HOMÉLIE : QUATRIEME DIMANCHE DU CARÊME 2024 THEUX

SAUVEGARDER LA MAISON COMMUNE
Quatrième dimanche du carême 2024
Voracité et sobriété

Nous voici au cœur du carême, en ce dimanche de Laetare, c’est-à-dire, de la joie. Car Pâques approche avec la victoire de la lumière sur les ombres de la mort. Et pourtant, Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres. Dans notre propre histoire et celle de l’humanité, il en est bien ainsi. Que de sombres prévisions, que de perspectives sinistres en ce temps où les guerres et leur cortège de mort éloignent la paix et la fraternité ! En plus, le réchauffement climatique et ses conséquences nous sont devenues plus concrètes jusque dans nos assiettes en raison de la forte inflation alimentaire. Alors, faut-il céder au découragement, au désespoir ?
Je suis la lumière du monde, nous dit Jésus, celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres.

Nous sommes arrivés au milieu du carême. Nous nous sommes exercés davantage à la prière, au jeûne et au partage. Jeûner et partager vont ensemble. Jeûner n’est pas d’abord un acte de mortification individuelle, mais une volonté de respecter la nourriture et de la partager en toute justice.
La montée des prix de l’alimentation que nous connaissons depuis deux ans est évidemment source d’inquiétude, de grogne pour la plupart d’entre nous. Elle engendre surtout une aggravation de la précarité de beaucoup de nos concitoyens, sans parler de ses conséquences pour les peuples du Sud. Cette situation est une occasion à saisir pour revoir notre rapport à la nourriture, ce à quoi nous provoque déjà le jeûne du carême.

La relation établie avec la nourriture est vécue le plus souvent comme un acte de consommation pour la seule satisfaction de nos besoins et envies. Mais à force de consommer, nous finissons par épuiser la nature. « La gloutonnerie est peut-être le vice le plus dangereux qui est en train de faire périr la planète». (Catéchèse, 10/01/2024) Ce comportement engendre aussi chez nous un mal-être qui se manifeste par des troubles en matière alimentaire comme l’obésité, l’anorexie, la boulimie.
Il faut sortir du consumérisme. Notre foi nous fait voir dans la nourriture un don de Dieu et de la terre. Voilà qui transforme l’acte de manger en une expérience de communion plus que de simple consommation, communion avec la nature, les autres et le Créateur. « La voracité avec laquelle nous nous déchaînons sur les biens de la planète, compromet l’avenir de tous » écrit le pape François. La spiritualité chrétienne propose la sobriété en réponse à la limitation des ressources de la planète et en raison de la destination universelle des biens.

Ceux qui souffrent le plus des ravages subis par la nature sont les plus faibles de nos sociétés et les peuples du Sud. La question écologique est aussi une question sociale, celle de la justice et de l’égalité dans l’attribution des ressources que la planète offre à l’humanité, particulièrement en matière d’alimentation. Le carême de partage, cette année, est en faveur des paysans du Sud-Kivu. La terre y hurle, déchirée par les innombrables trous creusés à la main dans des conditions effroyables. On fait descendre au fond de ces espèces de puits et au bout d’une corde des enfants afin d’extraire les minerais précieux pour nos téléphones ou nos voitures. De ce fait, on accapare les terres au détriment de leur culture pour nourrir la population. Aidons-les à résister et à lutter pour une meilleure alimentation. Merci pour eux et la justice.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE DU TROISIEME DIMANCHE DU CARÊME 2024 THEUX

SAUVEGARDER LA MAISON COMMUNE
Troisième dimanche du carême 2024
Congé sabbatique

Jésus ne peut supporter ce qu’on fait de Dieu dans ce Temple : un potentat, assoiffé de sang qui se complaît dans le sacrifice d’animaux, symbole de celui des humains. Il chasse hors du Temple brebis, bœufs et colombes qui attendent la mise à mort. Il purifie ainsi le Temple pour le véritable culte.  A nous chrétiens, le dimanche est offert pour la purification de nos relations avec Dieu, avec les autres et avec notre environnement.

La loi antique imposait de chômer le septième jour. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ton serviteur, ni les bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Le septième jour, Dieu se reposa de toutes ses œuvres et il ordonna que chaque septième jour soit jour de repos.

Une année sabbatique fut également instituée, tous les sept ans, pendant laquelle un repos complet était accordé à la terre ; on ne semait pas, on mangeait ce que la terre produisait spontanément, gratuitement. On respectait ainsi la terre qui n’est pas un objet inerte, sans âme, une simple matière à pressurer jusqu’à en extraire le plus de rendement possible.

Passées sept semaines d’années, 49 ans, le Jubilé était célébré. La loi bascule ici dans un autre registre que celui de la nature, celui de la réforme sociale. Le Jubilé était une année de pardon universel, de libération des dettes et des esclaves. C’est l’équivalent d’une amnistie qui redonne à chacun la chance d’un nouveau départ. C’est le sens de l’année sainte que l’Église proclame tous les 25 ans depuis le XVe s. : temps de conversion, de pardon et donc d’action de grâces. Ce sera le cas l’an prochain, en 2025. 

Cette législation cherche à assurer l’équilibre des rapports de l’homme avec la terre et ses produits, l’équilibre entre son travail et l’environnement. Mais aussi l’équité et la justice sociale car la terre est un bien commun et ses produits appartiennent à tous. Lorsque vous récolterez la moisson, vous ne moissonnerez pas jusqu’à l’extrémité du champ. Tu ne glaneras pas ta moisson, tu ne grapilleras pas ta vigne et tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ton verger. Tu les abandonneras au pauvre et à l’étranger. (Lv 19, 9-10)

Comme les agriculteurs nous le rappellent par leurs manifestations, écologie et justice vont de pair : pas l’un sans l’autre.

Abbé Marcel Villers

Illustration : Un dimanche au village, oeuvre d’un artiste haïtien.

Le tétraède ou la spiritualité intégrale

Le mercredi 14 février dernier, a débuté le carême, qui nous conduira jusqu’à la grande fête de Pâques. Un temps d’attente, un chemin de réconciliation, une période de réflexion aussi à laquelle nous invite Monseigneur Delville dans sa lettre pastorale intitulée “Le tétraèdre ou la spiritualité intégrale”.

Mgr Delville débute sa lettre pastorale en citant l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Pour nous rappeler comment une écologie intégrale nous invite aussi à pratiquer une “spiritualité intégrale qui lie le « moi », le « nous », « Dieu » et la « création »”.

Pour illustrer ces liens entre « moi », « nous », « Dieu » et la « création », Mgr Delville emprunte la figure du tétraèdre au professeur Fabien Revol, qui a animé la session de formation permanente de notre diocèse les 23 et 24 janvier derniers. À l’image de ce solide composé de quatre triangles reliés par leurs sommets, chacun de nous est appelé à vivre en mettant en relation dans sa vie : le « moi », le « nous », « Dieu » et la « création ». C’est ce chemin de conversion que propose de vivre notre évêque pendant cette période de carême.

Pour Mgr Delville, ce schéma se retrouve dans l’évangile du mercredi des Cendres (Mt 6, 1-18), qui nous invite à jeûner, à donner, à prier et à respecter la création.

🍽️ Jeûner se réfère au « moi » car le jeûne implique une démarche personnelle dont je suis responsable. Cela implique une démarche de sobriété, de retenue, de contrôle de ma nourriture et de contrôle de mes activités.

🎁 Donner se réfère au « nous », car il s’agit de donner une part de nos biens en faveur de ceux qui en a besoin ou de consacrer du temps à ceux qui demandent de l’aide.

🙏 Prier se réfère à « Dieu », car il s’agit de lui demander son aide et de le remercier pour tout ce qu’il nous offre.

🌎 Respecter la création est le cadre de ces attitudes : il s’agit de respecter la nourriture que l’on consomme ou dont on jeûne, l’argent que l’on possède ou que l’on donne, la maison où l’on se retire pour prier, le parfum qu’on met sur sa tête et l’eau dont on se lave le visage pour mieux jeûner.

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MERCREDI DES CENDRES

LE JEÛNE, UNE DÉMARCHE ÉCOLOGIQUE 

Le jeûne introduit entre l’homme et le monde la distance du respect. On est au fondement de l’écologie. « Dans l’épreuve imposée par Dieu à la liberté et à la confiance d’Adam, l’Église ancienne voyait le commandement du jeûne : il eût fallu que l’homme au lieu de se jeter sur le monde comme sur une proie, apprît à le contempler comme un don de Dieu et une échelle ver lui.

Dans cette perspective, nous retrouvons le péché comme captation et égocentrisme, volonté d’utiliser et de consommer le monde au lieu de le transfigurer.

Le Christ, en contraste, a jeûné quarante jours au désert, pour montrer au Tentateur que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt 4, 4).

Le jeûne signifie donc un changement radical dans notre relation avec Dieu et avec le monde. Il empêche l’homme de s’identifier au monde dans la seule perspective de la possession pour assumer le monde dans une lumière venue d’ailleurs. Tout être, toute chose, devient alors objet de contemplation. » (Olivier CLÉMENT, Sources. Les mystiques chrétiens des origines, 1982)