30e dimanche. Luc 18, 9-14 : Qui est juste aux yeux de Dieu ?

Quelle attitude, quels comportements Dieu attend-il de nous ? Que faire pour être juste, « ajusté » à Dieu ?La réponse de Jésus est claire et procède par opposition. Le pharisien est un modèle à ne pas suivre. Le publicain, par contre, est le bon exemple à imiter.
Bel exemple que ce publicain, cet agent de l’ennemi, trafiquant l’impôt qu’il est chargé de récolter ! Un collaborateur, un voleur public : est-ce là l’exemple à suivre ? Pourquoi pas plutôt l’autre, le pharisien ? Un homme très religieux, bon pratiquant, époux fidèle, observateur zélé des commandements de Dieu, généreux, donnant 10% de ses revenus au Temple. C’est d’ailleurs le modèle pour les gens de l’époque. Mais Jésus affirme que Dieu ne se reconnaît pas dans ce comportement.

Mais alors, à quoi servent les bonnes œuvres ? A quoi sert de pratiquer la religion, d’observer les commandements, d’être honnête si Dieu justifie le pécheur ? C’est injuste. Pratiquer sa religion et suivre la morale, cela n’a-t-il donc plus de sens ? Faire le bien, faire le mal, peu importe puisque Dieu aime le pécheur qui se repent. Il n’y a plus d’ordre moral si on supprime ainsi toute distinction entre les hommes, toute différence entre justes et pécheurs, religieux et païens, bons et mauvais. On ne sait plus qui est qui. Tout est confusion.

Et pourtant, l’Evangile est ici. C’est sur ce point qu’il est Bonne nouvelle et révolutionne la conception de Dieu. Dieu n’est pas un juge qui récompense les bons et punit les méchants. Il n’est pas le garant de l’ordre moral ou social. Le Dieu de l’Evangile est ailleurs, il est à situer du côté de l’amour. Il aime l’homme pour lui-même, non pour ses mérites. Pour lui, un homme vaut un homme. Alors, être juste, c’est-à-dire, être « ajusté » à Dieu, son être et son action, c’est aimer comme Dieu aime, sans discrimination, sans différence.

Voilà pourquoi le pharisien est un exemple à ne pas suivre. Rappelez-vous sa prière.
« Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres – et les autres, que sont-ils ? – voleurs, injustes, adultères, et il ajoute : je ne suis pas comme ce publicain. »
L’évangéliste a bien compris et traduit notre sentiment quand il écrit : « Il est convaincu d’être juste et méprise les autres. »

Tout est dit : avec un tel regard sur soi et sur autrui, cet homme ne peut pas connaître Dieu, être « ajusté » à lui, être un juste. L’Evangile et la foi chrétienne dépassent la simple visée de la moralité avec tous ses préceptes. Au centre : le respect de l’être humain, au-delà des sentiments qu’il inspire ou de la qualité de ses actes. Non parce que le prochain est tel ou tel, mais en tant qu’être humain et, en cela même, digne de l’amour singulier que Dieu lui porte. Ici se fonde l’humanisme évangélique, contribution spécifique du christianisme à la civilisation. On en tire le principe de l’universel humain qui interdit d’enclore les individus dans des catégories, imperméables les unes aux autres.

Le Dieu nouveau, révélé par l’Evangile, repousse tout classement des êtres humains en riches et pauvres, bons et mauvais, libres ou esclaves, hommes ou femmes. Restent simplement des enfants de Dieu.

Abbé Marcel Villers
Homélie du 30e dimanche ordinaire Theux 27/10/2019

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