Notre Curé nous parle – 5 juillet 2020

Doux et humble de cœur

Cette semaine, enfin il y a quelques jours, la Belgique aurait manqué, selon certains médias, une date historique. Ce mercredi, la loi sur la dépénalisation de l’avortement a été renvoyée pour la troisième fois devant le Conseil d’état. Je rappelle, car je l’ai déjà évoqué ici plus avant, que l’enjeu n’est pas de permettre l’avortement, ce qui est permis dans notre pays, mais son encadrement, son accompagnement et sa prévention. Un collectif de soignants, médecins et infirmières, avait tiré un signal d’alarme lors de la précédente venue de cette proposition de loi en commission de la Chambre… Je ne reviendrai pas ici sur le fond de ce débat mais sur sa forme. Pour le report du vote, on a vu l’alliance d’une cinquantaine de députés qualifiés de conservateurs allant du centre à l’extrême-droite. C’est sur l’apport de celle-ci que j’interroge. Ce parti qualifié d’infréquentable se rend indispensable dans ce combat législatif qui est perdu d’avance tant une majorité se dégage pour le vote de la loi. Où est donc son intérêt ? Il y en a sans doute plusieurs. Mais j’en vois un, celui de se poser en gardien de « l’ordre moral » alors que le sien est plein de confusion et de contradiction, du fait de son fondement populiste…

J’évoque longuement notre réalité politique et éthique car je vois par ailleurs un Fabrice Hadjadj placer ce genre de débat avec ces enjeux dans une « confrontation » plus large. Il écrit sans ambages : « Le grand bluff dans nos sociétés déchristianisées consiste à récupérer la compassion pour la retourner contre le Christ. Compassion de la tripe sensible contre celle du cœur ardent : elle aurait consisté à faire avorter Marie, pour lui éviter à la fois la répudiation et ce fils voué au supplice monstrueux, et, s’il était trop tard pour cette sollicitude, à donner du moins à Jésus non pas le vinaigre sur la Golgotha, mais un cocktail lytique à Gethsémani. Les chrétiens sociaux craignent de passer pour tortionnaires, si bien qu’ils finissent par céder à la gentillesse létale. Mais les « cathos-tradis », en face, se font aussi avoir à ce jeu de la compassion : que tout se résume à la lutte contre l’avortement, et qu’on oublie d’annoncer la Grâce qui sauve le misérable (spécialement l’avorteur), voilà qui réjouit infiniment l’enfer. Nous avons là le débat type, parfaitement orchestré par le pandémonium (*)» (Fabrice Hadjadj, La foi des démons, éd Salvator, 2009, p 209). Lire la suite « Notre Curé nous parle – 5 juillet 2020 »