Méditation sur l’évangile du 3ème dimanche du carême : Jn 4, 5-42

En ce temps d’absence de célébrations dominicales, nous vous offrons néanmoins une méditation-homélie sur les lectures du dimanche. Pour ce premier dimanche « sans », une méditation sur le lieu de la présence de Dieu et le culte nouveau prôné par Jésus. Tout à fait d’actualité.

Adorer en esprit et vérité

Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ?
La question des Hébreux porte sur la présence de Dieu parmi les hommes. Où est-il présent ?

Lors de la longue traversée du désert, Dieu réside au milieu de son peuple dans une tente, un tabernacle portatif, l’Arche. De jour, il cheminait avec le peuple ; le soir, on montait la tente pour la prière et le culte. Dieu est donc mobile et chez lui partout.
Mais voilà qu’installés dans le pays de Canaan, on lui élève des maisons, des sanctuaires, des temples. Le Dieu nomade de la traversée du désert est devenu un sédentaire, il habite un lieu bien précis qui devient une terre sainte. Mais ces lieux sont multiples et entrent en concurrence : où est la vraie demeure de Dieu ? où se trouve le vrai Dieu ?

Cette question, nous l’avons longtemps oubliée dans la mesure où nous avons délimité un territoire propre à chaque religion. Ainsi le Dieu chrétien avait le monopole en Europe ; le Dieu musulman dans le monde arabe ; etc. Chacun chez soi. Mais voilà qu’avec l’arrivée et l’installation, dans notre territoire, de croyants d’autres religions et qui construisent des lieux de culte pour leur Dieu, beaucoup de nos contemporains se posent la question de la Samaritaine à Jésus : Nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.

Dieu est-il attaché à un lieu ? Sa présence rend-elle ce lieu sacré ? En fait-elle une terre sainte ? Nous connaissons le Mur des lamentations, la ville sainte de La Mecque, Rome, Jérusalem ou Lhassa au Tibet. Les religions ont besoin de marquer un territoire, d’assigner en quelque sorte Dieu à résidence. Ces lieux, ces terres ou ces villes saintes sont considérés comme des lieux exceptionnels. Là, on peut accéder au divin dans une sorte d’immédiateté sensible. Là on ressent la présence divine. C’est la réponse assez unanime des religions à la question des Hébreux dans le désert : Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? 

Quant à Jésus, il répond : Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer.
Jésus ne s’inscrit pas du tout dans une sorte de balisage géographique du divin. Il prend nettement distance par rapport à toute localisation de Dieu.
Au nom même de l’identité de Dieu : Dieu est esprit, affirme Jésus. Dieu n’est pas localisable dans un territoire ou un sanctuaire. Dieu est esprit.

Cela ne signifie pas que Dieu soit une réalité évanescente, sans consistance. Simplement, Dieu n’appartient pas au monde des objets. Dieu échappe à toute localisation, à toute maîtrise par l’homme.
L’heure vient, dit Jésus, où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer Dieu. Car Dieu n’est nulle part dans l’espace extérieur. On ne peut mettre la main dessus. Il est au-delà de tout ce que nous pouvons manipuler, dire et penser.

Dieu est esprit.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. Si Dieu n’est pas ici ou là, cela change aussi la nature du culte à lui rendre. Le véritable culte, le vrai rapport à Dieu, s’effectue en esprit et vérité.
Pour rencontrer Dieu, Jésus invite non pas à se déplacer dans l’espace extérieur, mais dans le territoire intérieur. « Tu cherchais une montagne pour rencontrer Dieu, écrit St Augustin. Descends en toi pour parvenir jusqu’à Dieu. » C’est là, dans cette chambre secrète du cœur, que Dieu se trouve en esprit et vérité.

Voilà qui relativise sérieusement les lieux de culte et même les religions. Cette foi en un Dieu qui est esprit et donc accessible par chacun dans le lieu du cœur a rendu possible la rencontre, le dialogue et la fraternité entre les religions. Chacun reste différent dans l’expression, mais tous se rejoignent dans ce lieu du cœur d’où montent le cri et la prière de l’homme. En intériorisant le culte, Jésus rend Dieu, son Père, universellement reconnaissable. Dieu ne peut être enfermé dans un lieu, un territoire, ni même une religion. Il est l’au-delà de tout.

Son seul lieu, c’est le cœur de l’homme, celui des vrais adorateurs, ceux qui adorent en esprit et vérité. Voilà qui tue à la racine toute prétention d’une religion à posséder le vrai Dieu, source de tout fanatisme. C’est que Dieu est toujours plus grand, comme le clament les musulmans.
Dieu est esprit, confie Jésus.
A la question des Hébreux : Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous ?, Paul a le mot de la fin : L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Nous sommes le temple de l’Esprit.

Abbé Marcel Villers

 

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