Méditation sur l’évangile du 3ème dimanche du carême : Jn 4, 5-42

En ce temps d’absence de célébrations dominicales, nous vous offrons néanmoins une méditation-homélie sur les lectures du dimanche. Pour ce premier dimanche « sans », une méditation sur le lieu de la présence de Dieu et le culte nouveau prôné par Jésus. Tout à fait d’actualité.

Adorer en esprit et vérité

Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ?
La question des Hébreux porte sur la présence de Dieu parmi les hommes. Où est-il présent ?

Lors de la longue traversée du désert, Dieu réside au milieu de son peuple dans une tente, un tabernacle portatif, l’Arche. De jour, il cheminait avec le peuple ; le soir, on montait la tente pour la prière et le culte. Dieu est donc mobile et chez lui partout.
Mais voilà qu’installés dans le pays de Canaan, on lui élève des maisons, des sanctuaires, des temples. Le Dieu nomade de la traversée du désert est devenu un sédentaire, il habite un lieu bien précis qui devient une terre sainte. Mais ces lieux sont multiples et entrent en concurrence : où est la vraie demeure de Dieu ? où se trouve le vrai Dieu ?

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Si tu savais le don de Dieu!

2014-03-23 - Fonts3Careme

Homélie de l’abbé Marcel Villers pour le
3ème dimanche de Carême, année A
Jn 4, 5-42

La rencontre du Christ et de la Samaritaine, au puits de Jacob, a été très tôt (dès  le début du IIIème siècle) représentée dans l’art chrétien et en lien avec le baptême. Ainsi sur les murs du baptistère de Doura Europos, en Syrie (image ci-dessous), on voit une femme, à demi penchée, en train de tirer du puits sa cruche. C’est l’acte de puiser qui est mis en évidence. Ce que nous avons fait aussi en plaçant une cruche sur les fonts baptismaux, vous invitant ainsi à venir y puiser.

SamaritaineDouraEuropos

Mais quel rapport avec le baptême ?

Qui dit puiser, dit puits ou source, là coule l’eau vive. Nous savons l’importance des sources dans notre région et celle d’avoir un réseau d’eau indépendant, communal.

A fortiori, pour les habitants des régions désertiques, l’eau est un cadeau du ciel, un signe de la providence divine.

Ainsi, lors de la traversée du désert, le peuple d’Israël fait l’expérience de la sollicitude de Dieu à son égard. Avec le bâton qui a ouvert la Mer Rouge et ainsi libéré Israël d’Égypte, Moïse frappe le rocher et il en sort de l’eau pour sauver le peuple qui risque de mourir de soif.

Le bâton symbolise la puissance divine qui sans cesse agit pour sauver, donner la vie. Nous l’avons placé sur la pierre de la cuve baptismale.

C’est du rocher, en effet, que Dieu fait jaillir une source miraculeuse. Ce n’est pas pour rien que nos ancêtres ont façonné une cuve baptismale en pierre.

Quel lien avec le baptême : on n’y vient pas pour boire l’eau ?

Un puits, une source, une fontaine, un fleuve, c’est de l’eau vive, c’est-à-dire courante et dont la destinée est de se répandre. C’était la fonction du fleuve qui sortait d’Éden, lit-on dans la Genèse (2, 8.10), et se divisait en quatre têtes ou bras pour irriguer la terre.

Voilà une des significations des quatre têtes, en relief, qui ornent la cuve baptismale de notre église. Elles rappellent les quatre fleuves jaillissant de la source du paradis dans les quatre directions de l’espace, fertilisant ainsi la terre entière.

La fontaine baptismale symbolise la source du Paradis et fait du baptême l’origine d’une nouvelle création de l’humanité, de tous les peuples.

Mais, est-ce de l’eau ou un simple rite baptismal qui peut recréer l’être humain, faire naître un homme nouveau ?

L’épisode de la Samaritaine nous donne la réponse : c’est la rencontre du Christ, et donc la foi en lui, qui est source de vie.

Au bord du puits, que sont les fonts baptismaux, Jésus nous attend pour nous donner l’eau vive, celle qui devient en nous source jaillissante pour la vie éternelle.

Tel est le don de Dieu.

Si tu savais le don de Dieu, nous dit Jésus, si tu savais qui est Dieu, si tu savais quelle est cette vie qu’il veut te donner !

C’est ce savoir, cette connaissance qu’offre Jésus ou plutôt qu’il est lui-même.

Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître. (Jn 1,18)

C’est la connaissance du vrai Dieu que donne Jésus, cette connaissance devient en nous source jaillissante pour la vie éternelle.

C’est bien ce qui se passe pour la Samaritaine qui découvre progressivement qui est celui qui lui parle et reconnaît en lui le Messie, le Sauveur du monde.

L’enseignement donné par Jésus à la femme de Samarie est la trame de la catéchèse que tout candidat au baptême doit parcourir.

Le puits, c’est le Christ et son enseignement rapporté par les Écritures.

On comprend alors l’importance de l’acte de puiser et de la cruche.

Il s’agit pour les futurs baptisés de puiser dans l’enseignement du Christ le mystère de Dieu, que Dieu est esprit, qu’on ne l’adore pas en un lieu donné mais en esprit, que Jésus est le Sauveur.

L’enseignement chrétien est l’eau vive qui devient, dans l’esprit et le cœur du catéchumène, source jaillissante pour la vie éternelle.

Voilà qui dit la grandeur de la mission des catéchistes, en particulier des responsables des baptêmes et des premières communions.

Tirer l’eau du puits, c’est étudier et méditer l’Écriture, l’enseignement de Jésus rapporté par les Évangiles.

Venez, en ce temps du carême, puiser à la source cette eau qui étanche la soif.

Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif.

Abbé Marcel Villers