Entrons en Carême avec un Dieu qui fait alliance !

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Ci-dessous, l’homélie de l’abbé René Rouschop, qui a célébré la messe du premier dimanche de Carême à Juslenville, ce samedi 21 février

Le baptême et l’arc-en-ciel se croisent dans les lectures de ce jour. Jésus venait d’être baptisé –ainsi commence l’évangile– et l’Esprit le pousse au désert : c’est tout ce que saint Marc nous dit du baptême du Christ, et le voilà de suite au désert, où il est poussé par l’Esprit.

Chose étonnante !

À la sortie de l’arche, après les 40 jours du déluge, Noé voit l’arc-en-ciel, signe de l’alliance que Dieu promet désormais pour toujours à l’humanité et à tous les êtres vivants. Réfléchissons un instant à ce signe de l’arc-en-ciel.

D’abord, n’oublions pas que l’arc est une arme pour la guerre, l’arc à flèches comme disent les gamins, instrument prévu pour détruire l’ennemi : il va être transformé en instrument pour la paix. L’arc-en-ciel, que nous apercevons quand le soleil traverse la pluie, est une réalité éphémère : Dieu la choisit comme signe d’une alliance définitive. Nous sommes hélas dans un monde de guerre -il suffit d’ouvrir la TV ou le journal pour s’en rendre compte– et dans une société de l’éphémère. Le baptême est un moment bref de la vie, il l’oriente pourtant de manière décisive, mais c’est un moment passager qu’on peut oublier si l’on n’entretient pas sa condition d’enfant de Dieu.

Ensuite, l’arc-en-ciel déploie sa beauté dans un ciel plein de nuages. La beauté du Christ n’attend pas pour se manifester que le paysage soit devenu calme et le ciel serein. Pour que l’arc-en-ciel apparaisse, il faut à la fois le soleil et la pluie : Dieu fait alliance avec l’humanité dans une situation imparfaite et avec chacun de nous personnellement dans une vie qui n’est pas parfaite non plus. Sa miséricorde n’est rendue visible que grâce à nos faiblesses et à notre péché. Jésus venait d’être baptisé… et il est tenté par Satan. Souvent, quand il y a tempête sur le lac, le Christ dort au fond de la barque. Saint Paul va même jusqu’à dire qu’Il s’est fait péché pour nous, pour nous rejoindre jusqu’au fond de notre humanité.

Jésus vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient. L’arc-en-ciel est un pont qui relie le ciel à la terre, il est une ligne courbe qui joint deux points très éloignés, notre petit univers et un monde lointain. Le Dieu de l’alliance nous invite à une ouverture universelle à tous les êtres.

L’arc-en-ciel n’est jamais une circonférence complète et il est le plus souvent partiellement dessiné. Il conduit on ne sait où… Si l’Alliance de Dieu est totale et définitive, nous la découvrons par morceaux, à travers des signes et des réalités qui sont partielles. Et nous marchons souvent dans l’inconnu. Il faut du temps pour rassembler toutes les pièces d’un puzzle. Les Hébreux ont marché 40 ans dans le désert, notre carême comme celui de Jésus dure 40 jours, comme le déluge… Quarante jours par an, écrit Myriam Tonus, ce n’est vraiment pas trop pour essayer de retrouver le chemin des Ecritures. La vie quotidienne est tellement encombrée, tellement ficelée par les habitudes… On croit tout savoir à propos de Dieu, de Jésus, de la charité, du rapport à autrui… alors que, lorsqu’on se met à écouter vraiment la Parole, c’est toute la vie qui est mise sens dessus dessous ! Le thème de l’Alliance me touche infiniment. Un Dieu qui fait des humains ses alliés, c’est proprement incroyable ! Et qui du coup appelle les humains à faire concrètement alliance les uns avec les autres.

Enfin, j’ajouterai les couleurs différentes de l’arc-en-ciel. La promesse de Dieu ne s’adresse pas à un seul être, Noé, ni à un seul peuple, Israël. Elle est pour tous, et chacun a sa couleur personnelle à apporter, et chaque peuple et chaque race pour que l’ensemble soit harmonieux. Voici que j’établis mon alliance avec vous, et avec tous les êtres vivants : ce vieux récit mythique de Noé, c’est l’écologie avant la lettre ! Non une écologie d’opposition mais une écologie de paix, l’alliance nouvelle et éternelle que nous allons proclamer dans la profession de foi et célébrer dans l’eucharistie.

Abbé René Rouschop

P.S. Photo prise dans le désert de Judée, c’est-à-dire dans le désert où Jésus a passé 40 jours !

Notre agenda ressemble-t-il à celui de Jésus ?

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Tel était le thème de l’homélie de notre curé, l’abbé Jean-Marc Ista :
devant le récit que saint Marc nous fait d’une journée ordinaire de Jésus,
comment évaluons-nous notre propre emploi du temps ?

Voici le texte de son homélie,
suivi de quelques photos de cette belle célébration en Unité pastorale,
à Theux, le dimanche 8 février dernier (5ème du Temps ordinaire, année B)

D’une certaine façon, le récit de saint Marc de ce dimanche (1,29-39) nous donne un bref aperçu de l’agenda de Jésus à Capharnaüm au début de sa vie publique.

Marc insiste sur trois temps forts : Jésus passe en faisant le bien ; Jésus prie ; Jésus sort pour s’ouvrir aux autres.

Comparons son agenda avec le nôtre et voyons si notre emploi du temps est semblable au sien.

Jésus passe en faisant le bien. En visite dans la maison de Simon, il guérit sa belle-mère qui était malade et, par après, en fin de journée, on lui amène tous les malades et ceux qui étaient possédés par un esprit mauvais. Et Il les guérissait.

Prenons notre agenda. Sommes-nous soucieux du bonheur de nos frères ? Que faisons-nous pour qu’ils soient heureux, corps et âme ? Il y a tant de blessés, de déprimés, de malades de toutes sortes sur notre route. Les voyons-nous d’abord ? Notre annonce de la Bonne Nouvelle est-elle une parole creuse ou bien s’appuie-t-elle sur des gestes concrets à l’égard des plus déshérités ?

Nous pouvons aussi nous poser la question de pourquoi nous avons tant de difficulté à donner priorité aux autres ? Par égoïsme ? Parce que tellement nous étions avides de reconnaissance, notre service nous a déçus et épuisés ? L’Évangile nous montre la belle-mère de Pierre relevée de sa fièvre et allant au service de Jésus et des disciples. Marc indique qu’elle sert non comme une esclave mais en authentique diaconesse. Elle sert légèrement dans un libre échange. Là est son secret. Les faits parlent pour elle : elle a d’abord accepté de recevoir. Sa fièvre la rendait impure, surtout un jour de Sabbat. Néanmoins, elle a laissé Jésus s’approcher -pire la toucher- pour prendre soin d’elle !

Et nous, comment nous laissons-nous faire ? Avons-nous la simplicité de lâcher prise et de laisser Jésus s’approcher et prendre soin de nous ? Lire la suite « Notre agenda ressemble-t-il à celui de Jésus ? »

Libérer l’homme, tout homme et tout l’homme !

Possédé

Homélie pour le 4ème dimanche ordinaire (année B)
(Mc 1,21-28) – Desnié, le 31 janvier, et Theux, le 1er février 2015

Il commande aux esprits mauvais et ils lui obéissent.
Qu’est-ce que cela veut dire ?

Tous nous rêvons d’une existence libre, d’être libres comme le vent. Nous n’avons souvent que ce mot à la bouche : liberté.

Mais pourtant, nous ignorons ce que veut dire être libres.
C’est que nous sommes tous des prisonniers.
Prisonniers d’habitudes, de puissances mauvaises, de forces mystérieuses qui nous tiennent captifs.

Je ne fais pas le bien que je veux ; je fais le mal que je ne veux pas, écrivait saint Paul.

Il y a en nous quelqu’un que nous ne connaissons pas. Nous sommes habités, possédés par un autre. Et nous en sommes le jouet.
De fait, nous devons bien constater que, souvent, nous ne nous appartenons pas et que nous faisons ce que nous ne voulons pas.
Qui agit donc en nous, sur nous ? 

Si nous observons le monde où nous vivons, il nous apparaît bien souvent comme ce possédé secoué avec violence par un esprit mauvais.
Tout près de nous, l’actualité tragique de ces dernières semaines en est la démonstration avec ces gens sans histoire, plutôt aimables et comme il faut, selon leurs voisins, et qui se révèlent des assassins, des fous furieux, secoués avec violence par un esprit mauvais.
La maison des hommes, notre société, est sous occupation. Occupée bien plus par la violence, la haine, le meurtre, la guerre que par l’amour et la solidarité.

Et pourtant, invinciblement, nous aspirons à la liberté.

Mais qu’entendre par liberté ? Le droit de dire tout et n’importe quoi que certains appellent liberté d’expression ? Il s’agit plutôt d’une libération de ces puissances démoniaques qui nous tiennent en leur pouvoir. Dieu seul peut nous en libérer, nous rendre libres. 

Cette liberté, le peuple d’Israël en entretenait la mémoire.
Dieu l’avait libéré d’Égypte.
Chaque semaine, le sabbat rappelait cet événement, cette liberté obtenue de Dieu, le Sauveur de son peuple.
Et tous espéraient qu’un jour viendrait, le Jour de Dieu, où le sabbat ne s’achèverait pas et qu’enfin, pour toujours, nous serions libres.

C’est ce sabbat sans fin que Jésus inaugure, ce jour-là, à Capharnaüm.
Il rend l’homme libre.
Un seul a compris.
Tourmenté par un esprit mauvais, il se mit à crier : Tu es venu pour nous perdre.

Oui, Jésus est venu pour détruire le règne du Malin et libérer l’homme, le monde de l’esprit mauvais qui le secoue avec violence.
Seul un être profondément libre peut ainsi arracher l’humanité au pouvoir du Malin.
Jésus est cet homme libre devant qui tous, dans la synagogue, s’étonnent.
Ils sont stupéfaits, nous dit l’évangile, parce qu’il enseignait en homme qui a autorité.

Cette autorité, c’est celle que donne la liberté.
Jésus ne se retranche pas comme les scribes, les savants et maîtres de son peuple, derrière un texte ou une quelconque autorité externe.
Jésus fait autorité parce qu’il parle sa propre parole.
Son autorité, c’est sa liberté.
C’est pourquoi sa parole est puissante et délivre de tout mal.
Libre, il libère.

Sors de cet homme.
Aussitôt, il sortit en poussant un grand cri.
Voilà l’homme libéré par une parole qui produit ce qu’elle énonce.

Qu’est-ce que cela veut dire ?
Qui peut commander aux esprits mauvais et en être obéi ?
Je sais fort bien qui tu es, crie le possédé, tu es le Saint, le Saint de Dieu.
Le vaincu reconnaît son Seigneur.
En expulsant l’esprit du Mal qui entrave l’homme, Jésus révèle son secret : il est le Saint de Dieu.

Toute l’œuvre de Jésus et sa mission sont ici résumées : Jésus, au nom de Dieu, est venu libérer l’homme des puissances qui l’enchaînent.
Ainsi il nous révèle le vouloir de Dieu : que l’homme soit sauvé, c’est-à-dire, libre.

Du coup, notre propre mission de disciple de Jésus est tracée : libérer l’homme, tout homme et tout l’homme.

Chaque fois qu’un homme est libéré, c’est le Règne de Dieu qui s’établit.

Abbé Marcel Villers

P.S. L’abbé Villers ajoute, comme illustration de son homélie, l’article, paru dans Sud Presse, que vous trouverez en cliquant sur le lien : Voilà comment de jeunes musulmanes, par ce geste magnifique, libèrent de l’esprit mauvais, source de tous ces préjugés qui justifient l’exclusion, la haine et au bout la violence.

Des musulmanes offrent 300 roses de paix
pour faire taire les préjugés

P.S. Merci à Jean-François Kieffer pour son dessin si explicite !

La phrase qui fâche ! – Homélie pour la messe des futurs mariés

StPaul
Saint Paul

Une fois n’est pas coutume, c’est une homélie prononcée hors de notre Unité pastorale que nous vous proposons ce jour ! Il est bon, parfois, de faire du benchmarking, c’est-à-dire d’aller voir ailleurs ce qu’il s’y passe… C’est comme cela que vous pouvez lire ci-dessous une homélie prononcée le dimanche 25 janvier dernier à 600km de chez nous, dans le département de la Sarthe, en France. Bonne lecture et bonne réflexion !

Frères et sœurs bien aimés, nous allons commencer par la phrase qui fâche, celle qui fait que, de toutes façons, je peux essayer de vous dire les choses les plus intéressantes de la terre, tant que la question n’est pas traitée, ça ne sert à rien : ça vous restera en travers de la gorge. Pour ceux qui auraient piqué un petit roupillon pendant les lectures et qui auraient du mal à raccrocher les wagons, je relis la phrase qui fâche et qui fait tache en ce dimanche où nous accueillons les futurs mariés : Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme. Dans la famille Je-mets-les-pieds-dans-le-plat-et-tant-pis-si-ça-éclabousse, je voudrais saint Paul –bonne pioche !

Evidemment, nous aurions pu souhaiter mieux ce matin, alors que nous venons de passer deux heures au presbytère avec les futurs mariés à aborder les sujets délicats mais ô bien importants de la communication et de la communion dans le couple : Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme. Merci du cadeau… surtout pour le prédicateur !

Maintenant, remettons les choses dans leur contexte : nous sommes dans les tout premiers temps de l’Eglise et nombreux sont ceux qui sont persuadés que la fin des temps est tout proche, qu’elle va arriver là maintenant. La comparution devant Dieu est imminente. Et, hier comme aujourd’hui, ce jugement particulier de notre vie est quelque chose de sérieux et qui se prépare. Si bien que cela stimule le côté « à fond » de saint Paul : tout dans la vie des chrétiens doit être tourné vers Dieu et vers la vie éternelle. Et il n’y va pas de main morte –vous l’avez entendu : Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car tout passe ! Saint Paul, c’est un converti et comme tous les convertis, hé bien il est aux taquets et la nuance n’est pas sa vertu première.

Aujourd’hui, nous sommes toujours là : la fin du monde n’a pas encore eu lieu. Mais nous savons, dans la foi, qu’un jour nous mourrons et que nous aurons à nous présenter devant le Dieu trois fois saint. Alors, le mariage, le sacerdoce, la vie religieuse, nos joies, nos tristesses, nos problèmes, nos maladies, notre travail, nos loisirs, notre argent ou notre manque d’argent sont autant de moyens pour nous tourner vers Dieu. Quel est l’usage que je fais de l’autre, de la nature, de ma condition de vie ?

Allons même un peu plus loin, comme en écho de cette exhortation du Seigneur dans l’Évangile : Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! et cet appel à Le suivre. Vous qui êtes mariés depuis l’an dernier ou il y a deux ans je suis heureux de vous saluer et je vous remercie de votre présence– ou depuis 5, 10, 20, 30 ans ou plus, prenez soin de l’autre, aimez-le –avec ses qualités et ses défauts. Et vous, chers amis, qui vous unirez pour toujours devant Dieu dans quelques mois, ayez bien conscience que votre mari, que votre femme, que vos enfants (que votre belle-mère même !) est un moyen de sanctification. Se marier devant Dieu, et le faire en vérité, c’est-à-dire comme un acte qui engage, c’est permettre à Dieu d’agir dans notre vie, c’est Lui laisser la place qui Lui revient dans notre vie, c’est Lui permettre d’agir en nous, de nous procurer Sa grâce et Sa force, notamment dans les moments difficiles (et vous en aurez, comme tout le monde).

Et cette grâce, vous la recevrez encore plus, si vous faites réellement le choix de Dieu, c’est-à-dire si vous Lui accordez du temps, si vous Lui parlez, personnellement ou en famille, si vous Lui confiez vos joies et vos espérances, vos coups de gueule et vos ras-le-bol, bref votre vie, quoi ! Mettez-le dans le coup, soyez bien persuadés que Dieu n’est pas loin de vous : Il accepte –avec joie !– de venir chez vous, de venir en vous et de bénir vos entreprises humaines.

Un petit mot pour Thomas, Clément et Noé qui ont vécu leur deuxième étape vers le baptême et que j’ai revêtus de la croix du Christ sur le front, les yeux, les oreilles, la bouche, le cœur et les épaules : vous voilà équipés pour ces dernières semaines de montée vers votre baptême. Vous avez enfilé l’armure du Christ, la tenue de combat, qui vous protège et vous garde. La Croix, c’est notre bouclier, notre casque, notre armure. La Croix de Jésus, c’est notre force. Je peux vous proposer un truc (que je glisse dans l’oreille de chacun dans cette assemblée) : chaque matin, au saut du lit, un beau signe de croix, pour demander à Jésus Sa force et Sa protection pour vivre de façon à ne pas Lui déplaire et pour Lui faire plaisir avec chacun de nos actes. Vous n’oublierez pas ?! Très bien !

Amen !

Abbé Gaëtan,
Curé de la paroisse de Savigné-l’Evêque, Sarthe

P.S. Vous pouvez découvrir l’activité intense de cette paroisse et de la paroisse d’Ivré-l’Evêque à l’adresse : http://paroisse-de-savigne.over-blog.fr !

P.S. Merci à l’abbé Gaëtan de Bodard de m’avoir donné l’autorisation de publier son homélie sur le blog de notre UP !