Clés pour lire l’évangile de Marc : 36. Qui suis-je ?

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 8, 27-35 du 24e dimanche du temps ordinaire.

36. Qui suis-je ?

Il leur défendit vivement de parler de lui à personne. (Mc 8,30)

Nous voilà au moment d’une première conclusion des disciples au sujet de l’identité de Jésus. Nous sommes presque exactement au centre du récit de Marc. En contraste avec les gens pour qui Jésus est à classer dans la catégorie des précurseurs du Messie : Jean-Baptiste, Élie, Pierre confesse : « Tu es le Christ. » (8,29), c’est-à-dire le Messie attendu.

Mais confession ambiguë car Pierre ne peut supporter la perspective de la souffrance et de la mort qui attendent Jésus. Pour lui, c’est incompatible avec sa conception du Messie. « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (8,33) On comprend alors que Jésus « leur défendit vivement de parler de lui à personne. » (8,30) Les disciples, comme les lecteurs de l’évangile de Marc, ont atteint un premier sommet, il leur reste à franchir l’étape suivante et reconnaître que « le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir. » (8,31)

Élie

Premier prophète en Israël, vers 853 avant J.-C., Élie est surtout connu par les livres des Rois (1 R 17-19 ; 21 et 2 R 1-2,18). Selon Marc, les contemporains de Jésus voyaient en lui, Élie revenu sur terre (Mc 6,15 ; 8, 28) C’est que ce dernier avait aussi opéré des œuvres de puissance : sur sa parole, une veuve avait pu se nourrir durant tout l’hiver, elle et son fils, grâce à une seule poignée de farine et un peu d’huile. De plus, lorsque le fils de cette veuve était mort, Élie l’avait réanimé. Jésus ayant partagé les pains et réanimé la fille de Jaïre, pouvait faire penser à Élie. D’autant plus que celui-ci fut enlevé au ciel et que tous à cette époque attendaient son retour selon la prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que n’arrive le jour de Yahvé, grand et redoutable. » (Ml 3,23). (Philippe BACQ, Un goût d’Évangile, 2006, p.133)

Ainsi, il était de coutume de mettre un couvert de plus sur la table du repas pascal pour Élie qui devait revenir la nuit de Pâque, précédant de peu le Messie.

Abbé Marcel Villers

 

Clés pour lire l’évangile de Marc : 35. Effata !

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 7, 31-37 du 23e dimanche du temps ordinaire.

35. Effata !

Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement.
(Mc 7,35)

Voilà une définition concrète de ce qu’est un disciple de Jésus : une oreille ouverte, à l’écoute et une langue déliée qui proclame la Bonne Nouvelle. Bref, un communiquant.

Les disciples ont besoin d’être guéris de ce double handicap, eux qui s’interrogent à propos de Jésus, ne comprennent pas ses actes et son enseignement. Il leur faut retrouver une oreille attentive à la parole du Christ et l’audace d’un parler franc et clair.

Et nous ? Les comprenons-nous mieux ? Agissons-nous en conséquence ? Nous avons, dans les temps qui sont les nôtres, à restaurer notre capacité d’écoute de la Parole de Dieu et à chercher des canaux nouveaux de communication, de transmission de l’Évangile.

Une citation composée

Les évangiles appuient leur interprétation de Jésus et de sa mission par des citations de l’Ancien Testament qui visent à manifester la continuité du projet de Dieu dont Jésus accomplit les promesses et donne les signes.

« Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. » (7,37) Cette parole prononcée par la foule païenne, témoin de la guérison du sourd-bègue, renvoie à deux passages de l’Ancien Testament combinés en une seule phrase.

– « Il a bien fait toutes choses » évoque un passage de la Genèse : « Dieu vit toutes les choses qu’il avait faites ; et voici, elles étaient très bonnes. » (Gn 1,31 selon la version grecque des LXX) Jésus restaure l’homme dans l’intégrité voulue par Dieu dès l’origine.

– « Voici votre Dieu… Il vient lui-même vous sauver. Alors les yeux des aveugles verront. Et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf. Et la bouche du muet criera de joie. » (Is 35,4-6) Jésus accomplit les promesses de délivrance de toutes les infirmités, signes donnés pour reconnaître le Messie à son action.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 34. Pur-impur

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 7, 1-23 du 22e dimanche du temps ordinaire.

34. Pur-impur

 Rien de ce qui est extérieur à l’homme ne peut le rendre impur, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. (Mc 7,15)

Jésus distingue deux types de souillure. La souillure externe concerne par exemple la nourriture : des mains ou des plats non lavés rendent impurs les aliments, par simple contact. La souillure éthique est d’ordre intérieur, relative aux intentions et a son siège dans le cœur de la personne. « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » (7,21-23) Jésus substitue ainsi à la conception rituelle de la pureté celle de la pureté morale, favorisant l’intériorisation de la religion.

« C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments » (7,19) Telle est la conclusion tirée de cette discussion. Marc clôt ainsi un débat interne à l’Église primitive portant sur l’obligation de suivre les prescriptions alimentaires juives. L’enjeu est la communauté de table entre chrétiens issus du judaïsme et ceux venant du monde païen. La sentence de Jésus est claire : aucune nourriture, qu’elle soit interdite, non casher ou contaminée, n’est susceptible de rendre l’homme impur. Ainsi s’efface une des frontières entre Juifs et païens.

L’ouverture missionnaire

Par la remise en question des interdits alimentaires prescrits par la loi juive, et « qui auraient limité la mission chrétienne vers les païens, Jésus ouvrait, selon Marc, une voie qui justifie la tradition missionnaire ultérieure. Jésus a d’ailleurs annoncé que « l’évangile doit être proclamé à toutes les nations » (13,10). C’est en fonction de cette intention missionnaire que le Jésus de Marc prône le dépassement des règles de pureté liées à une société particulière, voire particulariste, qu’elles devraient protéger.

Grâce aux principes posés : tous les aliments sont purs ; c’est du cœur que vient le mal, Marc brise les barrières du particularisme et ouvre fondamentalement la porte vers un élargissement de la mission en direction des païens. » (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.274-276)

Abbé Marcel Villers

 

Clés pour lire l’évangile de Marc : 33. Incompréhension

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 8, 14-21.

33. Incompréhension

Vous ne comprenez pas encore et vous ne saisissez pas ?
Avez-vous l’esprit bouché ? (Mc 8,17)

Inévitablement, entre Jésus et ses disciples, l’incompréhension s’installe. Crise dans leurs rapports qui renvoie le lecteur de l’évangile aux images trop faciles qu’il s’est faite des disciples et de Jésus. « L’incompréhension des disciples fait partie de la stratégie du narrateur Marc qui veut amener ses lecteurs à réfléchir sur le personnage de Jésus » (Geert VAN OYEN, Lire l’évangile de Marc comme un roman, Bruxelles, 2011, p. 137).

Car qui est cet homme ? Quelle est sa véritable identité ? Si les disciples ne parviennent pas à reconnaître en Jésus le Messie, cela pose question au lecteur. En effet, il sait, depuis le premier verset de l’évangile, que Jésus est le Messie, mais voilà qu’avec les disciples, il se rend compte que Jésus ne correspond pas à la conception traditionnelle du Messie. Cette distorsion l’oblige à se convertir à un autre genre de Messie. « Convertissez-vous et croyez à l’évangile » (1,15).

Figures du Messie

Le mot hébreu Mashiah, qui a donné en français « Messie », signifie : « celui qui a reçu l’onction ». C’était le cas des rois, sacrés lors de leur intronisation. Ils bénéficiaient ainsi d’une protection toute spéciale de Dieu pour défendre le peuple d’Israël contre ses adversaires et le conduire, comme un bon berger, dans la justice et la fidélité à la Loi de Dieu.

Lorsque la royauté s’éteignit en 583, les prophètes prédirent la venue du Messie au terme de l’histoire. Ainsi, à l’époque de Marc, l’attente est vive de la venue de cet envoyé de Dieu, restaurateur du royaume et de la puissance d’Israël. Les interprétations de ce Messie sont diverses : un roi et donc une vision politico-militaire de l’avenir ; un prêtre et une vision cultuelle ; un serviteur souffrant et ainsi une vision sacrificielle du salut.

Abbé Marcel Villers