Fratelli tutti : Un chemin de conversion (2/2)

La première partie de cet article se trouve ici

3. Conversion 

Se convertir, c’est choisir et s’engager dans la voie du Christ, celle de la fraternité universelle. L’amour nous met en tension vers la communion universelle. Personne ne mûrit ni n’atteint sa plénitude en s’isolant. De par sa propre dynamique, l’amour exige une ouverture croissante, une plus grande capacité à accueillir les autres, dans une aventure sans fin qui oriente toutes les périphéries vers un sens réel d’appartenance mutuelle. Jésus nous disait : Tous vous êtes des frères (Mt 23, 8).

Ce besoin d’aller au-delà de ses propres limites vaut également pour les divers régions et pays. De fait, le nombre toujours croissant d’interconnexions et de communications qui enveloppent notre planète rend plus palpable la conscience du partage d’un destin commun entre les nations de la terre. Dans les dynamismes de l’histoire, de même que dans la diversité des ethnies, des sociétés et des cultures, nous voyons ainsi semée la vocation à former une communauté composée de frères qui s’accueillent réciproquement, en prenant soin les uns des autres (Fratelli tutti, n° 95-96).

4. Les actes

La dernière étape de ce chemin de conversion est le passage aux actes. L’encyclique présente une série d’applications concrètes : notre rapport avec l’immigré, le dialogue des cultures, la manière de faire de la politique, la paix et la réconciliation, le dialogue des religions. Nous retiendrons deux exemples donnés par le pape et appuyés par la référence à deux apôtres majeurs de la fraternité universelle : François d’Assise et Charles de Foucauld.

Saint François, petit frère, au cœur sans frontières, franchit la mer pour rencontrer le sultan.

Cet épisode de sa vie nous révèle son cœur sans limites, capable de franchir les distances liées à l’origine, à la nationalité, à la couleur ou à la religion… Ce voyage, en ce moment historique marqué par les croisades, révélait encore davantage la grandeur de l’amour qu’il voulait témoigner, désireux d’étreindre tous les hommes. La fidélité à son Seigneur était proportionnelle à son amour pour ses frères et sœurs (Fratelli tutti, n°3).

Un cheminement de paix est possible entre les religions. Le point de départ doit être le regard de Dieu. Dieu ne regarde pas avec les yeux, mais avec le cœur. Et l’amour de Dieu est le même pour chaque personne, quelle que soit sa religion. Et si elle est athée, c’est le même amour. En tant que croyants, retournons à nos sources : l’adoration de Dieu et l’amour du prochain (Fratelli tutti, n° 281-282).

Enfin, le pape achève sa lettre. Je voudrais terminer en rappelant une autre personne à la foi profonde qui, grâce à son expérience intense de Dieu, a fait un cheminement de transformation jusqu’à se sentir le frère de tous les hommes et femmes.

Il s’agit du bienheureux Charles de Foucauld. Il a orienté le désir du don total de sa personne à Dieu vers l’identification avec les derniers, les abandonnés, au fond du désert africain. Il exprimait dans ce contexte son aspiration de sentir tout être humain comme un frère ou une sœur, et il demandait à un ami : Priez Dieu pour que je sois vraiment le frère de toutes les âmes. Il voulait en définitive être « le frère universel ». Mais c’est seulement en s’identifiant avec les derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous. Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. Amen ! (Fratelli tutti, n° 286-287).

Charles de Foucauld s’est voulu frère universel, en lutte notamment contre l’esclavage. Aujourd’hui encore des millions de personnes – enfants, hommes et femmes de tout âge – sont privées de liberté et contraintes à vivre dans des conditions assimilables à celles de l’esclavage. À la racine de l’esclavage, il y a une conception de la personne humaine qui admet la possibilité de la traiter comme un objet. Par la force, la tromperie ou la contrainte physique ou psychologique, elle est privée de sa liberté, commercialisée, réduite à être la propriété de quelqu’un (Fratelli tutti, n° 24).

La conclusion est à la prière.

Notre Dieu, Trinité d’amour,
par la force communautaire de ton intimité divine
fais couler en nous le fleuve de l’amour fraternel.
Donne-nous cet amour qui se reflétait dans les gestes de Jésus
dans sa famille de Nazareth et dans la première communauté chrétienne.

Accorde aux chrétiens que nous sommes de vivre l’Évangile
et de pouvoir découvrir le Christ en tout être humain,
pour le voir crucifié
dans les angoisses des abandonnés et des oubliés de ce monde
et ressuscité en tout frère qui se relève.

Viens, Esprit Saint, montre-nous ta beauté
reflétée en tous les peuples de la terre,
pour découvrir qu’ils sont tous importants,
que tous sont nécessaires,
qu’ils sont des visages différents de la même humanité que tu aimes.
Amen !

La lecture méditée de cette encyclique peut accompagner notre route de l’Avent. A l’appel des prophètes et de Jean-Baptiste, nous sommes invités, une fois de plus, à convertir notre regard et notre vie. Alors nous serons capables d’accueillir, à Noël et chaque jour, Celui qui vient prendre chair parmi nous sous les espèces de chaque être humain.

Oui, le Christ est le véritable frère universel.

Abbé Marcel Villers

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