Le feu sur la terre : comme je voudrais qu’il soit allumé !

Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !

Incendier la terre, mettre le feu au monde : comment comprendre ce projet fou, cette mission que Jésus s’attribue ? Ce feu, c’est d’abord celui qui le brûle, l’ardent désir, la passion qui l’anime : le feu de l’amour capable de transfigurer l’humain. Ah ! Comme je voudrais qu’il soit allumé, dit-il. Impatience, attente ardente qui laisse deviner la passion qui dévore Jésus. Il n’est pas installé dans la paix d’un site tranquille, retiré dans le calme de la nature. Il n’est pas plongé dans la méditation ou l’étude. Jésus est sur les routes, toujours en mouvement, jamais en repos, pressé et passionné par son Père, le Royaume et la misère des hommes.

Le chrétien a les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi, comme dit la lettre aux Hébreux que nous venons d’entendre. Jésus est notre modèle et comme lui, le chrétien est un passionné, passionné de Dieu et de son règne, passionné de l’homme et de son salut.

Cette passion a un prix, elle coûte à Jésus, à ses disciples.
Comme Jérémie jeté au fond d’une citerne, Jésus sera poursuivi, abattu en raison de la vérité de sa parole et de sa passion incendiaire pour Dieu, pour l’homme. Mais il n’est pas le seul, il est le premier d’une foule immense de témoins, comme dit la lettre aux Hébreux. Cette foule de chrétiens qui au long des siècles ont été rejetés, torturés, exécutés parce qu’ils brûlaient de mettre le feu de l’amour au cœur de l’humanité.

Tel est le baptême dont Jésus parle. Telle est l’humiliation de la croix qu’il a endurée. Tel est le sacrifice sanglant que subissent les martyrs, ces hommes, ces femmes qui, aux quatre coins de la terre, sont poursuivis et éliminés en raison de leur passion pour Jésus.

En Chine aujourd’hui, combien sont-ils ces évêques, prêtres, fidèles jetés en prison ?
En Inde, les nationalistes hindous s’en prennent aux chrétiens, comme cette femme qui faillit être brûlée vive en plein rue. En Égypte, les coptes connaissent les massacres à la bombe dans leurs églises.
Et la liste est longue. On estime qu’en 2017, 3000 chrétiens ont été assassinés pour leur foi.
Les yeux fixés sur Jésus, ils ont enduré humiliation et haine, ils ont résisté jusqu’au sang.

Jésus avait prévenu : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, mais plutôt la division.

Jésus et son message ne peuvent laisser indifférents. Chacun est sommé de choisir face à cet incendiaire venu jeter le feu sur terre. Ce feu s’attaque à nos maisons et aux liens familiaux. Il suffit que l’un prenne parti pour Jésus et voilà la division installée. Le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère.

Voilà qui était courant aux premiers temps de l’Église.

Ce l’est tout autant aujourd’hui dans de nombreux pays où devenir chrétien implique de renoncer aux traditions, à la religion de sa famille. C’est considéré évidemment comme une trahison, un reniement des siens. Cela devient aussi de plus en plus fréquent chez nous où l’adhésion à Jésus n’est plus un héritage mais un choix personnel, et donc souvent incompris.

Être chrétien ne va plus de soi dans notre société. Il faut désormais être capable de s’arracher à l’ambiance et à l’esprit du temps, être capable de rupture avec les priorités que se donne notre société.

Contre une société de consommation, qui abreuve les gens de hochets, faire le choix d’une certaine sobriété. Contre la course au profit, s’efforcer de vivre la gratuité. Contre une civilisation de plaisir à outrance, choisir le renoncement.
Être chrétien est le fruit d’une décision, d’une rupture qui ira avec division et incompréhension. C’est que, dit Jésus, je ne suis pas venu mettre la paix dans le monde.

Abbé Marcel Villers
Homélie pour le 20ème dimanche ordinaire (Lc 12, 49-53)

 

Clés pour lire l’évangile de Luc 41. La division

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 49-53 du 20e dimanche ordinaire.

41. La division

Pensez-vous que je sois venu mettre la paix ? Non, mais la division.
(Lc 12, 51)

Jésus ne peut laisser indifférent. Chacun est sommé de choisir face à cet incendiaire « venu apporter un feu sur la terre. » (12, 49) Ce feu s’attaque à nos maisons et aux liens familiaux. Il suffit que l’un prenne parti pour Jésus et voilà la division installée : « le père contre le fils et le fils contre le père ; la mère contre la fille et la fille contre la mère. » (12, 53)

Ce facteur de division qu’est Jésus et son annonce de la venue du Règne de Dieu engendre complots et volonté de s’en débarrasser. Il sait qu’il va être rejeté et tué. « Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse est la mienne ! » (12, 50) C’est aussi celle de ces innombrables chrétiens poursuivis, chassés, assassinés pour leur foi.

Le feu

« Dans la Bible, Dieu se révèle dans le feu : au buisson ardent (Ex 3, 2), au mont Sinaï (Ex 19, 18), aux yeux des prophètes (Ez 1, 4). Le feu fait aussi partie du rituel des sacrifices au temple où à l’occasion il tombait du ciel pour dévorer l’holocauste (1 R 18, 39). Le feu a toujours été considéré comme une des forces de la nature. Il rappelle l’œuvre de la création divine. C’est pourquoi il est interdit de faire du feu le jour du sabbat (Ex 35, 3). Purificateur par excellence, le feu est l’instrument du châtiment divin (Ps 50, 3 ; Mc 9, 49 ; Ap 8, 9) ; mais il est aussi symbole de forces purificatrices positives comme le baptême (Mt 3, 11) ou l’amour (Ct 8, 6). » (André CHOURAQUI, Dictionnaire de la Bible et des religions du livre, 1985)
En Lc 12, 49, le feu évoque l’Esprit-Saint car Jésus avait pour mission de « baptiser dans l’Esprit-Saint et le feu » (Lc 3, 16). Les apôtres seront « baptisés dans l’Esprit-Saint » à la Pentecôte (Ac 1,5).

Abbé Marcel Villers