CLÉS POUR LIRE JEAN : 38. COMMUNIER

Clés pour lire l’évangile de Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus s’offre en nourriture : Jn 6, 51-58 du 20e dimanche ordinaire.

Communier
« Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » (Jn 6,52)

« Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (6, 51) est la réponse à l’interrogation : comment cela est-il possible ? Cette question est comme un signal de l’évangéliste. Pour comprendre, il faut changer de registre, passer à un autre plan, quitter celui du réalisme pour entrer dans l’ordre de la foi et des réalités ultimes.

« Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (6, 56). Voilà qui dit ce dont il est question dans la communion. Communier, c’est habiter le Christ et le laisser nous habiter, corps et âme. De sorte que nous formons tous le grand Corps du Christ. Le pain que nous mangeons est le Corps du Christ, comme dit le prêtre en donnant la communion. L’assemblée que nous formons, tous unis par notre communion avec Lui, est le Corps du Christ, l’Église. Ce Corps du Christ, Teilhard de Chardin le voyait comme l’achèvement du phénomène humain. Cette communion universelle des humains est fondée sur le don, ce corps livré et ce sang versé par Jésus.

La chair du Fils de l’homme
Les Juifs s’avèrent incapables de comprendre le propos de Jésus car ils donnent un sens matériel à « chair » (sarx en grec) qui désigne l’être humain dans sa fragilité, son caractère mortel. Appliqué à Jésus, ce terme manifeste la vérité, le réalisme de l’incarnation : « le Verbe s’est fait chair ». Ainsi, la « chair » que Jésus donne à manger, le sang qu’il faut boire pour avoir la vie sont inséparables de tout l’être concret de Jésus, ses actes, ses paroles. Réalisme du don de la vie de Jésus, mais il s’agit de « la chair du Fils de l’homme et de son sang ». Or ce Fils de l’homme vient d’ailleurs et ne peut être le lieu d’une interprétation naturelle. La manducation de la chair et du sang permet une communion, une interpénétration avec Jésus qui est dans l’ordre de la foi. Bref, l’acte liturgique de la communion eucharistique est l’expression concrète et significative de l’acte de foi en Jésus, don du Père de vie.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE : DEUXIÈME DIMANCHE DU CARÊME 2024 THEUX

SAUVEGARDER LA MAISON COMMUNE
Deuxième dimanche du carême 2024
Transfiguration

Dieu peut-il vouloir la mort de l’homme ?
C’est bien ce que cherche le déluge annoncé à Noé.
C’est bien ce qu’Abraham comprend : qu’il doit offrir son fils en sacrifice.
C’est bien ce que Jésus annonce : qu’il doit mourir sur la croix.
Mais au déluge, l’arche de Noé a échappé.
Le bras d’Abraham a été arrêté par l’ange.
Jésus s’est relevé du tombeau.
L’issue est toujours la lumière, celle de la transfiguration de nos épreuves et de nos morts. Au bout, il y a toujours Pâques, la grande métamorphose.

La Transfiguration est l’issue du parcours du Christ. La transfiguration, la métamorphose de tout son être révèle la véritable nature de Jésus, mais aussi de toute créature. « Sur le Thabor, le Christ transforma la nature enténébrée d’Adam. L’ayant illuminée, il la divinisa. »

La Transfiguration a aussi un aspect cosmique. La lumière divine transforme le corps mortel en corps de gloire, la matière elle-même est ainsi glorifiée, transfigurée. Nous en connaissons déjà un avant-goût avec le pain et le vin de l’eucharistie, transfigurés en corps et sang du Christ. Toutes les créatures de l’univers matériel trouvent ainsi leur nature profonde. En toutes choses, Dieu peut être trouvé.

Voilà qui donne à l’homme une responsabilité majeure, celle de célébrer la transfiguration de l’univers. L’être humain, tout autant que roi, est prêtre, et donc homme de l’eucharistie. En offrant le pain et le vin, lors de la messe, c’est toute la matière de ce monde qui devient le corps du Christ.

Seul dans les steppes d’Asie, sans autel, sans pain, ni vin, Teilhard de Chardin a célébré la messe sur le monde. C’était le jour de la fête de la Transfiguration, en 1923. « Recevez, Seigneur, cette Hostie totale que la Création vous présente. » L’autel est la terre entière, l’hostie « le travail et la peine du monde » ; le calice la sève des « fruits broyés ».  Par-delà l’hostie,  l’action eucharistique s’étend au Cosmos lui-même. La Matière entière subit la grande consécration, sa transfiguration.

La transfiguration de l’univers en communion, en corps du Christ, est notre sacerdoce commun. La création, écrit saint Paul, a l’espérance qu’elle aussi sera délivrée de la corruption asservissante pour participer à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. (Ro 8,19-21) Il ne s’agit plus seulement de protéger la nature, mais de la libérer, libérer toutes les créatures de l’asservissement que lui font subir les humains.

Comme l’écrit le poète : « Toute la terre attend les enfants de la Grâce pour être libre enfin et allégée de sa tristesse ; et la mer rend l’amour par toutes ses vagues, et les forêts, et les champs, et les peuplades d’oiseaux rendent l’amour. » (Patrice de La Tour du Pin)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 64. QUAND LE CHRIST APPARUT

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Quand le Christ apparut

« Les prodigieuses durées qui précèdent le premier Noël ne sont pas vides du Christ, mais pénétrées de son influx puissant.
C’est l’agitation de sa conception qui remue les masses cosmiques et dirige les premiers courants de la biosphère.
C’est la préparation de son enfantement qui accélère les progrès de l’instinct et l’éclosion de la pensée sur Terre.
Ne nous scandalisons plus des attentes interminables que nous a imposées le Messie.
Il ne fallait rien moins que les labeurs effrayants et anonymes de l’Homme primitif,
et la longue beauté égyptienne,
et l’attente inquiète d’Israël,
et le parfum lentement distillé des mystiques orientales,
et la sagesse cent fois raffinée des Grecs
pour que sur la tige de Jessé et de l’Humanité  la Fleur pût éclore.

Toutes ces préparations étaient cosmiquement, biologiquement, nécessaires
pour que le Christ prît pied sur la scène humaine.
Et tout ce travail était mû par l’éveil actif et créateur de son âme en tant que cette âme humaine était élue pour animer l’Univers.
Quand le Christ apparut entre les bras de Marie, il venait de soulever le monde. »

(Teilhard de Chardin, Mon univers, 1924)

Pierre TEILHARD DE CHARDIN, (1881-1955), prêtre jésuite français, paléontologue, théologien et philosophe. Autant scientifique que mystique, il voit la résurrection comme un événement cosmique qui fait du Christ le centre universel.