Ecoutez-le ! – Homélie pour la fête de la Transfiguration 2017

Homélie de l’abbé Marcel Villers, 6 août 2017
(Mt 17,1-9 – Année A)

Ce jour-là, sur la haute montagne, tout se passe en deux temps.

Deux temps bien marqués : l’un où tout semble merveilleux, si bien que les disciples veulent planter là leur tente ; et un deuxième temps où, soudain, ils sont pris de frayeur et ils en tombent la face contre terre, morts de peur.

Jésus apparaît d’abord dans une vision resplendissante.

Son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière.

D’ordinaire, on peut devenir lumineux si on est éclairé par une puissante lumière extérieure. Ici, la face de Jésus, ses vêtements, l’ensemble de son corps devient lui-même source de lumière.

Devant cette vision merveilleuse, le corps lumineux de Jésus fait sortir de l’ombre ces deux grandes figures de l’Ancien Testament que sont Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, toute la Bible finalement est ainsi éclairée, illuminée par Jésus.

Venons-en au deuxième volet du récit de la Transfiguration.

Pierre parlait encore lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre.

Bien que lumineuse, la nuée les plonge maintenant dans l’ombre ! Elle les prive de la vision, la nuée les terrasse, ils sont rendus aveugles. Et par là même, ils sont maintenant mis en situation pour entendre. De la nuée, en effet, vient une voix.

La voix reprend la parole du baptême : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie.

Et elle ajoute maintenant un ordre : Écoutez-le !

Ce n’est pas regarder, voir Jésus qui importe, mais c’est l’écouter, lui obéir, le suivre en actes.

Écoutez-le !

Ce commandement ouvre la route, et les disciples doivent s’attendre à des événements radicalement nouveaux. Désormais, pour suivre Jésus, ils devront écouter, et ne pas se laisser impressionner par ce qu’ils verront. Ils sont en route vers Jérusalem, en route vers la Passion de Jésus, vers le scandale de sa Croix. Désormais, la vérité du chemin est bien plus profonde que ce qu’ils verront.

Ainsi ce récit de la Transfiguration dévoile le sens ultime de la vie de Jésus : elle doit être comprise comme une Pâque, un passage.

De même, notre vie.

En effet, c’est ce qu’enseigne notre texte.

Alors que les disciples sont à terre et plongés dans la mort par la peur, Jésus les touche, et leur dit : Relevez-vous et n’ayez pas peur !

Ce verbe : se « relever » est celui qui sera utilisé pour parler de Jésus, relevé ou ressuscité d’entre les morts à Pâques.

Nous aussi, nous avons un jour, de façon fugace, vu la lumière que procure l’amour de Jésus. Mais, le plus souvent, nous sommes plongés dans l’obscurité, quelquefois les ténèbres, tout en continuant à marcher à la suite du Seigneur. Toute notre vie reste orientée vers cette lumière que nous ne voyons plus, ou seulement comme à travers un voile opaque.

Et il arrive que, comme les disciples, nous nous retrouvions à terre et sans force. L’avons-nous alors entendu nous dire : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! » ?

Il s’agit d’écouter cette Parole, fixer votre attention sur elle, nous dit saint Pierre, comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

Guidés par cette lumière du Thabor, nous pouvons alors nous relever, quitter notre peur pour monter nous aussi à Jérusalem.

Voilà révélé tout le sens de notre vie : un passage, une Pâque.

La Transfiguration ne révèle pas seulement la divinité de Jésus : elle nous dit quelque chose d’essentiel sur notre humanité à nous. Elle éclaire notre condition humaine, lui donne sens.

La Transfiguration prépare le cœur des disciples à surmonter le scandale de la croix. Jésus leur avait annoncé qu’il allait être trahi et mis à mort, qu’il toucherait alors le fond de l’humiliation. Maintenant, sur la montagne, il leur montre l’issue : la glorification lumineuse, la métamorphose de la résurrection. Cette transfiguration est ce qui nous attend aussi : en ce jour, sur le Thabor, le Christ transforma la nature enténébrée d’Adam. L’ayant illuminée, il la divinisa.

La Transfiguration a, enfin, un aspect cosmique. La lumière divine transforme le corps mortel en corps de gloire, la matière elle-même est ainsi glorifiée, transfigurée. Nous en connaissons déjà un avant-goût avec le pain et le vin de l’eucharistie, transfigurés en corps et sang du Christ.

Dans l’Église orthodoxe, la liturgie de la fête de la Transfiguration est suivie par le rite de la bénédiction des fruits. Les nations méridionales apportent à l’église le raisin, symbole de tous les produits de la terre. Les peuples septentrionaux apportent les pommes. En Russie, les paysans ne mangeaient pas de fruits avant le 6 août et ils venaient à l’église faire bénir des pommes rouges ; le rouge, couleur du sang, symbolise la vie.

Abbé Marcel Villers

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