Allons-nous laisser la Bonne Nouvelle sans voix, la garder bien cachée parmi nous ?

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 33ème dimanche ordinaire (Année A)
(Mt 25, 14-30) – Theux, 19 novembre 2017

Extraordinaire le rendement obtenu par les premiers serviteurs.
Pour cinq talents déposés, cinq talents de bénéfices ! Du cent pour cent.

Voilà une rentabilité qui a de quoi faire rêver, surtout de nos jours.

Est-ce que Jésus veut nous donner une leçon de capitalisme, nous donner en modèle des gagnants, nous encourager à la réussite, et tant pis pour les perdants ? Jésus est-il un professeur de morale ?

Avec cette parabole, Jésus nous interroge plutôt sur ce que nous avons fait et faisons de l’Évangile qui nous est confié. Souvenons-nous du début de cette histoire.

Un homme, au moment de partir en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens… selon les capacités de chacun.

Un homme s’en va et laisse ses biens. Pendant son absence, il confie sa fortune à ses serviteurs. C’est quoi cette fortune, ces biens que l’homme confie au moment de partir ?

Ce ne peut être que l’Évangile, la Bonne Nouvelle.

Car quelle fortune avait Jésus, sinon ce trésor caché depuis des siècles et qu’il est venu nous révéler et nous offrir ? C’est bien à nous que le Seigneur a confié tous ses biens avant de nous quitter. L’Évangile nous a été livré afin que nous en prenions la responsabilité.

Car il nous faudra en répondre : Longtemps après, nous dit la parabole, le maître de ces serviteurs revient et il leur demande des comptes.

Qu’avons-nous fait de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle ?

Deux attitudes sont présentées. Laquelle est la nôtre ?

Il y a d’abord celle des deux premiers serviteurs qui s’occupèrent de faire fructifier les talents reçus et en gagnèrent d’autres. C’est bien ce qui est attendu : Très bien, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître. Quoi de plus normal ! Ils se sont montrés dignes de la confiance faite. Ils ont pris leurs responsabilités.

Quant au troisième serviteur, celui qui n’avait reçu qu’un talent, il fit un trou dans la terre et enfouit l’argent de son maître. Pourquoi a-t-il caché le trésor ? Par peur. Peur de Dieu. Peur du risque. Voilà la deuxième attitude, celle qui est dénoncée.

Il y a mille manières d’enterrer l’Évangile, de le cacher au lieu de le répandre, de l’enfouir au lieu de l’annoncer.

Par peur. Peur de se compromettre et de risquer des moqueries, du genre : Tu en es encore là, mais tout cela, c’est dépassé ou Laisse-nous tranquille avec ton Jésus ou Arrête, ça ne m’intéresse pas.

On enterre aussi l’Évangile par excès de bonne conscience. L’assurance de leur baptême et de leur pratique religieuse suffit à beaucoup de chrétiens. N’est-ce pas tout ce que Dieu demande pour être en ordre et sauvés ?

L’Évangile est aujourd’hui bien silencieux et ses porteurs bien timides. Aurions-nous enterré le talent, ce trésor qui nous est confié ? Allons-nous laisser la Bonne Nouvelle sans voix, la garder bien cachée parmi nous ?

Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur la situation de notre Église : nos paroisses et notre langage, aussi bien nos mots que nos rites, sont devenus inaccessibles à la majorité de nos concitoyens, inscrits dans une autre culture, et peu enclins à rejoindre nos assemblées de plus en plus étroites et qui nous font ressembler à une secte.

Nous ne sommes plus en chrétienté, mais en pays de mission.

Il nous faut devenir des disciples-missionnaires, comme dit le pape François.

Il nous faut prendre des risques et surtout inventer une autre manière de traduire l’Évangile dans la culture de notre temps, inventer une autre manière de faire Église au cœur d’une société plurielle, inventer une autre façon de s’adresser aux hommes et femmes d’aujourd’hui.

Bref, notre Église, celle qui est à Theux, est confrontée à des décisions majeures impliquant une prise de risque, celui d’exister autrement en inventant une nouvelle manière d’être Église dans les réalités locales.

Sans quoi, elle risque de ne plus exister. Alors, là seront les pleurs et les grincements de dents.

Abbé Marcel Villers

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