Les trois piliers du carême : jeûner, prier, partager

Désert

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 1er dimanche de carême, année C (Lc 4,1-13)
à Theux, le 14 février 2016

Cette expérience du désert que vit Jésus est une école d’amour. Tel doit être aussi pour nous ce temps de Carême. Nous avons été créés par amour et pour aimer en retour. Où en sommes-nous sur ce chemin de l’amour dans notre vie ?

Le moteur le plus naturel de notre vie est l’amour de soi qui débouche sur l’amour des autres et l’amour de Dieu. A la base donc, l’amour de soi. Encore faut-il l’ajuster car toujours il tend à gonfler et devenir pure recherche de soi. Trois brèches alimentent cette déviation de l’amour. Elles sont symbolisées par ces trois tentations qui ont éprouvé Jésus au désert.

La première brèche est celle de la convoitise.

En chacun de nous existe un désir sain et naturel de vivre, d’être, de produire, d’engendrer. L’homme recherche ce qui est bien et bon. Mais le pas est vite franchi de rechercher ce qui est bien pour soi, d’accaparer pour soi, de posséder pour soi.

Ordonne à cette pierre de devenir du pain… pour toi.

Cela se traduit par la course à la consommation, à la possession, une recherche effrénée de toujours plus, une quête éperdue de la croissance, comme disent les économistes. Et pourtant reste l’insatisfaction de cette faim qui nous tenaille et qu’aucun bien matériel ne peut combler.

Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.

Ne cherchons pas à l’extérieur ce qui nous est donné à l’intérieur, dans le secret de notre cœur. C’est de Dieu que nous vient cette autre nourriture qui comble la faim.

La deuxième brèche est celle de l’orgueil.

Elle se greffe sur le besoin normal de créer, d’organiser notre temps et les choses. La déviation consiste à vouloir tout dominer pour soi, par le pouvoir, la richesse ou le savoir.

Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, dit le diable à Jésus.

Tous, nous cherchons à être maîtres de notre vie, de notre temps. On veut garder l’initiative des événements, des choses, des gens, de soi, tout contrôler pour soi. Et contrôler devient vite dominer, écraser ceux qui gênent.

Nous nous croyons maîtres de notre vie, pensant que tout dépend de nous, y compris les autres. L’orgueil, c’est l’amour de soi qui devient une idolâtrie du moi. L’homme se fait Dieu.

Tu n’adoreras que Dieu seul.

Non pas ma gloire mais ta gloire, Seigneur. Savoir reconnaître que tout vient de Lui et que sans Lui, nous ne pouvons rien faire.

La troisième brèche est celle de la vanité.

Nous avons besoin, et c’est normal, d’être reconnu et aimé. Sans l’amour des autres, nous sommes incapables de devenir nous-mêmes. Ce sont les autres qui nous construisent.

Mais cette relation peut vite devenir à sens unique par le seul désir d’être admiré, exalté, bien vu de notre entourage. Les réseaux sociaux en sont aujourd’hui l’instrument et l’on sait où cela peut mener.

Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, fais un coup d’éclat devant tout le monde et tu assureras ta réputation !

Jésus, lui, nous montre le chemin de l’humilité qui réoriente notre désir d’être reconnu. Pourquoi forcer Dieu à donner des preuves ?

Lui seul nous dit en vérité : Tu es mon fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon amour.

Ce temps de Carême est un temps de conversion, de retournement vers l’intérieur de soi pour laisser résonner cette voix intérieure du Père. Redécouvrir ainsi que nous sommes aimés, infiniment, sans condition. Trois chemins de conversion nous sont indiqués par Jésus.

Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.

En pratiquant le jeûne, nous creusons en nous un autre désir, masqué le plus souvent par notre appétit des choses matérielles : le désir d’une nourriture substantielle, d’un pain pour l’âme. Le carême nous enjoint à lire et murmurer la Parole de Dieu.

C’est Dieu seul que tu adoreras.

Nous avons tous nos idoles, ces faux dieux que nous adorons et pour lesquels nous sommes prêts à tout : le pouvoir, la richesse, le plaisir, etc. Le carême nous invite à la prière, à adorer Dieu seul et renoncer à nos idoles.

Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.

Dieu n’est pas un instrument entre nos mains. Nous nous en servons si facilement pour attendre de lui ce qu’il nous appartient de faire. Le carême nous propose d’agir pour le bien de nos frères, au moins de partager.

Ainsi nous sont rappelés les trois piliers du carême : jeûner, prier, partager.

Bon carême !

Abbé Marcel Villers
Inspiré par une homélie des Fraternités de Jérusalem 2007

P.S. Merci à Jean-François Kieffer pour son dessin !

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