs » : c’est là qu’elle est le mieux, la gloire. Quand les hommes la veulent pour eux, ils la souillent de leurs vanités. « Sur la terre, paix. » : que pourraient souhaiter d’autre les anges ? « Parmi les hommes, bienveillance » : la bienveillance sourit aux faiblesses, compatit aux douleurs et porte sur le monde un regard indulgent, toujours espérant. (France QUÉRÉ, Jésus enfant, 1992, p.172)

Les anges
Les fonctions remplies par les anges dans les évangiles appartiennent au genre « apocalypse », c’est-à-dire révélation du secret de Dieu, par exemple sur Jean Baptiste ou sur Jésus ou sur le tombeau vide. Ce ne sont pas des apparitions angéliques du type des apparitions de Dieu ou de l’Ange du Seigneur que nous trouvons dans l’Ancien Testament, ce sont des visions apocalyptiques, à la mode du prophète Daniel avec qui ces textes ont beaucoup d’affinités. Les anges apparaissent essentiellement dans les évangiles de l’enfance et les récits de résurrection, soit au début et à la fin des évangiles. Ils interviennent sous forme de visions de la part de Marie ou des bergers ou des femmes au tombeau. Leur fonction est de communiquer une révélation, comme dans les apocalypses. C’est bien le sens du grec « aggelos » qui signifie littéralement : « envoyé, messager, ambassadeur ».

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE DU QUATRIÈME DIMANCHE DE L’AVENT. THEUX 2024

4° dimanche Avent C. Lc 1, 39-45.Theux 2024
MISSIONNAIRES, PÈLERINS DE L’ESPÉRANCE

Heureuse, celle qui a cru ! Telle est la béatitude de Marie, celle qui a dit oui au projet de Dieu. Celle qui a conçu et mis au monde le Sauveur, son Fils, Jésus.
Avec elle, nous demandons au Seigneur d’augmenter notre foi et notre oui à la volonté de Dieu. Car qu‘est-ce qu’un chrétien sinon celui qui, comme Marie, accorde sa volonté à celle de Dieu.
Nous le demandons chaque jour : « Notre Père, que ta volonté soit faite ».
Merci, Marie, la première des disciples et le modèle de la foi.

« Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. »
Cet engagement du Christ est aussi celui de Marie, et celui de tout chrétien.
« Heureuse celle qui a cru. » affirme Élisabeth à Marie. En Marie, nous reconnaissons le modèle du chrétien et la figure de l’Église. Son oui ouvre l’humanité à l’accueil du divin, du don de Dieu au monde, à savoir Jésus.
Marie est la figure de l’Église. Marie est habitée par une vie nouvelle. C’est Jésus que déjà elle porte. Comme l’Église, comme tout chrétien, d’une certaine façon.

Et que fait Marie de cette promesse, de ce don de Dieu ? « En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement. »
Elle est comme poussée, pressée par le Christ qui prend corps en elle. La « hâte » de Marie pour se rendre chez sa cousine, exprime l’urgence de la mission. La mission de l’Église dans le monde est une visitation. Comme Marie, l’Église porte en elle l’Emmanuel. Chaque chrétien porte le Christ. Il est notre secret comme celui de Marie.

Mais elle ne sait comment le dire. Et voilà que la rencontre d’Elisabeth provoque la révélation : « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni. »
Dans toute action missionnaire, comme Elisabeth à Marie, c’est l’autre que nous rencontrons qui nous révèle le Christ que nous lui portons, tout au moins un visage du Christ que nous ne connaissions pas. Et l’on se découvre en quelque sorte évangélisé par l’autre.

On comprend alors pourquoi Marie court si vite chez Elisabeth. Cet enfant qu’elle porte, il faut encore qu’elle apprenne à le connaître. C’est là le rôle d’Elisabeth. La mission, c’est tout autant porter le Christ aux autres que le recevoir d’eux. Il n’y a pas de sens unique pour la découverte du Christ.

L’attitude fondamentale, l’essence de la vie missionnaire consiste à se mettre dans la position de l’invité. Plutôt que de se situer comme le visiteur arrogant qui veut conquérir les autres à ses propres vues, le missionnaire est celui qui se déplace vers l’autre, déplacement physique, souvent géographique, mais surtout déplacement de position. Le missionnaire demande hospitalité dans la maison de l’autre. C’est aujourd’hui ce que les catholiques de Belgique demandent.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 115. HEUREUSE

SOURCES

Au cours de ce temps de l’Avent, laissons-nous saisir par l’espérance, dans l’attente de la venue du Sauveur. Confiance, abandon de soi dans les mains du Seigneur comme Marie qui a dit oui et attendait dans la foi et la confiance.

                          Heureuse

« Heureuse, Marie, toi qui as cru.
Heureux vous aussi qui avez entendu et cru.
Car toute âme qui a la foi
conçoit et enfante la parole de Dieu
et reconnaît son œuvre.

Que réside en chacun l’âme de Marie
pour glorifier le Seigneur,
en chacun l’esprit de Marie
pour tressaillir en Dieu !

Si le Christ n’a qu’une mère selon la chair,
le Christ est le fruit de tous selon la foi ;
car toute âme peut recevoir le Verbe de Dieu
pourvu du moins qu’elle soit pure
et débarrassée  du péché.

Toute âme parvenue à cet état
magnifie le Seigneur
comme l’âme de Marie a magnifié le Seigneur
et comme son esprit a tressailli
dans le Dieu Sauveur. »

Saint Ambroise, Traité sur l’évangile de Luc, Livre 2.

AMBROISE DE MILAN (339-397), fonctionnaire impérial, gouverneur de Milan, se convertit et se révèle un brillant défenseur de l’Église Il est évêque de Milan de 374 à sa mort. Docteur de l’Église et l’un des quatre pères latins de l’Église, avec Augustin, Jérôme et Grégoire le Grand.

CLÉS POUR LIRE LUC : 4. VISITATION ET MISSION

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 1,39-45 du 4ème dimanche de l’Avent.

Visitation
Marie se mit en route et se rendit avec empressement dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth (Lc 1,39-40)

La visitation est l’image même de la mission. En effet, la mission, c’est d’abord une rencontre, une visitation. Marie, portant le Christ, le rend présent dans la maison de l’autre, Élisabeth. Mais c’est Élisabeth qui apprend à Marie qu’elle est « bénie entre toutes les femmes » (1,42). Elle ne l’aurait pas su sans cette rencontre.
Comme Marie, l’Église porte en elle l’Emmanuel. Chaque chrétien porte le Christ. Il est notre secret comme celui de Marie qui ne sait comment le dire. Et voici que, comme Élisabeth à Marie, c’est l’autre qui nous révèle le Christ, tout au moins un visage du Christ que nous ne connaissions pas. On comprend alors pourquoi Marie court si vite chez Élisabeth. Cet enfant qu’elle porte, il faut encore qu’elle apprenne à le connaître. C’est là le rôle d’Élisabeth.

L’évangile de l’enfance
« Les deux premiers chapitres de Luc servent de transition entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Ainsi une grande place est laissée aux usages juifs (le Temple, la circoncision, la Loi, les pèlerinages) ; des chants de l’Ancien Testament sont reproduits ; les naissances sont annoncées comme le faisait l’Ancien Testament. D’un autre côté, les annonces célestes expriment à l’avance la foi chrétienne d’après Pâques, ce qui montre que les récits évangéliques ne se comprennent vraiment qu’à la lumière de la résurrection du Christ. En parcourant ces premiers chapitres de Luc, on ne sait pas si on est encore dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament. De fait, Luc a voulu présenter l’Évangile comme l’accomplissement des promesses de salut que Dieu avait faites au peuple. Il manifeste ainsi l’unité du dessein de Dieu. » (ACEBAC, Les Évangiles, 1983, p.344)

Abbé Marcel Villers