Clés pour lire l’évangile de Luc : 17. Son visage devint autre

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 9,28-36 du 2ème dimanche du carême.

De la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils. » (Lc 9,35)

Jésus connaît une transformation éclatante, une véritable métamorphose. « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. » (9,29) Si la rencontre de Dieu illuminait le visage de Moïse (Ex 34,29), la prière de Jésus transfigure de l’intérieur son visage qui devient éclatant de la blancheur céleste. La lumière divine irradie le visage et le corps de Jésus, sous les yeux de Pierre, Jacques et Jean. « Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. » (9,35)

« Écoutez-le », dit la voix. Ce qui définit le disciple, ce n’est pas une vision, mais une écoute active. Pour la Bible, ce ne sont pas les yeux qui comptent, mais les oreilles. Non pas les images, mais la Parole. La foi ne naît pas de l’image, car « personne n’a jamais vu Dieu » (Jn 1,18). La foi naît de l’écoute.

Moïse et Élie

Moïse, c’est l’ami avec qui Dieu parlait face à face, « bouche à bouche », dit la Bible. (Ex 33,11) Lorsque Moïse descendait de la montagne, « la peau de son visage rayonnait parce qu’il avait parlé avec Dieu. » (Ex 34,29) Et quand il quittait le Seigneur, « il plaçait un voile sur son visage » (Ex 34,33) pour ne pas éblouir ceux qui l’approchaient. Un jour, Moïse demanda au Seigneur : « Fais-moi voir ta gloire. » Mais Dieu lui répondit : « Tu ne peux pas voir ma face. Mais tu me verras de dos. » (Ex 33,20-22)

L’autre personnage qui s’entretenait avec Jésus, sur la montagne, c’est Élie. Élie, c’est le grand prophète du temps des rois. Modèle de l’ermite, il vivait dans une grotte et se nourrissait du pain et de la viande que lui apportait un corbeau. (1R 17) Un jour, sur la montagne, il passait la nuit dans une caverne à la recherche de Dieu. Alors le Seigneur « passa » et se révéla à lui, non dans le vent violent, non dans le feu de l’orage, mais dans « le souffle d’une brise légère. » (1R 19) Élie n’a rien vu, il n’a fait qu’entendre ou ressentir « une brise légère ».

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 30. Écoutez-le !

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 9,2-10 de la fête de la Transfiguration, le 6 août.

30. Écoutez-le !

Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu.
(Mc 9,9)

Le récit de Marc comporte deux parties : une vision et une audition. Nous regardons, puis nous entendons. Comme pour tout spectacle, les disciples regardent, ils sont à distance et ne savent que dire (9,6). Puis, « survint une nuée qui les couvrit de son ombre » (9,7). Plus de spectacle à contempler, mais une parole à entendre.

« Écoutez-le », dit la voix du Père. Ce qui définit le disciple, ce n’est pas une vision, mais une écoute active. En ayant à l’esprit la double signification de l’écoute : entendre et obéir. Pour la Bible, ce ne sont pas les yeux qui comptent, mais les oreilles. Non pas les images, mais la Parole. La foi ne naît pas de l’image. « Tu ne feras aucune idole, aucune image », précisent les dix commandements (Ex 34,28 ; Dt 4,13).

Le secret messianique

Au début du XXe siècle, le savant allemand Wrede relevait une caractéristique de l’évangile de Marc : les nombreuses injonctions de Jésus intimant le silence sur son identité et son désir d’incognito. Ainsi, « Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » (6,9).

Sur cette base, Wrede a construit la théorie du secret messianique que Marc aurait utilisée pour expliquer « le fait que Jésus n’avait pas été perçu, et encore moins pensé, comme Messie de son vivant, mais seulement après sa mort, suite aux expériences pascales. C’est seulement la foi pascale qui aurait amené à la conviction que Jésus est le Messie. (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011)

Abbé Marcel Villers

Thabor et/ou Golgotha?

2014-03-16 - Fonts 2Carême

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 2ème dimanche de Carême,
Année A, Mt 17,1-9

Dans notre existence, il y a des moments privilégiés, des heures, le plus souvent des instants, brefs comme l’éclair, où nous sommes éblouis, transportés par la beauté du monde.

Ainsi un coucher de soleil sur la mer scintillant de lumière peut susciter un sommet de joie, d’émotion intenses.

Éblouis par la beauté de la nature, ou inondés d’une paix profonde par telle rencontre, ou transportés par un amour intense, l’on peut se sentir comme dans un autre monde, au septième ciel, dit-on.

De ces moments, de ces expériences fortes, nous voudrions ne jamais sortir. Ce sont de ces instants qu’on cherche à prolonger indéfiniment.

Ce sont des sommets de lumière dans nos vies.

C’est un peu ce genre d’expérience que font Jésus et ses amis sur la montagne du Thabor.

Ces temps forts éveillent en nous quelqu’un que nous ne connaissions pas. C’est qu’ils nous font accéder à une intensité de vie qui n’est pas notre lot quotidien. Ils révèlent, éveillent en chacun un autre homme, un deuxième homme qui, dans l’ordinaire, sommeille en nous. Il y a l’homme du quotidien, de la semaine, de la routine. Et puis, il y a ces moments de grâce où nous nous éveillons plus grands. Nous sommes faits pour autre chose, pour une plénitude de vie.

C’est ce qui se passe pour Jésus et ses amis.

Ils le connaissent bien pourtant, vivent avec lui du matin au soir, partagent son ordinaire. Et voilà que, sur la montagne, il se révèle tout autre, inconnu, inondé par la gloire de Dieu.

Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.

Il y a en Jésus plus que Jésus : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, dit la voix céleste.

Il en de même pour le baptême. On demande souvent : Qu’est-ce que cela change en moi le baptême ? Tout simplement, il éveille en nous le deuxième homme.

Il y a en chaque être humain un mystère, un être de lumière que le baptême révèle. Bref, il y a en nous plus que nous-mêmes. Le baptême, c’est Dieu qui dit de nous : Celui-ci est mon Fils bien-aimé.

A côté de ces sommets de lumière, il y a dans la vie de chacun de nombreux moments de ténèbres, moments où nous sommes anéantis par l’échec, la maladie, l’épreuve, la mort.

A côté des sommets de lumière, il y a des sommets nocturnes qu’il faut gravir dans la douleur et les larmes.

A côté du Thabor, il y a le Golgotha que Jésus doit gravir pour y monter sur la croix, dans la nuit, abandonné de Dieu.

Comment concilier ces sommets de lumière et ces sommets de ténèbres ? Quel est notre destin : la nuit ou la lumière ? A quoi Dieu nous destine-t-il : la gloire ou les ténèbres ? Le Thabor ou le Golgotha ? Quel est l’homme véritable en nous : celui inondé de joie ou celui écrasé de douleur ? L’homme du quotidien ou le deuxième homme ?

Il n’y a pas deux hommes en nous, deux vies ou deux destinées : l’une de lumière et l’autre de ténèbres. Il y a à transfigurer l’une par l’autre.

Il n’y a pas deux personnes en Jésus : l’homme banal et le Fils de Dieu. C’est dans l’homme Jésus que se révèle Dieu lui-même.

Plus. C’est sur son visage défiguré et torturé par la Passion que nous est dévoilé le visage le plus lumineux de Dieu : celui de l’Amour qui va jusqu’au bout.

Pour nous, il en est de même. Il nous est demandé de transfigurer par l’Amour tous les moments nocturnes de notre vie.

C’est du sein de la nuit la plus obscure que jaillit la lumière comme c’est du tombeau qu’a jailli le Christ ressuscité.

Comme c’est des eaux de la mort, symbolisées par cette cuve des fonts baptismaux, que jaillit l’homme nouveau au baptême.

C’est pourquoi, sur les fonts, on a mis en relief deux têtes, l’une sombre et l’autre lumineuse. C’est bien ce qu’opère le baptême : le passage des ténèbres à la lumière, la transfiguration, anticipation de la résurrection qui est notre destinée.

Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.

Abbé Marcel Villers