Ecoutez-le ! – Homélie pour la fête de la Transfiguration 2017

Homélie de l’abbé Marcel Villers, 6 août 2017
(Mt 17,1-9 – Année A)

Ce jour-là, sur la haute montagne, tout se passe en deux temps.

Deux temps bien marqués : l’un où tout semble merveilleux, si bien que les disciples veulent planter là leur tente ; et un deuxième temps où, soudain, ils sont pris de frayeur et ils en tombent la face contre terre, morts de peur.

Jésus apparaît d’abord dans une vision resplendissante.

Son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière.

D’ordinaire, on peut devenir lumineux si on est éclairé par une puissante lumière extérieure. Ici, la face de Jésus, ses vêtements, l’ensemble de son corps devient lui-même source de lumière.

Devant cette vision merveilleuse, le corps lumineux de Jésus fait sortir de l’ombre ces deux grandes figures de l’Ancien Testament que sont Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, toute la Bible finalement est ainsi éclairée, illuminée par Jésus.

Venons-en au deuxième volet du récit de la Transfiguration.

Pierre parlait encore lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre.

Lire la suite « Ecoutez-le ! – Homélie pour la fête de la Transfiguration 2017″

Thabor et/ou Golgotha?

2014-03-16 - Fonts 2Carême

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 2ème dimanche de Carême,
Année A, Mt 17,1-9

Dans notre existence, il y a des moments privilégiés, des heures, le plus souvent des instants, brefs comme l’éclair, où nous sommes éblouis, transportés par la beauté du monde.

Ainsi un coucher de soleil sur la mer scintillant de lumière peut susciter un sommet de joie, d’émotion intenses.

Éblouis par la beauté de la nature, ou inondés d’une paix profonde par telle rencontre, ou transportés par un amour intense, l’on peut se sentir comme dans un autre monde, au septième ciel, dit-on.

De ces moments, de ces expériences fortes, nous voudrions ne jamais sortir. Ce sont de ces instants qu’on cherche à prolonger indéfiniment.

Ce sont des sommets de lumière dans nos vies.

C’est un peu ce genre d’expérience que font Jésus et ses amis sur la montagne du Thabor.

Ces temps forts éveillent en nous quelqu’un que nous ne connaissions pas. C’est qu’ils nous font accéder à une intensité de vie qui n’est pas notre lot quotidien. Ils révèlent, éveillent en chacun un autre homme, un deuxième homme qui, dans l’ordinaire, sommeille en nous. Il y a l’homme du quotidien, de la semaine, de la routine. Et puis, il y a ces moments de grâce où nous nous éveillons plus grands. Nous sommes faits pour autre chose, pour une plénitude de vie.

C’est ce qui se passe pour Jésus et ses amis.

Ils le connaissent bien pourtant, vivent avec lui du matin au soir, partagent son ordinaire. Et voilà que, sur la montagne, il se révèle tout autre, inconnu, inondé par la gloire de Dieu.

Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.

Il y a en Jésus plus que Jésus : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, dit la voix céleste.

Il en de même pour le baptême. On demande souvent : Qu’est-ce que cela change en moi le baptême ? Tout simplement, il éveille en nous le deuxième homme.

Il y a en chaque être humain un mystère, un être de lumière que le baptême révèle. Bref, il y a en nous plus que nous-mêmes. Le baptême, c’est Dieu qui dit de nous : Celui-ci est mon Fils bien-aimé.

A côté de ces sommets de lumière, il y a dans la vie de chacun de nombreux moments de ténèbres, moments où nous sommes anéantis par l’échec, la maladie, l’épreuve, la mort.

A côté des sommets de lumière, il y a des sommets nocturnes qu’il faut gravir dans la douleur et les larmes.

A côté du Thabor, il y a le Golgotha que Jésus doit gravir pour y monter sur la croix, dans la nuit, abandonné de Dieu.

Comment concilier ces sommets de lumière et ces sommets de ténèbres ? Quel est notre destin : la nuit ou la lumière ? A quoi Dieu nous destine-t-il : la gloire ou les ténèbres ? Le Thabor ou le Golgotha ? Quel est l’homme véritable en nous : celui inondé de joie ou celui écrasé de douleur ? L’homme du quotidien ou le deuxième homme ?

Il n’y a pas deux hommes en nous, deux vies ou deux destinées : l’une de lumière et l’autre de ténèbres. Il y a à transfigurer l’une par l’autre.

Il n’y a pas deux personnes en Jésus : l’homme banal et le Fils de Dieu. C’est dans l’homme Jésus que se révèle Dieu lui-même.

Plus. C’est sur son visage défiguré et torturé par la Passion que nous est dévoilé le visage le plus lumineux de Dieu : celui de l’Amour qui va jusqu’au bout.

Pour nous, il en est de même. Il nous est demandé de transfigurer par l’Amour tous les moments nocturnes de notre vie.

C’est du sein de la nuit la plus obscure que jaillit la lumière comme c’est du tombeau qu’a jailli le Christ ressuscité.

Comme c’est des eaux de la mort, symbolisées par cette cuve des fonts baptismaux, que jaillit l’homme nouveau au baptême.

C’est pourquoi, sur les fonts, on a mis en relief deux têtes, l’une sombre et l’autre lumineuse. C’est bien ce qu’opère le baptême : le passage des ténèbres à la lumière, la transfiguration, anticipation de la résurrection qui est notre destinée.

Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.

Abbé Marcel Villers