La chronique de notre Curé du 16 août 2020

« Femme, grande est ta foi… »

Avec la fête du 15 août, les habitants de la Fenêtre de Theux se trouvent, comme tous les Belges, à la moitié de l’effort consenti pour permettre une rentrée « sécure » en septembre. Au seuil de cette semaine, nous sortons aussi petit à petit d’un épisode de canicule qui nous rappelle qu’il n’y a pas qu’un minuscule être vivant qui vient bousculer notre mode de vie. Si d’autres pandémies sont incertaines à l’avenir, le réchauffement climatique est lui, bel et bien enclenché.

Dans son édito de départ en vacances, le nouveau directeur de rédaction de la Vie, Aymeric Christensen (un jeune qui percera…) écrit : « Quand la marée du virus refluera, laissant derrière elle blessures humaines et drames, il appartiendra à chacun de prendre sa part à l’indispensable reconstruction. Celle-ci n’aura sans doute pas la forme d’un chantier grandiose et spectaculaire. Rebâtir, c’est rénover tout ce qui peut l’être, là où la facilité nous souffle d’abandonner l’ancien, l’abîmé, forcément moins désirable. Sur le plan humain, la reconstruction commence de la façon la plus pauvre, la plus humble qui soit : panser les plaies, être attentifs aux plus fragiles, que nous avons si souvent laissés de côté dans l’ancien monde. Soigner et réparer sont les premiers actes qui témoignent d’une espérance concrète. »

J’apprécie cette approche réaliste, humble et positive. Cela sent la bonne odeur de la terre d’Évangile, cela présume d’un travail de labour ou de chantier en Église selon l’image qui nous convient le mieux. Justement la première lecture de la fête de l’Assomption, en l’Apocalypse de Jean (Ap 11.19-12.10), évoque l’Église comme une femme qui, à la fois, souffre d’enfanter le Christ et d’annoncer la Bonne Nouvelle. Je précise ici qu’avant d’évoquer la figure de Marie, la toute première tradition patristique d’Orient et d’Occident voit d’abord, dans ce texte, une figure de l’Église, dépositaire de la nouvelle alliance. Que signifient ses attributs du soleil, de la lune et des étoiles ? L’Église est dépositaire de la lumière de Dieu et sa force bienveillante. Le nombre d’étoiles, douze, appelle au rassemblement dans l’unité et la diversité (merci l’Europe d’avoir remis ce symbole au pinacle grâce à son drapeau) ; à l’opposé, le mal représenté avec des têtes et des couronnes disparates est fait de divisions qui annuleront sa force redoutable… Nous qui sommes d’Église, nous avons à mettre notre espérance dans le nom, la force du Seigneur comme la fiancée du psaume du psaume 44 : « Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d’étoffe d’or ; on la conduit, toute parée vers le roi ». Écoutons encore le psalmiste en ce dimanche : « Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que ton visage s’illumine pour nous ; ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations » (Ps 66). En clair et en détails, le salut ne peut devenir universel que si nous nous tournons d’abord, encore et toujours vers le Seigneur.

C’est la voie de l’humilité, c’est l’attitude fondamentale de Jésus, c’est la bonne voie pour l’Église. Le maître d’œuvre, c’est le Seigneur Dieu. Jésus l’a bien compris et l’a intégré dans les détails de sa mission, j’y reviendrai plus loin, jusque dans les affres de la croix. Ce vendredi 14, en la mémoire de Maximilien Kolbe (souvenons des conditions de ce martyr attaché à Marie), l’office proposait à la méditation le psaume 21. Celui-là même qui sert de fil rouge à la Passion dans les Évangiles et dans la Semaine Sainte. Là est inscrit le programme d’action de Dieu que Jésus a bien vu. Après les cris dans les souffrances et la solitude face à la mort (« Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »), après la déliquescence du corps et de sa dignité (le partage des vêtements) : « Tu m’as répondu… tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses. Les pauvres mangeront et seront rassasiés, ils loueront le Seigneur ceux qui le cherchent … Tous ceux qui festoyaient s’inclinent ; promis à la mort, ils plient en sa présence. Et moi je vis pour lui : ma descendance le servira… On proclamera sa justice au peuple qui va naître : voilà son œuvre ! »

Tout est dit, tout est là. Personnellement, je crois qu’il y a peu de chances que Jésus s’essoufflant, s’étouffant sur la croix ait pu faire beaucoup de déclarations mais je suis convaincu qu’il a vécu, mis en œuvre à la lettre et dans l’esprit « le programme », la volonté du Père. Par exemple, dans l’Évangile de ce dimanche, en Matthieu 15. 21-28, n’est-ce pas pour cette raison qu’il a l’air de rabrouer dans un premier temps la Syro-phénicienne ? « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Souvenons-nous, c’est avec ce même mot d’ordre qu’il avait envoyé les disciples en mission leur interdisant de s’arrêter chez des Samaritains (Mt 10. 6 ; 23.27). Le Père va faire advenir le Royaume (cf. les Béatitudes), le temps presse, donc, d’abord rassembler et convertir le peuple élu (les douze apôtres en signe des douze tribus) avant de passer aux autres. Autres sur qui il reconnaît aussi le projet de Dieu à l’instar du prophète Isaïe : « Mon salut approche, il vient et ma justice va se révéler. Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur, je les conduirai à ma montagne sainte. » Devant les refus en terre d’Israël, Jésus avait dit : « Si à Tyr et à Sidon étaient arrivés les gestes de puissance arrivés chez vous, (Chorazin et Bethsaïde), elles se seraient converties » (Mt 11.21-22).

Et voilà qu’une simple femme païenne l’ayant reconnu venant au nom de Dieu (« Seigneur, fils de David »), dans une banale rencontre, enfin banale, elle cherche un salut pour sa fille (une situation de détresse n’est jamais banale), voilà qu’une femme, une mère à la fois désespérée et confiante, vient remettre en question les priorités pastorales de Jésus. Les priorités pastorales ? Je ne pense pas. La réalité s’impose dans l’urgence. Ce qui est prêt est prêt, ce qui peut être accompli ici et maintenant doit l’être, pour le bien, la justice, la joie. Paul en donne un exemple dans la lettre aux Romains (Rm 11.13-15. 29-32). Même les refus et les résistances peuvent servir à la voie, au projet du salut ! Il est bien fidèle à Jésus.

L’Église que nous sommes, elle aussi, est fidèle lorsqu’elle imite le Christ, lorsqu’elle se reçoit de Dieu dans l’Esprit. Petit fait passé quasi inaperçu et pourtant fort symbolique : en la fête de saint Jean-Baptiste, (le pape) François a rappelé, dans un document, que des baptêmes, des sacrements sont nuls et invalides lorsque les adaptions et innovations liturgiques amènent à la confusion et surtout détournent de l’acteur principal : Jésus lui-même. Non, on ne peut pas baptiser « au nom de papa, maman…. et de je ne sais qui. » La liturgie comme la Parole associés dans la célébration des sacrements sont là pour mettre Dieu à l’avant, pour permettre à Jésus d’agir dans l’Esprit, pour nous permettre de nous laisser conduire, nourrir et éclairer dans l’action en vue du Royaume. Quand l’Église est fidèle dans la louange, dans l’écoute de la Parole alors elle se place en bonne disposition pour être fidèle au salut et à la joie du prochain. « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux. » Devant Dieu, c’est notre foi qui prime -pas notre volonté.

De cette attitude juste et humble, Aymeric Christensen, déjà cité, exprime : « Du baptême, seconde naissance, à la résurrection, la foi est un long chemin de renouvellement intérieur, dans lequel nous apprenons à nous laisser transformer par et pour une « vie autre ». On le sait, c’est le fameux « vieil homme » dont saint Paul invite chacun à se défaire pour revêtir « l’homme nouveau ». Objectif qui n’est pas un développement individuel, mais un changement en vue de construire un monde plus juste et plus vrai. Et cette mue est autant un don qu’une exigence, car elle requiert l’engagement actif du croyant. » L’Écriture nous rappelle, par la figure du dragon, des possédés, des malades, des infirmes, des pauvres, que le mal revêt bien des aspects. Par les rencontres de Jésus, ses paroles et ses gestes, elle montre surtout le bien dans son indivisible unité. Unité qui s’enrichit de la diversité de ce qui est unique, juste, bon, joyeux. Qu’est devenue la Syro-phénicienne après la rencontre avec le Christ et la guérison de sa fille ? Mystère au sens d’énigme. Qu’est devenue Marie après avoir enfanté Jésus, après avoir été d’engendrement en engendrement jusqu’à la naissance de l’Église ? Mystère au sens de réalité de joie et de lumière !

Et si la vie discrète et fidèle de missionnaire de Marie avait simplement préparé Maximilien Kolbe au simple pas en avant pour remplacer un père de famille condamné à mourir de faim ? Je ne crois pas que ce soit de sa simple volonté ni par sa pure réflexion qu’il a pu assumer son martyr… Et pourquoi Thérèse d’Avila se lance seulement à 47 ans, après un quart de siècle de vie religieuse, dans la réforme du Carmel ? Pourtant dès sa jeunesse, elle disposait d’appuis humains conséquents en plus de son zèle personnel… Et l’abbé Pierre, Mère Teresa, Sœur Emmanuelle ? Je cite des personnes mais, chez nous, il y a toujours des groupes, des communautés, des paroisses. Comme Marie s’associe, s’allie à l’Église. Comme Jésus, serviteur souffrant est indissociable de son Peuple ! Ensemble, chacun, chacune, nous pouvons dans la joie nous tourner vers le Seigneur proche et présent. Avec lui, nous pouvons agir à notre mesure et à temps et contretemps. Je termine avec A. Christensen : « Habiter notre terre, localement, habiter notre quotidien. Avoir l’œil sur ceux qui nous entourent plutôt que sur les marchés lointains. On ne redémarre pas sans partir de quelque part, on ne reconstruit rien en s’éparpillant aux quatre vents. Le monde de demain nous attend mais il commence sur le pas de notre porte ».

Voilà une attitude sage à vivre dès aujourd’hui.

Jean-Marc,
votre curé

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