Clés pour lire l’évangile de Jean : 12 Croire sur parole

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Après le premier signe à Cana, nous lisons aujourd’hui le second signe accompli par Jésus en Galilée : Jn 4, 43-54.        

12. Croire sur parole

Va, ton fils est vivant. L’homme crut à la parole de Jésus. (Jn 4,50)

« Si vous ne voyez pas de signes et de prodiges, vous ne croirez donc pas. » (4, 48) Ce reproche aux Galiléens, les compatriotes de Jésus, l’officier royal le contredit puisqu’il croit en la parole de vie de Jésus. Cette adhésion à Jésus se fait à distance, « pendant qu’il descendait » (4, 51). Jésus est absent physiquement mais présent par la parole que l’officier a entendue et qui l’habite. Il la reconnait puissante sur la mort. « Ses serviteurs lui dirent que son enfant était vivant » (4, 51)

Pour nous, les croyants d’après Pâques, Jésus est absent. Le temps des prodiges est révolu, mais nous avons sa Parole. La vie nous est donnée maintenant, à l’heure même où, comme pour l’officier royal, la Parole est entendue et accueillie. C’est aujourd’hui que le croyant passe de la mort à la vie car habité par une Parole qui est vie.

Le fonctionnaire royal

Le fonctionnaire royal est-il un Juif ou un païen ? Le terme grec qui le désigne est basilikos, qui signifie « royal », un adjectif pris comme substantif. Le terme souligne que l’homme est au service du roi Hérode Antipas, tétrarque de Galilée. Même si l’homme n’est pas un païen, il est au service d’un roi hellénistique et dont la vie est loin d’être conforme à la loi juive. Il a fait édifier la ville de Tibériade sur un lieu impur pour les Juifs, un ancien cimetière. Il a donné à cette ville le nom de l’empereur de Rome. De plus, il ne s’est pas privé de faire taire le prophète Jean. Le fonctionnaire qui sollicite Jésus est donc un homme marqué par la culture hellénistique, donc païenne. (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous reprenons la lecture continue de Luc : Lc 7, 1-10.

26. Jésus en admiration

Dis une parole, et que mon serviteur soit guéri ! (Lc 7,7) 

Jésus ne peut qu’admirer la foi de ce centurion, un païen méprisé par les Juifs. Il croit en Jésus sur parole. Pas besoin que ce dernier se déplace pour guérir, qu’il dise seulement un mot et le serviteur sera guéri. Sa parole est efficace comme celle de l’officier qui commande à ses hommes et ils obéissent. « J’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : « Va », et il va. » (7,8) De même, « Dis une parole, et que mon serviteur soit guéri ! » (7,7) Alors, Jésus s’exclame : « Même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! » (7,9)

Comme nous, les destinataires de l’évangile de Luc n’ont pas connu Jésus selon la chair. Reste sa parole, une parole qui peut guérir. Aujourd’hui, le Seigneur nous visite par sa parole. C’est ce que Luc veut enseigner à ses lecteurs qui sont, comme le centurion, des païens d’origine attirés par le judaïsme et qui ont trouvé leur bien dans la foi chrétienne. C’est avec eux qu’avant de communier, nous prions : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ; mais dis seulement une parole et je serai guéri. »

Juifs et païens

Le centurion est peut-être romain ou issu de Syrie et engagé dans l’armée romaine. De toute façon, il n’est pas Juif ; il est donc païen car on ne peut être que l’un ou l’autre. Mais une troisième catégorie se dessine alors chez les Juifs hellénisés, celle des « craignant-Dieu ». Ce sont des païens attirés par la religion juive, mais qui ne passent pas de fait au judaïsme. Le centurion est dans ce cas. Au dire des notables juifs, ce soldat « aime notre nation, c’est lui qui nous a construit la synagogue. » (7,5)

Le centurion connaît les usages et les interdits que la Loi juive impose. Ainsi il sait qu’un Juif ne peut entrer en contact et encore moins dans la maison d’un païen au risque de se rendre impur. C’est pourquoi il ne vient pas lui-même trouver Jésus, il envoie des notables intercéder en sa faveur. Ensuite, il ne lui demande pas d’entrer dans sa maison, mais de guérir à distance, sans devoir se souiller.

Abbé Marcel Villers