Et toi, m’aimes-tu ?

PierreMaimesTu

Homélie de l’abbé Jean-Marc Ista
pour le 3ème dimanche de Pâques (année C)

Theux – 10 avril 2016

Quant aux apôtres, (…) ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus (Ac 5.41).

Alors qu’approche pour nous « le temps des communions », la joie évoquée dans l’Écriture fait contraste avec bien d’autres. Elle paraît si lointaine ou si bizarre, alors que dans bien des communautés et des familles, l’on se prépare à la joie de la fête faite d’émerveillements !

Bien sûr, justement, à cause du Seigneur Jésus, il ne s’agit pas d’opposer ces joies ou d’en dénigrer l’une pour l’autre. Le Christ n’a-t-il pas jubilé sous l’action de l’Esprit : Père du ciel et de la terre, je te bénis d’avoir caché cela aux sages ou aux savants et de l’avoir révélé aux tout petits ! (Mt 11, 25-30). Il suffit d’avoir côtoyé, dans un moment de vérité, les enfants et les jeunes lors d’une rencontre de catéchisme ou de la retraite, pour toucher à cette joie simple de ceux qui ont un cœur ouvert et illuminé de confiance…

C’est le même Jésus qui a dit Je veux que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète ! (Jn 15, 11). Il n’exprime pas ce vœu à n’importe quel moment. C’est à l’heure de sa passion quand l’angoisse monte devant la souffrance et la mort. Quand la vie se révèle fragile et précieuse !

La joie dont parle Jésus est la joie parfaite, gratuite et imprenable. C’est la joie de vivre de quelqu’un qui sait que tout est dans la main du Père, que tout vient de lui et retourne à lui.

Au bord du lac, Pierre a d’abord éprouvé la joie des retrouvailles avec l’être aimé : il en a bondi et s’est jeté à l’eau (Jn 21. 1-9) Après le repas, il a connu un autre moment d’intense émotion. Voilà que Jésus lui demande s’il l’aime alors qu’il sait bien que oui et qu’il connaît aussi ses reniements. Non content de lui demander s’il a un amour plus fort que les autres, ce qui mènerait Pierre à dire oui avec impulsivité, Jésus met le doigt sur la faille en demandant : M’aimes-tu d’un amour « divin » ? (parfait). Pierre, en vérité, répond qu’il aime Jésus d’amitié, un amour terrestre, mais sa spontanéité cache mal son malaise. Jésus insiste en réitérant sa question et ce n’est que lorsqu’il demande : Pierre, m’aimes-tu d’amitié ? que la tristesse de Pierre se manifeste en peine. La peine des repentis, ceux qui reconnaissent le mal qu’ils ont fait, mais qui savent qu’ils ne seront pas rejetés…

Dans la finesse du dialogue, Jésus a conduit Pierre à éprouver la joie du pécheur repenti et pardonné. Par la miséricorde, cette joie rejoint la joie imprenable. Pierre est marqué à jamais de cette expérience. Il en est dynamisé et pour lui s’ouvre l’avenir avec son inattendu !

Et nous ? La joie d’une révélation nous parait peu probable (Ap 5, 11-14), la joie de l’annonce, voire de la contradiction missionnaire, nous est accessible mais secondaire. Comme Pierre, la joie d’aimer Jésus et de se savoir aimé de lui avec fidélité et miséricorde est première et fondatrice. Elle est aussi la plus disponible. Cette joie est la joie parfaite !

Tu as changé mon deuil en une danse ; mes habits funèbres en parure de joie. Que mon cœur ne se taise pas : qu’il soit ne fête pour toi. Sans fin, Seigneur, mon Dieu, que je te rende grâce ! Ps 29 (30)

Abbé Jean-Marc Ista,
Curé de l’Unité pastorale de Theux

P.S. Merci à Jean-François Kieffer pour son beau dessin !

Les trois piliers du carême : jeûner, prier, partager

Désert

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 1er dimanche de carême, année C (Lc 4,1-13)
à Theux, le 14 février 2016

Cette expérience du désert que vit Jésus est une école d’amour. Tel doit être aussi pour nous ce temps de Carême. Nous avons été créés par amour et pour aimer en retour. Où en sommes-nous sur ce chemin de l’amour dans notre vie ?

Le moteur le plus naturel de notre vie est l’amour de soi qui débouche sur l’amour des autres et l’amour de Dieu. A la base donc, l’amour de soi. Encore faut-il l’ajuster car toujours il tend à gonfler et devenir pure recherche de soi. Trois brèches alimentent cette déviation de l’amour. Elles sont symbolisées par ces trois tentations qui ont éprouvé Jésus au désert.

La première brèche est celle de la convoitise.

En chacun de nous existe un désir sain et naturel de vivre, d’être, de produire, d’engendrer. L’homme recherche ce qui est bien et bon. Mais le pas est vite franchi de rechercher ce qui est bien pour soi, d’accaparer pour soi, de posséder pour soi.

Ordonne à cette pierre de devenir du pain… pour toi.

Cela se traduit par la course à la consommation, à la possession, une recherche effrénée de toujours plus, une quête éperdue de la croissance, comme disent les économistes. Et pourtant reste l’insatisfaction de cette faim qui nous tenaille et qu’aucun bien matériel ne peut combler.

Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.

Ne cherchons pas à l’extérieur ce qui nous est donné à l’intérieur, dans le secret de notre cœur. C’est de Dieu que nous vient cette autre nourriture qui comble la faim.

La deuxième brèche est celle de l’orgueil.

Elle se greffe sur le besoin normal de créer, d’organiser notre temps et les choses. La déviation consiste à vouloir tout dominer pour soi, par le pouvoir, la richesse ou le savoir.

Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, dit le diable à Jésus.

Tous, nous cherchons à être maîtres de notre vie, de notre temps. On veut garder l’initiative des événements, des choses, des gens, de soi, tout contrôler pour soi. Et contrôler devient vite dominer, écraser ceux qui gênent.

Nous nous croyons maîtres de notre vie, pensant que tout dépend de nous, y compris les autres. L’orgueil, c’est l’amour de soi qui devient une idolâtrie du moi. L’homme se fait Dieu.

Tu n’adoreras que Dieu seul.

Non pas ma gloire mais ta gloire, Seigneur. Savoir reconnaître que tout vient de Lui et que sans Lui, nous ne pouvons rien faire.

La troisième brèche est celle de la vanité.

Nous avons besoin, et c’est normal, d’être reconnu et aimé. Sans l’amour des autres, nous sommes incapables de devenir nous-mêmes. Ce sont les autres qui nous construisent.

Mais cette relation peut vite devenir à sens unique par le seul désir d’être admiré, exalté, bien vu de notre entourage. Les réseaux sociaux en sont aujourd’hui l’instrument et l’on sait où cela peut mener.

Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, fais un coup d’éclat devant tout le monde et tu assureras ta réputation !

Jésus, lui, nous montre le chemin de l’humilité qui réoriente notre désir d’être reconnu. Pourquoi forcer Dieu à donner des preuves ?

Lui seul nous dit en vérité : Tu es mon fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon amour.

Ce temps de Carême est un temps de conversion, de retournement vers l’intérieur de soi pour laisser résonner cette voix intérieure du Père. Redécouvrir ainsi que nous sommes aimés, infiniment, sans condition. Trois chemins de conversion nous sont indiqués par Jésus.

Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.

En pratiquant le jeûne, nous creusons en nous un autre désir, masqué le plus souvent par notre appétit des choses matérielles : le désir d’une nourriture substantielle, d’un pain pour l’âme. Le carême nous enjoint à lire et murmurer la Parole de Dieu.

C’est Dieu seul que tu adoreras.

Nous avons tous nos idoles, ces faux dieux que nous adorons et pour lesquels nous sommes prêts à tout : le pouvoir, la richesse, le plaisir, etc. Le carême nous invite à la prière, à adorer Dieu seul et renoncer à nos idoles.

Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.

Dieu n’est pas un instrument entre nos mains. Nous nous en servons si facilement pour attendre de lui ce qu’il nous appartient de faire. Le carême nous propose d’agir pour le bien de nos frères, au moins de partager.

Ainsi nous sont rappelés les trois piliers du carême : jeûner, prier, partager.

Bon carême !

Abbé Marcel Villers
Inspiré par une homélie des Fraternités de Jérusalem 2007

P.S. Merci à Jean-François Kieffer pour son dessin !

Prière pour accompagner notre Carême

EnfantsPrière

Sous les cendres de nos vies, Seigneur,
le souffle de ton Esprit
vient raviver le feu de ton Amour.

Rends nos cœurs brûlants,
apprends-nous à prendre du temps
pour te prier dans le secret.

Viens enlever de nos vies
tout ce qui nous empêche de Te rencontrer.

Ouvre nos mains pour le partage
avec nos frères les hommes.

Nous vivrons alors ce Carême
comme un temps de bonheur avec Toi,
notre Dieu pour les siècles des siècles,
Amen !

Cette prière nous est proposée par le père Norbert Maréchal, qui a la gentillesse de rendre de nombreux services dans notre Unité pastorale en l’absence de notre curé !

Merci à lui et à Jean-François Kieffer pour son joli dessin !

Joie de vivre !

EnfantFenêtre

Être chrétien,
ce n’est pas promener dans le monde une figure morose,
ce n’est pas répandre autour de soi ses mauvaises humeurs,
ce n’est pas dissoudre la joie des autres,
ce n’est pas éteindre leur espérance,
ce n’est pas colporter des nouvelles catastrophiques !

Être chrétien, c’est faire fleurir toutes les fleurs
dans la certitude que l’amour aura le dernier mot.

Maurice Zundel

Que notre joie de vivre puisse toucher les cœurs de celles et ceux que nous rencontrerons cette semaine !

 

P.S. Merci à Jean J. pour l’envoi de cette dynamisante réflexion et à Jean-François Kieffer pour son joli dessin !